"Les mutualités ont un rôle à jouer auprès des patients qui demandent des soins injustifiés sur le plan scientifique"

"Les mutualités ont un rôle à jouer auprès des patients qui demandent des soins injustifiés sur le plan scientifique"

Vous plaidez pour des réformes systémiques dans l'organisation des soins afin d'utiliser les budgets disponibles de manière plus efficiente. Est-ce l'objectif du plan Appropriate care (Soins appropriés), lancé en juin par l'Inami ?

Tout à fait. Ce plan Soins appropriés part du constat qu'il y a des gaspillages dans le système. Ce n'est pas toujours de la fraude. Parfois, c'est : ne pas donner le bon soin au bon patient, au bon moment, par le bon professionnel… On dépense de l'argent inutilement ou on dépense trop d'argent pour le résultat obtenu. Il y a de la surconsommation dans certains secteurs : toujours trop d'imageries médicales, par exemple, pour de simples lombalgies ; ou bien des antibiotiques prescrits pour des infections virales. On constate aussi des variations énormes entre institutions de soins et professionnels de santé. Le nombre de chirurgies de la hanche et du genou était historiquement très élevé. Ensemble avec le terrain, on a freiné cette évolution, mais on constate toujours des variations importantes entre hôpitaux. Cela pose question. Certaines raisons objectives peuvent expliquer ces variations, mais pas toujours. En considérant que seul 1 % du budget des soins de santé constitue du gaspillage, cela représente déjà plus 400 millions d'euros…

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Les médecins craignent que ce plan Soins appropriés conduise à une standardisation de leurs pratiques, aux dépens de leur liberté thérapeutique.

Je le sais, mais ce n'est pas notre but. Le succès de notre stratégie dépend du terrain. Pour bien comprendre ce qui se passe sur le terrain, on doit collaborer avec les représentants des médecins, des kinés, des pharmaciens, des dentistes, etc. Ce qui me frustre, c'est qu'on entend parfois des témoignages de médecins – encore dans un récent reportage de la VRT sur le traitement de la douleur – selon lesquels certains hôpitaux et médecins ne font pas leur boulot correctement. Ces signaux ne remontent pas toujours jusqu'à nous. Je trouve que des médecins, un directeur d'hôpital ou un médecin chef doivent pouvoir rappeler des collègues à l'ordre. Le terrain doit prendre sa part de responsabilité pour mieux dépenser l'argent disponible, qui est l'argent du contribuable.

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Le terrain doit prendre sa part de responsabilité pour mieux dépenser l'argent disponible, qui est l'argent du contribuable.

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Les marges budgétaires qui pourraient être dégagées serviront-elles à réaliser des économies ou bien seront-elles réinjectées dans de nouvelles politiques de santé ?

Notre objectif, c'est de les réinjecter. Mais on sait aussi que des économies sont déjà actées et que, dans quelques mois, le gouvernement décidera peut-être d'économies supplémentaires. Je préfère de loin prendre des mesures précises et fines, portées par le terrain, qui visent ces soins appropriés, que des mesures linéaires. Mais pour cela, le terrain doit prendre sa part de responsabilités : tous les professionnels de santé, les institutions de soins, et aussi les organismes assureurs (les mutualités, NdlR), qui sont cogestionnaires de notre système de santé. Être cogestionnaires, cela implique de garantir que les dépenses soient utiles et bien orientées.

Vous trouvez que les mutualités ne prennent pas assez d'initiatives en ce sens ?

Les organismes assureurs (OA) disposent de services d'études qui font de très bonnes analyses. Ils pourraient davantage traduire cela dans des propositions. C'est bien d'avoir des acteurs comme les OA pour veiller à l'accessibilité financière des soins ou veiller à la maîtrise des dépenses des produits pharmaceutiques. Mais l'assurance maladie, c'est plus que cela. Il s'agit aussi de s'exprimer sur des revenus justes et financièrement durables pour les professionnels de santé. Parfois, on a des revenus trop bas pour certaines professions, parfois des revenus très élevés. Je pense que les OA doivent se positionner dans ce débat. Ils doivent également agir davantage sur les soins appropriés. Ils ont beaucoup de données, ils voient beaucoup de choses. Ils ont un rôle à jouer auprès des patients qui demandent parfois des soins injustifiés sur le plan scientifique.

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La première partie de l'interview de Pedro Facon est à découvrir ici...

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