Les sœurs Chawinga portent le Malawi, équipe surprise de la CAN féminine

Les sœurs Chawinga portent le Malawi, équipe surprise de la CAN féminine

Personne n'aurait parié sur leur victoire. Les joueuses du Malawi ont réussi un exploit en battant, mardi 28 juillet, leurs adversaires du Nigeria, championnes d'Afrique en titre, sur le score de 3-2 lors d'un match du groupe C de la Coupe d'Afrique des nations féminine (WAFCON) au Maroc. 

Le Nigeria (36ᵉ) occupe le meilleur classement mondial parmi les 16 équipes participant à l'édition 2026 de la compétition phare du football féminin africain, tandis que le Malawi (153ᵉ) détient le moins bon classement, soit un écart de 117 places. Alors qu'elles participent pour la 13ᵉ fois à la Coupe d'Afrique des Nations féminine, les Nigérianes ont déjà remporté le trophée à dix reprises, notamment lors de la dernière édition au Maroc en 2024, contre le pays hôte en finale. Le Malawi, quant à lui, fait ses débuts dans la compétition.

Deux sœurs se sont particulièrement illustrées lors de cette rencontre : Temwa et Tabitha Chawinga. Temwa, qui évolue au sein du club américain Kansas City Current, a inscrit un doublé, tandis que Tabitha, joueuse de l'Olympique lyonnais, a marqué un but.

L'équipe du Malawi a tenu tête au Nigeria lors de la première mi-temps, qui s'est soldée par un 0-0. Temwa Chawinga, 27 ans – de trois ans la cadette de Tabitha – a ouvert le score à la 73ᵉ minute en prenant le dessus sur la gardienne nigériane Chiamaka Nnadozie, considérée comme la meilleure joueuse africaine à ce poste. Le Malawi a doublé la mise six minutes plus tard : Tabitha Chawinga a remporté son duel face à Nnadozie avant de glisser le ballon au fond des filets. 

Les tenantes du titre et favorites de l'édition 2026 ont réduit l'écart à la 92ᵉ minute grâce à un penalty sifflé pour une main et transformé par la capitaine Rasheedat Ajibade. Mais la joie des supporters nigérians était à peine retombée que le Malawi portait un coup décisif. Temwa Chawinga s'est retrouvée seule face à Nnadozie et a habilement lobé la gardienne pour envoyer le ballon au fond des filets. 

Juste avant la rencontre, Temwa avait annoncé que le Malawi pouvait créer la surprise face aux Championnes d'Afrique. "Battre les champions en titre signifierait beaucoup pour nous", avait-elle déclaré à ESPN. "C’est notre premier match, donc cela nous donnerait confiance et motivation pour faire encore mieux."

"Parce que si vous démarrez bien en gagnant votre premier match, un match contre une équipe comme le Nigeria, l'équipe commence à croire : 'D'accord, on peut le faire'", avait-elle ajouté.

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Un résultat "prévisible"

Comme le résume le site de Forbes Africa, ce résultat est un coup de tonnerre, "mais pour ceux qui ont suivi les récents succès du Malawi, et en particulier ceux des sœurs Chawinga, il était prévisible". Le magazine revient sur l'histoire de ces deux sœurs "qui ont toutes deux dû se battre pour pouvoir jouer au football lorsqu'elles étaient jeunes, au sein d'une famille de cinq frères et sœurs dans le Malawi rural".

"Il n’a pas été facile d’en arriver là où nous sommes aujourd’hui. De nombreux obstacles empêchaient les filles de pratiquer ce sport au Malawi", a ainsi raconté Tabitha à Forbes Africa lors d’une précédente interview. "Bien sûr, nous avons dû travailler dur et nous avons acquis de l’expérience et des connaissances en jouant partout dans le monde."

Les deux sœurs ont grandi dans un district rural du Malawi, pays coincé entre la Zambie, la Tanzanie et le Mozambique et comptant parmi les plus pauvres au monde. Leurs passions pour le football n'étaient pas du tout du goût de leurs parents.

"Je jouais surtout avec des garçons. Mes parents n'approuvaient pas ma passion pour le football. Ils voulaient que je me concentre uniquement sur mes études. Au Malawi, comme dans la plupart des pays africains, les parents pensent qu'il faut aller à l'école pour réussir… C'est moi qui emmenais ma petite sœur, Temwa, jouer au football. À chaque retour à la maison, je subissais la sévère réprimande de mes parents", a raconté Tabitha dans une interview au Guardian. "Ils me battaient tellement. Bien sûr, je n'ai pas abandonné. J'ai dit à mes parents que le jour où ils arrêteraient de me battre serait le jour où j'arrêterais de jouer au football. Ils ont essayé pour voir si ça marcherait et, bien sûr, j'ai continué à jouer au football."

Dans un entretien avec AfricaBrief, la jeune femme a aussi expliqué avoir subi des brimades des autres joueuses : "J'ai été déshabillée à deux reprises devant mes adversaires lors de matchs locaux. Les joueuses des équipes adverses protestaient contre ma présence. Elles pensaient que j'étais trop forte pour être une fille. Elles voulaient la preuve que j'étais une femme. C'est difficile d'expliquer l'humiliation que j'ai ressentie ce jour-là."

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De la Suède, à la Chine jusqu'à la France

Malgré ces difficultés, Tabitha s'est accrochée. En jouant pour DD Sunshine, un club malawite de premier plan basé à Lilongwe, la capitale, elle a eu l’opportunité de faire un essai, en 2014, au club suédois de troisième division Krokom/Dvärsätts IF. La joueuse du Malawi n'a pas manqué ses débuts. Après une première saison à Krokom où elle décroche le titre, elle a rejoint le club de deuxième division Kvarnsvedens IK, avec lequel elle a inscrit 43 buts qui lui ont valu le titre de meilleure buteuse de l'Elitettan. 

Tabitha s'exile ensuite en Chine en 2018 pour le club de Jiangsu LFC, où elle a remporté le titre de joueuse de l'année de la Super League féminine chinoise pendant deux saisons consécutives, avant de rejoindre Wuhan en 2021. Un an plus tard, elle est prêtée à l'Inter Milan, où elle inscrit 23 buts en 23 matches de championnat et décroche le titre de joueuse de l'année de Serie A féminine.

L'attaquante est ensuite prêtée au PSG, devenant la première Malawite à évoluer en D1. Son passage à Paris est tout aussi tonitruant. Elle termine meilleure buteuse de D1 et reçoit en 2024 le trophée UNFP de meilleure joueuse de la saison. Elle est même nommée pour le Ballon d'Or. Quelques mois plus tard, elle rejoint l'Olympique lyonnais, où elle est sous contrat jusqu'en 2027.

Sa réussite fait aujourd'hui le bonheur de ses parents. "Eux aussi ont fini par comprendre que j'avais ce talent. Ils regardent mes matches à la télé avec fierté. Le foot, c'est mon amour, ma nourriture… Je lui dois ma maison, mes vêtements, la moindre chose que je possède. Autant de raisons qui expliquent pourquoi je souris dès que je pose le pied sur un terrain", a-t-elle confié au journal L'Équipe.

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MVP aux États-Unis

Son parcours est indissociable de celui de sa petite sœur, qui a suivi ses traces. "Ma sœur a joué un rôle déterminant dans ma progression de carrière", a ainsi résumé Temwa à BBC Sport Africa. "Elle m'a bien sûr facilité les contacts pour que je puisse quitter le Malawi et jouer à l'étranger, mais surtout, elle m'a toujours conseillé de me battre avec acharnement, de savoir ce que je voulais et de le poursuivre sans écouter les personnes qui me distraient."

Sous l'impulsion de Tabitha, sa cadette a rejoint en 2017 le club de première division suédoise du Kvarnsvedens IK. Elles ont ensuite évolué ensemble à Wuhan en Chine. Lors de l'année 2023, Temwa est devenue la meilleure buteuse du monde, avec un total de 63 buts toutes compétitions confondues, dépassant même le meilleur buteur masculin, Cristiano Ronaldo, qui avait marqué 54 buts la même année.

Rapidement repérée, elle a ensuite signé un contrat de deux ans avec Kansas City dans le championnat américain (NWSL). Elle se montre tout aussi décisive que sa sœur. En 2024, elle devient la première joueuse de l'histoire à marquer 20 buts en une saison et remporte le titre de MVP. Elle réédite cette performance la saison suivante en étant de nouveau sacrée MVP.

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Toutes deux espèrent désormais être des exemples. "J'espère que quand les clubs me voient performer, ils se disent : 'Elle vient du Malawi, peut-être qu'on doit regarder les joueuses de là-bas', et qu'on commence à voir plus de noms partir en Europe", a expliqué Temwa à SHE Scores Bangers.

Les deux sœurs vont avoir l'occasion de renouveler leurs performances samedi contre l'Égypte et mercredi face à la Zambie. Alors que tous les regards sont braqués sur elles, le duo met en avant le reste de la sélection, comme a insisté Tabitha auprès de Forbes Africa : "Il ne s'agit pas seulement d'un ou deux joueurs, c'est l'effort collectif qui compte. Tout repose sur le travail d'équipe. C'est comme ça qu'on gagne des matchs. Et il nous faut aussi un excellent esprit d'équipe et la conviction que nous pouvons gagner."