Dans un final explosif, Paul Seixas a su garder son calme pour aller chercher un podium au Lioran : « Tous les jours, on avance dans l'inconnu et Paul nous épate »

Dans un final explosif, Paul Seixas a su garder son calme pour aller chercher un podium au Lioran : « Tous les jours, on avance dans l'inconnu et Paul nous épate »

Il est fort possible que Paul Seixas ait été à son aise, mardi, dans les grandes étendues d'herbe jaunie des hauts plateaux cantalous, au milieu des troupeaux de brebis ou de vaches. Un brin de paille dans la bouche pour errer d'un endroit à l'autre ou se reposer, lever les yeux vers le paysage pour trouver que tout est beau, contempler la tranquillité alentour, qui rappelle la sienne.

L'ÉQUIPE

publicité

L'ÉQUIPE

publicité

Rien n'ébranle ce garçon de 19 ans, sur le podium d'une étape du Tour pour la première fois de sa carrière. « On connaît le niveau de Paul, il n'y a pas de surprise. Il préserve le moindre coup de pédale car il sait que le Tour est encore long », constate Mathieu Charpentier, directeur-général délégué de la formation Decathlon-CMA CGM.

Depuis le départ de Barcelone, Seixas gère toute la nouveauté avec un détachement désarmant. Lucide, serein et appliqué. Interrogé sur le maillot blanc de meilleur jeune qu'il aurait pu chiper à Juan Ayuso, mardi, il glisse : « Le Tour est encore long, il faut savoir ne pas faire n'importe quoi. »

L'ÉQUIPE

publicité

L'ÉQUIPE

publicité

« Le protocole est très prenant en termes d'énergie, donc ne pas l'avoir, c'est effectivement pas plus mal, sourit Charpentier. Chaque minute de récupération est importante, on insiste sur ce point depuis le début du Tour. » « Tous les jours, on avance dans l'inconnu et Paul nous épate. Faire troisième ici, c'est assez exceptionnel », apprécie aussi Julien Jurdie, l'un de ses directeurs sportifs.

« Il sait trouver une solution quand il le faut et changer de stratégie, c'est valable sur le vélo et en dehors »

Cyprien Maisson, meilleur ami de Paul Seixas

Seixas banalise pourtant ce qui est exceptionnel aux yeux du grand public, des médias, et continue à promener son calme et sa sérénité. « La confiance en lui, c'est naturel, il l'a toujours eue, rappelle son meilleur ami, Cyprien Maisson. Il ne se prend pas la tête. Quand il a des moments moins bien, il se pose, réfléchit et rebondit directement. Il sait trouver une solution quand il le faut et changer de stratégie, c'est valable sur le vélo et en dehors. »

Adolescents, les deux garçons composaient, et continuent de composer, un duo où l'un prend les initiatives, pense très vite à un plan minutieux, tandis que l'autre s'occupe de la réalisation, notamment manuelle. Seixas ne panique jamais, qu'il s'agisse d'organiser au dernier moment un rangement dans la maison ou de se frotter aux gros bras du peloton. « Je ne sais pas où il trouve tout le temps ce calme, avoue Emmanuel Seixas, son père. Il ne s'affole jamais, prend beaucoup sur lui, il pense à nous rassurer et prend le recul qu'il faut dans toutes les situations. C'est assez incroyable à 19 ans. »

« On a arrêté de se dire qu'on pouvait être surpris par Paul, remarque Jean-Baptiste Quiclet, directeur de la performance de Decathlon. Depuis les cadets 2, on se dit qu'on déroule un plan, qui est le sien, c'est lui qui nous met le tempo. On n'a pas d'exigence, de demande ou de requête. Il faut juste savoir lui parler si on sent qu'il peut se tromper de chemin. Ce n'est pas trop arrivé jusque-là. » Les accrocs existent pourtant, comme à l'été 2025 où il était tombé malade et avait pris du retard dans sa préparation, mais Seixas les absorbe avec froideur et calme.

« Le coeur du réacteur, c'est lui-même, et il faut savoir entendre les signaux faibles ou les signaux forts par le langage. Ces signaux faibles vont de l'irritabilité à l'état d'esprit ou sa qualité de sommeil. On a des modélisations par la data, on travaille avec l'IA. Ça ne veut pas dire qu'on ne passera jamais à côté d'un détail, donc le relationnel avec lui est très important. Le lien de confiance, c'est le plus important », ajoute Quiclet, bluffé le plus souvent par les réactions du coureur et sa maturité.

Paul Seixas, ici devant Mattias Skjelmose et Remco Evenepoel à l'approche de l'arrivée au Lioran, mardi. (E. Garnier/L'Équipe)

Paul Seixas, ici devant Mattias Skjelmose et Remco Evenepoel à l'approche de l'arrivée au Lioran, mardi. (E. Garnier/L'Équipe)

« Il a beaucoup de recul sur sa pratique, il sait ce qu'il veut, il sait comment il veut travailler, comment il voit sa carrière »

Aurélien Paret-Peintre, coéquipier de Paul Seixas

Ce sang-froid dans les détails de la préparation s'applique aussi lorsqu'il s'agit de se comporter en patron de coéquipiers tous plus âgés que lui. Mais là encore, la maturité a eu un terreau fertile. « C'est venu naturellement. Depuis que je suis jeune, j'ai toujours été un peu le leader des équipes où je courais, même si c'était dans une moindre mesure, confiait le jeune Français au printemps. Je connais bien ce rôle, qui ne m'a jamais posé trop de problèmes. Quand je suis leader, je sais faire, je sais gérer cette pression. »

Aurélien Paret-Peintre (30 ans), son chaperon depuis l'an dernier dans l'équipe, complète le portrait : « Il a beaucoup de recul sur sa pratique, il sait ce qu'il veut, il sait comment il veut travailler, comment il voit sa carrière. Les premières fois, quand j'ai vraiment discuté avec lui, j'ai été bluffé, il avait un discours de mec de 25 ans. »

« Beaucoup de coureurs n'ont pas réfléchi à la gestion de la montée, ils sont partis à fond dès le pied »

Paul Seixas à propos de la montée du Pertus, l'avant-dernière difficulté du jour

L'an dernier, lors de son premier Critérium du Dauphiné, Seixas avait également époustouflé son équipe et ses coéquipiers par sa lucidité. Chaque soir, il était rincé, pensait ne pas pouvoir aller plus loin, mais il arrivait à se dépasser. Et à la fin d'une épreuve World Tour de huit jours (8e au général), il leur avait dit avoir compris ce qu'il avait encore à faire pour combler l'écart avec les meilleurs.

Mardi, au Lioran, il se comportait encore en vieux sioux pour analyser la montée du Pertus, l'avant-dernière difficulté du jour. « Beaucoup de coureurs n'ont pas réfléchi à la gestion de la montée, ils sont partis à fond dès le pied. Après, on a laissé Jonas (Vingegaard) rouler, car c'est lui qui avait le plus à perdre. Il nous a emmenés jusqu'à la fin. » Lui a franchi la ligne en troisième position. Tranquille.