“Madame, 1.250 euros ont été prélevés sur votre compte”: arnaquée par des escrocs, Elke a perdu 17.000 euros
“Une transaction suspecte a été détectée sur votre compte. Nous vous mettons en relation avec un conseiller de Card Stop.” Cet appel reçu par Elke ressemble, au premier abord, à une main tendue pour l’aider. Au premier abord, seulement. Un peu plus tard, elle découvre que près de 17.000 euros ont disparu de son compte. “Pendant l’appel, j’ai soudain entendu un bruit en arrière-plan de l’autre côté de la ligne... C’est là que j’ai commencé à avoir des doutes”, raconte la mère de famille, qui explique comment s’est déroulée la conversation.
A.MA
3 octobre 2026, 14:16Dernière mise à jour: 14:36
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Elke est sur le point de préparer le repas lorsque son téléphone sonne. Un numéro masqué apparaît à l’écran. À l’autre bout du fil, ce n’est pas une voix humaine qui se fait entendre au départ, mais un message automatique. Des opérations suspectes auraient été détectées sur son compte.
“Un soi-disant paiement de 1.250 euros avait été effectué sur Bol.com” depuis Düsseldorf, raconte-t-elle. “Un site sur lequel on achète tous de temps en temps. Ils m’ont demandé si c’était moi. Évidemment que non, je ne suis jamais allée à Düsseldorf.”
Cette réponse semble confirmer exactement la raison pour laquelle le prétendu service de sécurité l’appelle. “Restez en ligne, madame.” Elle est transférée. Pas à n’importe qui, mais soi-disant au service fraude de sa propre banque, BNP Paribas Fortis.
C’est à partir de là que commence la partie la plus subtile. L’homme au bout du fil semble calme, professionnel et serviable. “On se dit: ‘ouf, il va m’aider. Quelque chose ne va pas avec mon compte et il est en train de régler le problème’.”
L’invitation à poursuivre la conversation sur WhatsApp lui paraît étrange pendant un très bref instant, mais pas suffisamment pour qu’elle tique immédiatement et démasque la supercherie. Le soi-disant employé de banque lui demande de partager l’écran de son téléphone. Pas via un logiciel compliqué dont elle n’a jamais entendu parler, mais tout simplement sur WhatsApp. “Il m’a dit: ‘Cliquez sur les trois petits points. Choisissez cette option-là. Appuyez là-dessus’.”
Elke fait ce qu’on lui demande. “Après coup, on se dit évidemment: ‘comment ai-je pu faire ça?’ Mais sur le moment, ça ne semblait pas si absurde. Par le passé, j’avais déjà vu quelqu’un prendre la main à distance sur un ordinateur pour résoudre un problème technique. Je me suis dit: ‘il y a probablement beaucoup de gens qui ne savent pas où cliquer, alors ils procèdent ainsi’.”
À partir de cet instant, les escrocs voient tout ce qu’elle fait. “Je n’ai jamais dit: ‘voici mon code’. Mais ils pouvaient évidemment voir ce que je faisais sur mon écran.” Pendant ce temps, son interlocuteur continue de parler. Plusieurs transactions suspectes auraient eu lieu. Différents comptes doivent être “sécurisés” ou “vérifiés”.
Le doute arrive trop tard
Son fils aîné est assis à côté d’elle pendant la conversation. Elke met le téléphone sur haut-parleur. C’est alors qu’ils entendent soudain quelque chose qui n’a absolument rien à faire dans un service anti-fraude professionnel. “En arrière-plan, j’ai entendu un truc du genre: ‘Et toi, qu’est-ce que tu fais pour le repas?”
La mère et le fils se regardent, le premier vrai moment de doute. Comme Elke peut difficilement utiliser son téléphone à ce moment-là, elle demande à son fils d’appeler une amie qui travaille dans le secteur bancaire. Celle-ci n’hésite pas une seconde et lance ‘C’est impossible. Une banque ne ferait jamais ça’”.
Elke raccroche. À partir de là, tout s’enchaîne très vite. La banque est contactée, les comptes et les cartes sont bloqués. Le lendemain, elle va porter plainte à la police. Mais l’argent qu’elle essayait de protéger a déjà disparu en grande partie. Au final, le préjudice s’élève à environ 17.000 euros.
Encore 2.500 euros via la carte de crédit
Alors qu’elle pense que tout est terminé, un nouveau coup dur survient. En passant plus tard ses comptes en revue, elle s’aperçoit qu’environ 2.500 euros ont également disparu via sa Mastercard. “Quand je suis allée à la banque pour ça, j’ai d’abord eu l’impression que cette somme me serait remboursée. Mais au bout du compte, on m’a annoncé que, selon eux, ces paiements avaient eux aussi été correctement authentifiés.”
C’est là que le bât blesse pour elle. Car Elke persiste et signe: elle n’a jamais donné son accord en connaissance de cause pour envoyer des milliers d’euros à des escrocs. “Je n’ai transmis aucun code. Je n’ai pas dit: ‘voici mon numéro, voici mon mot de passe’. Rien.”
Elle met ensuite formellement en demeure BNP Paribas Fortis et saisit également le médiateur. Pour l’instant, elle n’a toujours pas récupéré son argent. Nos confrères de Het Laatste Nieuws ont tenté de contacter BNP Paribas Fortis, mais n’ont pas obtenu de réponse à ce jour.
Qu’elle se soit fait berner par des escrocs, Elke ne le nie pas. Ce qu’elle a du mal à accepter, c’est que la discussion semble s’arrêter là, selon elle. “On parle toujours de négligence grave et de sa propre responsabilité. Mais quid de la responsabilité de la banque?”
Elle énumère les questions qui ne cessent de lui trotter dans la tête depuis ce soir-là, avec une interrogation qui persiste particulièrement: pourquoi un comportement à ce point inhabituel peut-il se poursuivre jusqu’à ce qu’elle tire elle-même la sonnette d’alarme? “Il s’agit d’informations extrêmement sensibles. En tant que première banque de Belgique, il faut aussi se demander: que pouvons-nous mieux sécuriser pour que cela ne se reproduise plus?”
Le fait que certains montants apparaissent encore comme “réservés” lui avait d’abord donné de l’espoir. « Je me suis dit: ‘ouf, cet argent n’est pas encore parti. Ils peuvent peut-être encore le bloquer’. Cela n’a pas été le cas. Pourquoi indiquer ‘réservé’ si c’est en réalité déjà parti?”
Le fraudeur a encore décroché le lendemain
Quand son fils rappelle le numéro avec lequel les fraudeurs ont pris contact, l’homme décroche. “Et le lendemain aussi.”
Depuis le poste de police, Elke remarque que des données de la conversation WhatsApp disparaissent progressivement. Un profil qui se faisait d’abord passer pour Fortis semble ensuite faire référence à une autre banque.
Pour Elke, cela montre surtout à quel point tout semblait organisé. “Ces gens ne donnent pas l’impression de tâtonner. Ils s’expriment très bien. Ils savent quoi dire. Ils savent comment vous rassurer.”
C’est pour cela qu’elle raconte son histoire. Non pas par plaisir d’admettre publiquement qu’elle s’est fait piéger, mais parce qu’elle constate qu’on juge encore très vite les victimes de fraude en ligne. “Il y a des gens qui vous regardent et se disent: ‘comment peut-on tomber là-dedans’? Mais je connais aussi énormément de personnes qui me disent: ‘ça aurait très bien pu m’arriver’.”
“Ces gens sont extrêmement doués. Sur le moment, vous êtes en panique et vous ne vous dites pas: quelqu’un essaie de me voler. Vous vous dites: ‘heureusement que quelqu’un m’appelle pour m’aider’.”