Manuel : "Je vis dans la rue même si j'ai un travail. Je préfère dormir dans la rue et pouvoir manger à ma faim plutôt que d'avoir un toit et de ne pas avoir assez à manger"

Manuel : "Je vis dans la rue même si j'ai un travail. Je préfère dormir dans la rue et pouvoir manger à ma faim plutôt que d'avoir un toit et de ne pas avoir assez à manger"

Le cliché du SDF qui a "choisi" d’être à la rue a la vie dure. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, toutes les personnes sans domicile ne vivent pas de la mendicité ou des aides sociales. Selon l’Insee, environ un quart (24 %) des adultes sans domicile occupaient un emploi début 2012.

Dans le détail, seuls 39 % des sans-domicile qui occupaient un emploi bénéficiaient d’un CDI. 24 % avaient un CDD, 15 % travaillaient en intérim et 22 % exerçaient leur activité sans aucun contrat. Près de la moitié des actifs travaillaient à temps partiel, une proportion qui atteignait 63 % chez les femmes, contre 37 % chez les hommes.

Manuel travaille huit heures par jour, touche 1 200 euros par mois et dort pourtant dans la rue

En Espagne aussi, avoir un emploi ne garantit pas de pouvoir se loger. Manuel Heredia en sait quelque chose. Ce magasinier de métier travaille à temps plein et gagne 1 200 euros par mois. À noter que le salaire minimum interprofessionnel (SMI), l’équivalent du Smic en France, est fixé à 1 221 euros bruts par mois en Espagne en 2026.

Malgré ce revenu certes modeste, mais régulier, Manuel est à la rue. Comme le rapporte le média espagnol Diari Ara, ses journées commencent très tôt. Il se lève à 5 heures du matin, se prépare et prend le train pour prendre son service à 6 h 20 pétantes. Une fois son dur labeur terminé, il profite des vestiaires de son entreprise pour prendre une douche. Le lendemain, rebelote.

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Selon l’Insee, 24 % des adultes sans domicile occupaient un emploi début 2012. Parmi eux, seuls 39 % avaient un CDI. 24 % travaillaient en CDD, 15 % en intérim et 22 % sans aucun contrat.

Pourquoi travailler ne suffit plus toujours pour se loger en Espagne

Manuel a donc la "chance" d’avoir un emploi, des horaires réguliers et des revenus chaque mois. Pourtant, il n’a pas de "chez lui", une situation qui est loin d’être exceptionnelle. Selon le dernier rapport de la Fondation FOESSA, publié par Cáritas, 47,5 % de la population active espagnole, soit 11,5 millions de personnes, sont confrontés à une situation de précarité professionnelle. Plus largement, une personne sur dix ayant un emploi se trouve en situation d’exclusion sociale.

Le logement constitue l’un des principaux facteurs de cette précarité. D’après Cáritas, les personnes qui louent leur logement consacraient en moyenne 63 % de leur salaire au loyer en 2023, alors que les revenus n’avaient progressé que de 12 % depuis 2022. Sur la même période, les loyers avaient augmenté de 44 %.

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Selon le dernier rapport de la Fondation FOESSA, publié par Cáritas, 47,5 % de la population active espagnole, soit 11,5 millions de personnes, sont confrontés à une situation de précarité professionnelle.

Manuel doit choisir entre se loger et pouvoir manger

Comme nombre de ses compagnons d’infortune, Manuel a dû faire un choix entre se loger et correctement se nourrir, et il a été vite fait. "Je préfère vivre dans la rue et pouvoir manger plutôt que d’avoir une chambre sans pouvoir me nourrir", explique-t-il.

Manuel ne dispose même pas d’un vieux matelas pour reposer son corps fatigué après ses longues journées de travail. Il se contente d’un abri de fortune fait de cartons et de tout ce qu’il trouve près de la bibliothèque où il a élu "domicile". C’est tout ce que lui permet aujourd’hui son salaire de 1 200 euros.