Meilleur scoreur et repris dans l'équipe type de l'Euro U18 de basket, ce grand espoir belge renonce aux Lions… à cause des réseaux sociaux
La Belgique retrouvera la Division A de l'EuroBasket U18 l'été prochain. Troisièmes du championnat d'Europe Division B disputé en Croatie, les jeunes Lions ont rempli leur mission. Un succès auquel Aaron Ona Embo, grand espoir du basket belge, a grandement contribué. À seulement 17 ans, le meneur bruxellois a une nouvelle fois éclaboussé la compétition de son talent.
Avec 25,3 points de moyenne, il a terminé largement meilleur marqueur du tournoi. Formé à Ganshoren, Royal IV et Woluwe United avant de passer par le centre de formation du Real Madrid, il a également compilé 5,1 rebonds, 4,6 assists et 1,5 interception par rencontre. Des statistiques qui lui ont valu une place logique dans l'équipe-type du tournoi.

Mais paradoxalement, cette belle campagne devrait marquer la fin de son histoire avec les équipes nationales de jeunes. Ces performances et l'accession au podium ont été ternies par une vague de critiques et d'acharnement envers le jeune joueur phare de l'équipe. Ce qui a poussé la famille à prendre une décision forte : Aaron Ona Embo ne participera plus aux compétitions futures avec les Young Lions.
"Il y a eu énormément de commentaires négatifs sur les réseaux sociaux, explique son papa, Michael Ona Embo. Cela fait plusieurs années que cela dure et, à chaque tournoi, les critiques deviennent plus virulentes. Je peux accepter la critique sportive. C'est vrai qu'Aaron n'avait pas un bon pourcentage de réussite lors des premiers matchs (NdlR : 37 % sur l'ensemble du tournoi) et que son style de jeu ne plaît pas à tout le monde. Mais il devait aussi prendre énormément de responsabilités et héritait souvent de ballons chauds en fin de possession."
Des critiques au-delà du jeu
Les remarques ont progressivement dépassé le cadre du jeu. "On critiquait sa personne, son attitude. Aaron avait le short trop bas, il mâchait trop son protège-dents, il priait… poursuit le paternel. C'est devenu de l'acharnement et de la méchanceté gratuite. Il y a aussi de la jalousie, poussée par certains conflits communautaires. Il reste un enfant. Il est très solide mentalement et bien entouré, mais je ne peux plus accepter cette situation."
Présent en Croatie avec sa compagne pour soutenir leur fils – un déplacement qui leur a coûté près de 2 500 euros –, Michael Ona Embo estime que le seuil a été franchi. En quatre ans, Aaron Ona Embo a disputé cinq championnats d'Europe sous le maillot belge. Il y a accumulé les distinctions individuelles : MVP, meilleur marqueur et membre de l'équipe-type à trois reprises.
guillementIci, plus tu as de talent, plus on te rabaisse.
"Depuis quatre ans, il sacrifie ses vacances pour représenter la Belgique. Après la demi-finale perdue, il a pleuré toute la nuit. Cela montre à quel point il tient à ce maillot. Les joueurs l'apprécient et il adore jouer pour son pays. Mais ici, plus tu as de talent, plus on te rabaisse. Même les délégations étrangères venaient le féliciter pour ses performances. Les critiques viennent essentiellement de chez nous. À un moment, il y a une saturation."
Le meneur d'1,83 m a annoncé sa décision à ses équipiers dans le vestiaire après la compétition. "C'est dommage parce que tout le monde y perdra, mais le moins perdant sera Aaron. Il aime profondément représenter la Belgique, mais aujourd'hui notre priorité est de le protéger. Ce qui me choque le plus, c'est que beaucoup de ces critiques envers une personne mineure viennent d'adultes, parfois même de parents. Quand il sera professionnel, il prendra lui-même ses décisions concernant l'équipe nationale. Mais en attendant, on a décidé de lever le pied par rapport aux championnats de jeunes."
La perte d'un talent générationnel
Pour Laurent Monier, assistant-coach de l'équipe U18 cet été, le sentiment est tout aussi détestable. "De tels commentaires sont tout simplement dégueulasses. Aaron reste un enfant. Je n'ose pas imaginer ce que ressentiraient certains parents si c'était leur fils. Si Aaron n'avait pas été là, nous ne montions jamais sur le podium. Quel autre joueur belge de son âge est capable de produire de telles statistiques dans un championnat d'Europe ? C'est un talent générationnel. Le basket moderne demande énormément de un contre un et c'est normal que notre leader prenne autant de responsabilités. On oublie aussi qu'il termine avec près de cinq assists de moyenne, preuve qu'il sait faire jouer les autres. S'il ne revient plus en équipe nationale, ce sera une immense perte pour le basket belge."
La Fédération belge assure de son côté prendre la situation très au sérieux. Une psychologue du sport a notamment été mise à disposition du joueur et de sa famille.
Aaron Ona Embo, lui, va désormais se concentrer sur la suite de sa progression. Dans les prochains jours, il participera au prestigieux camp 'NBA Without Borders' en Turquie avant de rejoindre Bella Vista (Arizona), l'une des meilleures écoles préparatoires des États-Unis.
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