Mgr Guillet, évêque de Saint-Denis : « La parole de Léon XIV est douce, ferme et courageuse à la fois »
Léon XIV à Rome le 26 août 2026.
© MASSIMO VALICCHIA / N/C
Arthur Herlin 06/09/2026 à 08:00, Mis à jour le 06/09/2026 à 08:00
ENTRETIEN - Avant la venue de Léon XIV au Stade de France le 25 septembre devant 80 000 jeunes, Mgr Étienne Guillet, évêque de Saint-Denis, dévoile les coulisses de cette soirée.
Le 25 septembre, l'évêque de Saint-Denis accueillera Léon XIV au Stade de France pour une veillée de 80 000 jeunes. Étienne Guillet, 50 ans, plus jeune évêque de France, ordonné il y a dix-huit mois à la tête d'un diocèse de 22 000 pratiquants pour près de deux millions d'habitants, raconte les coulisses d'une soirée qu'il veut placer sous le signe de la communion. Et livre son portrait d'un pape qu'il juge « inclassable ».
Paris Match. Vous avez rencontré Léon XIV il y a un an, lors de la session des nouveaux évêques. Quelle impression vous a-t-il laissée ?
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Mgr Étienne Guillet. Nous étions deux cents nouveaux évêques venus du monde entier, j'ai été très ému et impressionné par sa capacité à connaître chacune des réalités évoquées par les uns et les autres. Je me souviens d'un évêque d'une île bientôt submergée par la montée des eaux. Les questions écologiques, la guerre, la sécularisation en Europe, cette quête de foi qui rejaillit en France : sur chaque sujet, il était capable de rebondir et d'avoir une parole. C'est vraiment un homme de l'universel.
Cela tient-il à son parcours, supérieur des Augustins puis préfet du Dicastère pour les évêques ?
Il y a une spécificité chez lui. Cet homme est passé d'un pays à l'autre, il s'est ancré ensuite dans le ministère, dans une autre Église, au Pérou. Déraciné, réenraciné, missionnaire. Cela donne des hommes au cœur ouvert.
Ses origines multiples - italiennes, françaises, haïtiennes - font-elles écho à la diversité de votre diocèse ?
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C'est ce qui rend sa personne très riche, il dispose de véritables prédispositions. Il y a chez lui quelque chose d'une multiculturalité, de « l’ubiquité » culturelle, qui lui permet d’être à plusieurs endroits à la fois. Quand on parvient à concilier cela, on devient capable de jeter des ponts. Et c'est important aujourd'hui.
Que représente pour la Seine-Saint-Denis d'accueillir le pape ?
Les gens sont fiers, et dans la joie. J'ai été frappé par la réaction du personnel politique du département : tout le monde a dit que c'était formidable pour le territoire, pour la population, alors même que tout le monde n'est pas catholique, loin de là. Ici, chacun n'est pas aligné sur les mêmes façons de penser, cela peut être difficile sur certains sujets. Mais tous se sont réjouis d'un moment potentiellement de communion, en demandant plutôt à être présents. Je me dis que c'est aussi mystérieusement la mission du pape que de rassembler les gens.
Vous prononcerez le discours d'accueil. Que comptez-vous dire au pape ce soir-là ?
Je tiens à lui dire que nous fait tout ce qui était en notre pouvoir ces dernières semaines pour ne laisser personne de côté au cours de cette soirée. Que nous avons en sorte que que tous les visages des 17-35 ans de Seine-Saint-Denis soient là : les jeunes du public comme du privé, mais aussi la jeunesse malade, en situation de handicap, celle qui est en difficulté d'insertion. Un travail discret mais assez fort, pour qu'une jeunesse parfois marginalisée soit représentée. Avec à l’esprit qu’aucun catholique de Seine-Saint-Denis, quelle que soit sa situation, ne puisse se dire : je n'ai pas été convié. Le 25 au soir, je dormirai bien si j'ai le sentiment d'avoir veillé à ce que tout le monde soit là.
Vous avez aussi invité des non-catholiques ?
C'est le propre de la jeunesse d'ici : les chrétiens y sont peu nombreux, nous vivons en minorité, en lien et en amitié avec beaucoup de jeunes qui ne partagent pas notre foi mais qui sont les amis du quotidien. Nous avons donc encouragé les lycéens de nos treize établissements catholiques à venir accompagnés. Chaque lycée organise une petite délégation : deux catholiques invitent huit camarades qui ne le sont pas, orthodoxes, évangéliques, musulmans, juifs, sikhs. Il y a une grosse communauté sikhe en Seine-Saint-Denis, dont le point central en France est Bobigny, et beaucoup sont dans nos écoles.
Nous les appelons les ambassadeurs du pape. Ils préparent la veillée tout le mois de septembre, la vivront par équipes de dix, puis en octobre et novembre ils en restitueront le message du pape Léon XIV à l'ensemble des terminales de leur établissement. L'idée est aussi théologique : le pape a une parole pour les catholiques, mais il en a toujours une pour les hommes et les femmes de bonne volonté.
Qu'est-ce qui motive cet engouement ? Le pape, ou Léon XIV lui-même ?
Nos jeunes ont une attente forte d'être encouragés dans la foi. Ils savent que c'est la mission du pape que de l'affermir et de les tirer vers le haut. La relation avec Léon XIV, elle, est encore en train de se construire : ils ne le connaissent pas très bien, il n'y a pas encore eu de JMJ. Mais chez les plus âgés, ceux qui ont entre 25 et 35 ans, beaucoup ont été sensibles au courage de sa parole, notamment pendant son grand voyage africain, face à certaines situations de pouvoir. On a repéré que sa parole était douce, ferme et courageuse à la fois. C'est une forme de signature chez lui.
Cette douceur et cette fermeté vous inspirent, dites-vous.
Dans le contexte qui est le nôtre, avec les échéances politiques qui viennent, ce mélange de fermeté dans les convictions, de désir de coopération et de courage dans ce qu'on dit, c'est un chemin important. Comme jeune évêque, je trouve la figure de Léon XIV inspirante : être ferme dans ce que l'Évangile demande, courageux dans la façon de l'assumer, et dire les choses avec douceur, sans souffler sur les braises. C'est une personnalité très fondée dans la prière.
Sur le plan doctrinal, où placer le pape Léon XIV, est-il plutôt « conservateur » ou « progressiste » selon vous ?
Il échappe un peu à ces étiquettes, il y a chez lui une forme de liberté intérieure. Sur certaines questions, l'engagement social est fort. Sur les questions d'éthique de la vie, le positionnement est fort aussi. Je crois surtout que, quand on essaie de tenir bon l'Évangile à la main, on devient très vite inclassable. On se retrouve dans plusieurs camps à la fois : le soutien à la dignité de la vie au commencement, à la fin, mais également au milieu, avec le migrant, avec le pauvre. Tout cela rend un chrétien difficilement plaçable.
Quel profil auront les jeunes qui témoigneront devant lui ?
Ils seront trois, et l'une des voix viendra de Seine-Saint-Denis. La réalité du monde populaire sera représentée. Ils porteront ensuite les questions de leur génération : la vie chrétienne dans ses difficultés, les doutes, et aussi l'audace d'être missionnaire.
Qu'attendez-vous de cette soirée ?
Je souffre de voir notre pays si fracturé, si sévèrement polarisé ces derniers temps. Si le 25 au soir, au Stade de France, des jeunes et des adultes se retrouvent pour un moment de communion, nous n'aurons pas perdu notre temps. Le pape aura été à sa place, celle de rassembler et de tirer vers le haut. Pour les croyants, vers le Christ. Pour ceux qui ne le sont pas, vers le meilleur d'eux-mêmes. La parole de Jésus à Pierre, « affermis tes frères », c'est exactement ce qu'il vient faire. Elle s'actualisera dans le plus grand stade du pays.