Michèle Cotta : pour Raphaël Glucksmann, l'homme neuf de la gauche, le plus dur commence

Michèle Cotta : pour Raphaël Glucksmann, l'homme neuf de la gauche, le plus dur commence
Raphaël Glucksmann

Raphaël Glucksmann est le candidat de la gauche sociale-démocrate.

© Lafargue Raphael

Michèle Cotta 12/10/2026 à 08:22, Mis à jour le 12/10/2026 à 08:23

L'ŒIL DE MICHÈLE COTTA - Avec 66 % des voix, Raphaël Glucksmann écrase la primaire du PS face à Olivier Faure et Ségolène Royal. Une belle victoire, mais l'unité de la gauche reste fragile.

Signe des temps : comme pour les deux dernières élections européennes, le PS a désigné, pour la primaire présidentielle, un candidat qui n'est pas « estampillé » socialiste. C'est, à coup sûr, pour le parti de gauche, un échec. Et son premier secrétaire, Olivier Faure, n'obtient, face à Raphaël Glucksman, largement vainqueur dès le premier tour avec 66 % des voix, qu'un tout petit 14 %. Bien que leur stratégie soit à l'opposé, les tenants d'une possible alliance avec Jean-Luc Mélenchon ont accepté, ainsi qu'ils s'y étaient engagés, de se ranger sous la houlette de celui qui a défendu, bec et ongles, au cours de trois débats télévisés tendus, la rupture avec LFI. Les uns et les autres voulaient une clarification.

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Le résultat de ce dimanche soir l'a apportée : pas de main tendue à la gauche radicale. Ouverture, en revanche, à toutes les autres fractions de la gauche, écologistes (Marine Tondelier, candidate verte au scrutin de 2027, l'a refusée sur-le-champ) et communistes, restés prudemment muets dans la soirée. En revanche, Glucksman l'a redit dès son élection pour bien préciser les choses à celui et celle qu'il a battus hier, Olivier Faure et Ségolène Royal, au cas où ils ne l'auraient pas compris : la lutte contre l'hégémonie de LFI reste sa ligne. Non négociable.

Embrassons-nous Folleville

Hier soir, évidemment, c'était, à l'heure des résultats, proclamés dans le 20e arrondissement de Paris, embrassons-nous Folleville. Glucksman, lucide, a eu pourtant raison de dire que sa victoire n'était « qu'un début ». L'unité peut n'être que de façade, elle peut se lézarder dans les semaines, les mois qui viennent. Ce ne serait pas la première fois que, dans une élection primaire, les ralliements des battus au vainqueur vivent ce que vivent les roses. Olivier Faure reste le premier secrétaire du PS. À ce titre, il est responsable de la désignation des candidats aux législatives qui suivront le scrutin présidentiel. Beaucoup de ceux-ci ont besoin, pour s'asseoir sur les bancs de l'Assemblée nationale, de recueillir, au moins au second tour, des voix insoumises. La ligne de Glucksman est loin d'être la leur. Certains auront peut-être tendance à le faire savoir. Quant aux bons sentiments exprimés par Ségolène Royal à l'issue du vote, comment le candidat pourrait-il y croire sans arrière-pensée : même en étant jeune en politique, il a bien mesuré, pendant les dernières semaines, l'ampleur de l'antipathie qu'elle éprouve à son égard. Il ne l'oubliera pas.

Pourtant, d'une certaine façon, il en a profité. En le qualifiant de stagiaire, Ségolène Royal croyait lui avoir porté un coup fatal. Au contraire, elle a souligné ce qui a fait sa force : contrairement à tous les autres candidats, il apparaît comme un homme neuf. Pas de fonctions exercées pendant les dix années macroniennes, contrairement à Édouard Philippe et Gabriel Attal. Il n'en est pas, comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, à sa quatrième candidature à la présidentielle. De sa nouveauté sur la place publique, il a su faire un atout.

François Hollande, l'autre perdant ?

Mais il y a peut-être, après la soirée d'hier, un autre perdant. François Hollande aurait préféré, à coup sûr, que le vainqueur de la primaire n'atteigne pas les 66 % des voix. Difficile cependant de se poser en recours d'une gauche démocrate alors que son verdict semble être massif. Le « trou de souris » dans lequel il pensait passer s'est rétréci. Après avoir lui aussi félicité Raphaël Glucksman, il lui faudra, pour le moins, attendre la suite de sa campagne. L'ancien président de la République s'est donné jusqu'en décembre pour prendre sa décision. Il ne peut faire acte de candidature que si Glucksman a lourdement dérapé dans les sondages. Mais, dans ce cas, comment Hollande serait-il sûr d'échapper lui-même à une telle chute ?

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Mais n'allons pas si vite. Glucksman a été choisi comme candidat par 66 % de 120 000 Français, soit à peu près 73 000 électeurs. Le corps électoral français monte à 50 millions d'individus. On voit l'écart qu'il lui faut combler pour figurer au deuxième tour de l'élection présidentielle. Ce dimanche, il a annoncé qu'il ferait une campagne acharnée, sur tous les fronts. C'est bien le moins qu'un candidat puisse faire, surtout quand il peut s'attendre à la pugnacité de la droite et, surtout, peut-être, à la mobilisation de l'armée des partisans de Jean-Luc Mélenchon.

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