Namur : les résidents de l'Arche participent au tournage d'un court-métrage baptisé "Tendresse"
Ce sont des scènes dignes des studios de Cinecittà ou d'Hollywood qui, depuis lundi, se jouent au n°145 de la chaussée de Charleroi, à Salzinnes. Dans les locaux de l'Arche, une équipe de cinéma a posé ses imposantes valises chargées de matériel pour le tournage d'un court-métrage qui doit durer dix jours. Un projet mené par le centre d'accueil et d'hébergement pour adultes porteurs d'une déficience mentale, à l'occasion de ses 50 ans. "Pour les 40 ans, nous avions mis sur pied un spectacle avec Philippe Vauchel, qui avait été joué à la Marlagne, explique Annick Hocqué, directrice de l'institution. Cette fois, les plus jeunes de nos éducateurs voulaient de nouvelles idées. Notamment parce qu'un spectacle, cela génère beaucoup de stress chez les bénéficiaires, qui ne profitent alors pas pleinement de la fête. Ils ont donc proposé de réaliser un film, un vrai. Pas seulement une petite vidéo promotionnelle de trois minutes."
La directrice a alors sondé son fils Noé et son acolyte Ludovic, deux jeunes qui entendent se faire une place dans le milieu du cinéma. Les deux hommes ont écrit un scénario original, celui de ce court-métrage baptisé Tendresse. "C'est une comédie musicale dont le personnage principal est Samuel, un jeune homme handicapé qui atterrit à l'Arche après avoir perdu son papa", détaille Annick Hocqué. Scénaristes, Ludovic Bodart et Noé Pleuger sont aussi réalisateurs. "C'est davantage un film sur le deuil que sur le handicap", commente le premier.
Des résidents devant la caméra
Sur le plateau, tout le monde est bénévole. "Cela nous coûte 11 000 €, essentiellement pour la location du matériel, les déplacements, etc.", souligne la directrice de l'ASBL, subsidiée par l'Agence wallonne pour la qualité de vie (Aviq).
L'équipe du film compte une quinzaine de personnes, dont des acteurs professionnels qui donnent la réplique aux résidents du centre. Une collaboration rendue possible grâce à un minutieux travail de préparation."Avec Noé, nous sommes venus toutes les semaines pendant six mois pour les faire répéter, explique Ludovic. On a aussi procédé à une sorte de casting parmi ceux qui voulaient participer. On s'est adaptés pour que tous aient une présence à l'écran."
Un rôle actif pour certains, davantage de la figuration pour d'autres. En fonction des envies, mais aussi de certaines contraintes, comme l'âge. Il faut savoir que l'Arche, qui peut accueillir jusqu'à 28 personnes, compte parmi ses bénéficiaires des personnes âgées d'une petite vingtaine d'années à bien au-delà de septante."C'est un vrai défi de s'adapter à ces différents rythmes", insiste la directrice.
Une première projection privée avant des festivals
Le tournage de Tendresse s'achèvera le 22 août. S'ensuivront sept semaines de postproduction, avant l'étape tant attendue du visionnage."On fera ça entre nous à l'occasion de notre fête annuelle. Ce sera le 17 octobre. Il n'y aura pas de projection publique", renseigne Annick Hocqué.
Dans un premier temps, du moins. Car le court-métrage tourné à l'Arche, pensé dès le départ comme un véritable projet artistique, devrait avoir une vie au-delà des murs de l'institution. Les deux coréalisateurs namurois, Noé Pleuger et Ludovic Bodart, envisagent en effet de présenter leur film dans différents festivals, à commencer par le TEFF (The Extraordinary Film Festival), un événement cinématographique consacré à l'inclusion, à la diversité et au handicap et qui se tient à Namur. Une évidence.
En bref
Née en France au milieu des années 1960, l'Arche s'est développée au fil des années dans une quarantaine de pays, sur les cinq continents. Le réseau compte aujourd'hui plus de 156 communautés accueillant des personnes porteuses d'un handicap mental, dont la structure namuroise, fondée en 1976. Organisée sous la forme d'une ASBL subsidiée par l'Agence wallonne pour une qualité de vie (Aviq), l'Arche de Namur comprend un centre de jour et un centre d'hébergement. Elle peut accueillir jusqu'à 28 résidents adultes et propose des activités favorisant leur inclusion. L'équipe de professionnels qui les accompagne compte 18 personnes.
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