« Notre seul moyen de défense contre le feu » : à La Seyne, les propriétaires du Baou Rouge ont investi dans un réseau de 26 motopompes
En moins de cinq minutes, René Mouren place la crépine d’aspiration dans sa piscine, déroule le tuyau, démarre la motopompe, vérifie les réglages et actionne la lance incendie longue de 25 mètres. Le puissant jet d’eau est projeté à 25 m de distance, permettant de protéger une zone dans un rayon de 50 m autour de l’habitation. À l’instar du président de l’Association des propriétaires du massif (APM) du Baou Rouge, 26 résidents de cette colline se sont équipés d’un tel matériel afin d’assurer un premier niveau de défense du site contre un incendie.
Pourquoi cette décision ? Parce que ce massif boisé qui surplombe la plage de Fabrégas, et sur lequel sont bâties une cinquantaine d’habitations, est dépourvu de bornes incendie. Pourtant, la forêt du Cap Sicié n’est qu’à quelques dizaines de mètres, de l’autre côté de la corniche Merveilleuse. Raison pour laquelle les services préfectoraux ont classé le Baou Rouge en « aléa fort » pour le risque incendie, tandis que la forêt contiguë - qui a connu une dizaine de feux depuis les années 1960 - est répertoriée en « aléa très fort ».
« Les incendies dramatiques qui touche le Var cet été sont l’illustration qu’en cas de vent violent, la situation devient vite dramatique car la forêt méditerranéenne est constituée d’arbres et arbustes hautement inflammables. Depuis des années, poursuit René Mouren, nous avons posé le problème aux élus et aux autorités de l’État, mais rien ne bouge. Nous demandons que des bornes incendie soient installées sur la corniche, à l’interface de notre domaine et de la forêt communale. Nous demandons également qu’on nous donne la pression suffisante pour alimenter des poteaux incendie (qui alimentent les camions de pompiers), à l’intérieur du domaine, que nous financerions ».
Peine perdue : « La Métropole TPM persiste à ne rien faire pour mettre en place une adduction d’eau à la pression convenable sur le haut du Baou Rouge. Le Préfet du Var ne s’est pas manifesté suite aux appels à l’aide que nous lui avons lancés. Et le Département, sollicité par la mairie de La Seyne, a botté en touche ».
« Notre seul moyen de défense »
Les riverains ne sont, eux, pas rester inactifs. Ils ont commandé une étude pour raccorder au réseau communal deux poteaux incendie qu’ils installeraient à leurs frais. « La Seynoise des eaux nous a fourni un devis à 18 000 euros pour le raccordement, et son prestataire, la SNTH, nous demande 28 000 euros pour implanter les deux poteaux. Ce coût très élevé nous a conduits à rechercher d’autres solutions techniques. Dans l’attente, et face à l’inertie des pouvoirs publics, nous avons pris une décision forte : doter le Baou Rouge d’un réseau de 26 motopompes appuyé sur les réserves en eau que constituent les piscines des riverains ».
La commande groupée des engins a permis de négocier les tarifs. « On a obtenu les motopompes pour 380 euros pièce, indique le président de l’APM. C’est le même matériel que le département des Bouches-du-Rhône subventionne à 50 % pour les particuliers qui souhaitent s’équiper. Il serait d’ailleurs judicieux que le département du Var en fasse autant ».
Toujours est-il que ces engins sont simples à utiliser, comme ont pu s’en apercevoir les riverains qui ont participé à un test grandeur nature en juillet. « Avec les réservoirs des 26 piscines du massif, ce sont plus de 1000 m3 d’eau qui pourraient être utilisés simultanément pour la protection de nos biens et de nos vies. En l’absence de poteaux incendie, conclut René Mouren, ce réseau constitue notre seul moyen local de défense contre le feu ».
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Des actions en justice
L’APM a déposé en mai 2025 une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui contre Jean-Pierre Giran alors président de TPM car, explique René Mouren, « il disposait de tous les éléments montrant que nous sommes exposés au risque incendie et que la défense du massif n’est pas assurée faute de poteaux sur l’interface avec la forêt ». Cette plainte n’a pas été classée sans suite et le Parquet a proposé à TPM une procédure de médiation pénale. « Mais à l’issue de la réunion de médiation, TPM a refusé la mesure proposée par le délégué du Procureur au motif que la Métropole n’a pas à intervenir sur un domaine privé ».
En parallèle, l’APM a engagé une action contre le préfet du Var : « Nos demandes gracieuses d’intervention du Préfet (au motif que la défense de la forêt contre l’incendie est de la responsabilité du Département et des services de l’État) étant restées sans réponse, on a déposé une requête accompagnée d’un mémoire introductif devant le Tribunal administratif le 12 novembre 2025 ».
Le soutien de la mairie
Parmi les institutions, seule la mairie a fait preuve d’écoute : « L’ancien adjoint à l’urbanisme, Christian Dupla, soutenait nos démarches. Et avant les élections municipales, nous avons été reçus par le maire Joseph Minniti qui, nous assurant de son soutien, a adressé un courrier demandant, à chacun des acteurs concernés, ‘‘un espace de discussion incluant la Ville, la Préfecture, la Métropole, le Département et le SDIS’’. Aucune suite n’a été donnée, à l’exception d’une réponse hors sujet du Département. Enfin le 16 juin, conclut René Mouren, nous avons été reçus par Thierry Tidona, 1er adjoint au nouveau maire, qui nous a demandé de lui transmettre un mémorandum sur nos demandes. Nous l’avons également invité à notre assemblée générale qui aura lieu ce samedi à 9 h à la maison St-Georges ».