"Notre volonté est d'éteindre à terme les investissements publics", vice-président de Spa Grand Prix, Georges-Louis Bouchez a une vision claire
De l'allée du paddock jusqu'au virage des Combes, il ne compte plus les poignées de main serrées. Il ne peut pas faire cinq mètres sans répondre à une sollicitation. En l'espace de quelques minutes, Georges-Louis Bouchez a trouvé le temps de parler avec Jean-Michel Saive (président du COIB), avec Gaëtan Vigneron (journaliste de la RTBF) ou encore avec Vincent Laureyssens (président-directeur du Lotto Brussels Premier Padel). Ce dernier, ancien patron du marketing de l'équipe Sauber-Petronas en F1, n'avait plus remis les pieds sur un circuit depuis vingt ans. "Oui, c'est un jour très émouvant pour moi", nous confiait celui qui travaille déjà sur la sixième édition du tournoi de padel à la Gare Maritime en avril 2027.
Georges-Louis Bouchez connaît les moindres recoins du circuit de Spa-Francorchamps. Il met un nom sur de nombreux visages devenus si familiers. À six ans, l'enfant qu'il était assistait déjà au GP de Formule Un avec son ticket bronze qui lui donnait notamment accès à la longue ligne droite de Kemmel, là où les dépassements sont les plus nombreux. Plus de trois décennies plus tard, il se retrouve au cœur du paddock entre Lewis Hamilton et Max Verstappen. Il serre la main du Roi Philippe qui a honoré le circuit de sa présence.
Stromae, Georges-Louis Bouchez, Maxime Prévot,… les célébrités et politiques belges réunis au Grand Prix de Spa-FrancorchampsMalgré un GSM hyperactif et de nombreuses sollicitations, Georges-Louis Bouchez s'est posé sur une terrasse qui surplombait le paddock pour évoquer l'angle sportif de sa vie. Avec le président du club de football des Francs Borains qui est aussi vice-président de Spa Grand Prix, la politique n'est jamais loin.
Quel sportif se cache derrière l'homme politique ?
J'adore le sport mais j'ai un agenda très chargé qui limite mes possibilités. Je pratique le sport automobile avec la Fun Cup. On parle de quelques courses par an. Aujourd'hui, le running est le seul sport que je peux caser dans mon agenda. Je sais que cet été, je courrai plus que le reste de l'année. De temps en temps, je participe à un match de football caritatif ou à un événement sportif ponctuel. Ma vie professionnelle constitue déjà un sport intensif.
Alors qu'il convoitait le poste, Georges-Louis Bouchez ne sera pas le président du circuit de Spa-FrancorchampsComment consommez-vous le sport ?
Je le consomme dans les journaux et à la télévision. Mes fonctions aux Francs Borains et à Spa Grand Prix me demandent de suivre de près l'actualité sportive.
Avez-vous des sportifs qui vous inspirent ?
Je commencerai par quelques pilotes de F1. Quand j'étais gamin, j'étais un grand fan de Jacques Villeneuve. Tout le monde sait que j'adore Lewis Hamilton. J'ai beaucoup aimé Fernando Alonso.
Des sportifs avec un gros caractère…
Ils ont beaucoup de fighting spirit et le sens du show. En football, je suis fasciné par Maradona ou Zlatan Ibrahimovic. Je préfère un Cristiano Ronaldo à un Lionel Messi. La moitié de la planète va m'en vouloir (rires). Je recherche souvent la détermination derrière la pratique d'un sport. Ronaldo, c'est un bosseur qui connaît le sens de l'effort. Enfant, j'étais fan du PSG et de l'écurie Williams. C'est resté. Les événements sportifs agissent comme une madeleine de Proust, réveillant les souvenirs de mon enfance.
Quels sportifs belges vous ont-ils marqués ?
Je n'ai pas vécu l'époque mais la Belgique n'en fait pas assez autour de Jacky Ickx et d'Eddy Merckx. Dans d'autre pays, on en ferait des tonnes autour d'eux. Eden Hazard a pris sa retraite des Diables rouges il y a trois ans seulement. Je ne voudrais pas que les jeunes oublient le magnifique joueur qu'il a été. Je m'en voudrais de ne pas citer Nafi Thiam, l'exemple parfait du dépassement de soi.
Le Grand Prix de F1 de retour à Spa: "Cet enjeu d'image se traduit en monnaie sonnante et trébuchante pour la Wallonie"Et en cyclisme ?
Alors, j'avoue que je ne suis pas un immense fan de vélo. Je suis car j'aime m'informer. Les résumés de cinq minutes me suffisent. Un gars comme Remco Evenepoel est remarquable. Sa personnalité sort du rang. Il ne dit pas toujours ce que les gens veulent entendre.
Si vous deviez définir le sport dans un dictionnaire, vous écririez…
Le sport s'articule autour de trois axes : des valeurs (performance, dépassement de soi, sens de l'effort, abnégation…); un vecteur économique et une source de bonheur et d'émotion. Ceci explique pourquoi j'aime les sportifs avec un gros caractère.
Glissons vers le circuit de Spa-Francorchamps. En tant que vice-président de Spa Grand Prix, vous aviez exprimé votre volonté d'attirer davantage de capitaux privés pour alléger un peu l'apport de la Région wallonne. Où en sommes-nous ?
Je suis extrêmement satisfait de voir le travail abattu par Spa Grand Prix. Je viens ici depuis 1997 avec mon ticket bronze et ma couverture dès 4 h 30 du matin. Chaque année, j'ai vu les améliorations apportées à tous les niveaux. Cette année, je peux citer la mainstage, la Tour Uhoda rénovée cet hiver, les activités, les tribunes, les écrans géants… Le produit est magnifique. À un moment, nous devons reconnaître que le modèle doit évoluer. Aujourd'hui, cet événement est bénéficiaire. Et pour les pouvoirs publics. Et pour les privés. On nous dit qu'il y a une petite perte épongée par Wallonie Entreprendre. L'année passée, on parlait de deux à trois millions. Il faut se rendre compte que rien que les taxes pour les communes de Stavelot et de Malmedy sont de 2,5 millions. Donc, ce n'est pas une perte. Je parle plutôt d'un subside de la Wallonie vers ces deux communes-là. Pour le reste, les recettes sont entre 20 et 25 millions. Deloitte a mené une étude. Il y a le chiffre des retombées du week-end. Je vois aussi les retombées sur le reste de l'année. Accueillir la F1 sur notre circuit remplit le calendrier du reste de l'année plus facilement. Nous pouvons faire payer la location du circuit beaucoup plus cher parce que c'est un circuit de Formule 1. Nous ne bradons pas nos prix. Sans la F1 et sa visibilité médiatique, nos prix baisseraient de 20 à 25 % facilement.
Quelle est la volonté du gouvernement par rapport au financement du Grand Prix de F1 ?
La volonté du gouvernement wallon, c'est de privatiser nos aéroports. C'est aussi d'éteindre à terme les investissements publics qui sont faits au niveau du circuit. Augmenter les capitaux privés appartient au domaine du possible. Je ne peux pas entrer dans les détails sous peine de fermer certaines pistes. Pourquoi ne pas créer un festival à côté ou exposer une F1 dans un village limitrophe ? Les idées sont nombreuses. Il faut le faire en respectant l'intérêt de la Wallonie. On discute avec des partenaires de la F1. On augmente la rentabilité de l'événement en améliorant sa qualité parce qu'on s'est rendu compte qu'une partie du public préférait des places qualitatives.
Présence remarquée du Roi Philippe au Grand Prix de Belgique F1 à Spa-FrancorchampsLes prix pratiqués ne sont-ils pas exorbitants ?
Là, on essaye de trouver le bon équilibre pour que l'événement reste malgré tout accessible à tout le monde. Quand on regarde les prix des festivals ou autres, les prix d'entrée aujourd'hui au Grand Prix ne sont pas très loin de pass pour des grands festivals en Belgique. Les prix d'entrée ici sont semblables à ceux d'une Coupe du Monde ou d'un championnat d'Europe de football. Le prix n'est pas lié à la F1 mais est propre au sport international.
La Région wallonne peut-elle suivre cette surenchère internationale ?
Les dirigeants de la F1 sont réalistes. Il n'est pas question qu'on nous demande les mêmes prix de plateau que l'Arabie Saoudite. Nous compensons avec une histoire et un grand héritage. La F1 a besoin de couvrir une grande partie du monde. Il est hors de question de concentrer les GP au Moyen Orient et aux USA. Nous garderons six à huit courses en Europe. Spa est plus en concurrence avec les autres pays européens qu'avec le Moyen-Orient. Au niveau commercial, l'Europe est essentielle pour la F1. L'augmentation progressive du prix du plateau nous amène à aller chercher des nouvelles sources de financement et avoir un modèle économique où la rentabilité s'accroît.
Quel a été l'impact de la présence du Roi Philippe cette année ?
En tant que chef d'État, il a montré que le Grand Prix est soutenu par l'intégralité du pays. Il sait qu'on a deux événements internationaux en Belgique : Tomorrowland et le Grand Prix.
guillementCroire que la Formule 1 est un sport plus polluant que les autres est de la pure bêtise.
Le GP est voué à se disputer en alternance avec Barcelone dès 2027. Est-ce un moindre mal vu le contexte actuel ?
Ce n'est pas notre stratégie. La réalité aujourd'hui, c'est qu'on n'a pas 2028 et 2030 dans notre contrat. Nous travaillons pour réintégrer ces deux dates. Rien est garanti à ce jour. En cas de renouvellement du Grand Prix, on souhaite l'avoir chaque année dès 2031. Pour instaurer le business model, pour le calendrier du circuit, pour l'ancrage des fans; un an sur deux n'est pas une formule. Nous avons achevé le Grand Prix avec des tribunes sold out et 400.000 visiteurs sur la semaine. Je ne parle même pas de notre héritage historique.

La F1 vise la neutralité carbone dès 2030. Où se situe la Belgique dans ce dossier ?
Nous avons pris de l'avance. Il faut savoir que les 22 voitures sur l'ensemble des 24 Grands Prix ne correspondent même pas à 1 % des émissions de CO2 totales de l'event. L'événement sportif le plus polluant en Europe, c'est le Tour de France qui ne se résume pas qu'à un peloton qui roule à vélo. En réalité, chaque événement international a une empreinte carbone plus ou moins identique. Donc, la Formule 1 n'est pas pire qu'un autre. Croire que la Formule 1 est un sport plus polluant que les autres est de la pure bêtise.
guillementIl reste le Raidillon, l'ADN du tracé. Je pense que, toutes proportions gardées, il est photographié autant que la Tour Eiffel."
Comment résumeriez-vous le circuit de Spa ?
Nous avons déjà évoqué l'héritage historique avec une réelle identité. Ensuite, je vois un côté improbable. Nous sommes dans une forêt avec des champs et quelques maisons. Puis, vous avez une navette spatiale, le circuit, qui a atterri. Il reste le Raidillon, l'ADN du tracé. Je pense que, toutes proportions gardées, il est photographié autant que la Tour Eiffel. Tu peux l'avoir vu mille fois, tu le photographieras encore deux mille fois.
Peut-on envisager de voir un pilote belge sur la grille de départ d'un circuit de F1 dans un avenir proche ?
Il y a bien un pilote venu des Pays-Bas. Alors, pourquoi pas un Belge ! Nous en avons quelques-uns bien placés. Je peux vous dire que je connais quelques grosses entreprises en Belgique qui seraient prêtes à soutenir un pilote belge si l'occasion se présente.
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