« Nous ne dormons plus la nuit » : une famille porte plainte contre le maire sortant de Sillans-la-Cascade pour harcèlement et menaces

« Nous ne dormons plus la nuit » : une famille porte plainte contre le maire sortant de Sillans-la-Cascade pour harcèlement et menaces

C’est un nouvel épisode qui risque de compliquer davantage la situation politique à Sillans-la-Cascade. Après l’annulation par le tribunal administratif de Toulon de l’élection municipale, au motif que les bulletins de vote de la liste élue dès le premier tour ne mentionnaient pas la nationalité des candidats étrangers ressortissants d’un État de l’Union européenne, le maire destitué Christophe Carrière est désormais visé par une plainte déposée par une famille du village, qui préfère garder l’anonymat.

Une plainte a en effet été déposée pour des faits de harcèlement, menaces, violences morales et faux. Le couple de plaignants, composé d’un agent municipal de Sillans-la-Cascade et de son épouse, commerçante locale, ainsi que leur fils, témoignent. « Les prochaines élections ont lieu le 30 août. Le maire sortant, par peur que l’on ne vote pas pour lui, a multiplié les pressions à notre encontre. »

Selon eux, tout commence par une convocation en mairie, au mois de mai, peu après l’annulation de l’élection. « Une adjointe m’a expliqué que le maire avait un doute sur le fait qu’on ait voté pour lui. On m’a demandé de fournir les bilans et chiffres de mon magasin, et que j’allais avoir plusieurs contrôles. Tandis que rien ne justifie cela, la municipalité n’a aucun pouvoir sur mon commerce », explique la mère de famille. La reconduction du poste de son mari aurait également été menacée.

L’ancien maire de Sillans-la-Cascade, Christophe Carrière, destitué en mai dernier, est accusé d’avoir menacé et harcelé une famille dans le cadre des élections.
L’ancien maire de Sillans-la-Cascade, Christophe Carrière, destitué en mai dernier, est accusé d’avoir menacé et harcelé une famille dans le cadre des élections.
Florian Escoffier / Var-matin

Un enregistrement audio

Quelques semaines plus tard, la même adjointe demande à revoir le couple. Cette fois, les deux administrés enregistrent la conversation. Dans l’audio, que Var-matin a pu écouter et qui a été certifié par un huissier de justice, on entend l’élue mettre en garde les administrés. Elle leur indique que le maire ne leur fait pas confiance, qu’il préfère qu’ils ne viennent pas voter, et qu’ils effectuent plutôt trois procurations, en leur proposant trois noms.

L’élue explique en substance qu’ils ont tout intérêt à coopérerer s’ils ne veulent pas avoir de problème avec la municipalité... Face à ce qu’ils considèrent comme du chantage, les membres de la famille se disent « sidérés ».

Comité de soutien

Ils sont soutenus par Catherine Apostolo, la tête de liste de l’opposition, qui sera candidate aux élections à la fin du mois, tout comme Loïc Murat.

Un comité de soutien s’est donc formé autour de cette famille. « On se demande dans quel pays on vit lorsqu’on entend des choses pareilles », s’offusque Jean-Pierre Renard, ancien premier adjoint de Christophe Carrière.

Ce dernier rappelle que Christophe Carrière comparaîtra en novembre prochain devant le tribunal correctionnel de Draguignan dans une autre affaire de harcèlement envers des agents municipaux, en 2023 : « Ce n’est pas la première fois, il est temps de se poser les bonnes questions. »

« On a peur des représailles »

« Depuis le 13 mai, on ne dort plus la nuit, nous prenons des anxiolytiques pour tenir le coup. On a peur des représailles, pour nous et nos enfants. Nous avons passé des vacances d’été cauchemardesques », confie la plaignante.

Me Jean-Claude Guidicelli assure que ses clients sont « ébranlés et traumatisés » : « Comment voulez-vous que les citoyens puissent avoir confiance en certains élus. Au niveau de l’exemplarité dont ces derniers doivent faire preuve, c’est affolant. Cet ex-maire se retrouve aujourd’hui impliqué dans des affaires particulièrement graves. »

L’enquête est en cours. Contacté par Var-matin, Christophe Carrière, qui reste présumé innocent, explique qu’il est « impossible de s’exprimer ou de (se) défendre sur ce dossier, n’ayant pas connaissance des faits exacts qui (lui) auraient été reprochés ».