Nouveau directeur de la HEH, Christophe Brion tire la sonnette d'alarme sur la baisse du nombre d'inscriptions de futurs enseignants

Nouveau directeur de la HEH, Christophe Brion tire la sonnette d'alarme sur la baisse du nombre d'inscriptions de futurs enseignants

Après douze années à la tête du département "Sciences de l'éducation et Enseignement" de la Haute Ecole en Hainaut (HEH), Christophe Brion change de casquette. En cette rentrée académique, le Tournaisien a été nommé directeur-président de la HEH, avec désormais la responsabilité de l'ensemble des départements, sur les sites de Tournai et de Mons.

"C'était maintenant ou jamais, sourit le Tournaisien. Avec mon expérience et mon expertise, j'avais envie de me lancer un nouveau défi, notamment de pouvoir m'impliquer par rapport à des enjeux et des dossiers importants comme le financement de l'enseignement supérieur ou encore les conséquences de la réforme sur la formation initiale des enseignants."

Pour sa première rentrée dans ses nouvelles fonctions, le directeur-président se montre globalement satisfait. À l'échelle de la HEH, les inscriptions sont stables, tant à Tournai qu'à Mons.

"Que ce soit les Sciences juridiques, économiques et de gestion, les Sciences et technologies, et les Sciences sociales, les étudiants restent en nombre. La hausse du coût du minerval ne semble pas avoir eu un impact considérable sur la possibilité des jeunes à se lancer dans des études supérieures, même si on constate néanmoins, une légère baisse pour la formation d'éducateur spécialisé qui attire davantage d'étudiants jobistes…"

Il faudra toutefois attendre encore un peu avant de connaître la proportion d'étudiants bénéficiant d'une réduction du minerval. Pour cette rentrée, celui-ci s'élève à 0 euro pour les étudiants boursiers, 374 euros pour les étudiants de condition modeste, 835 euros pour ceux de condition intermédiaire et 1 194 euros au tarif plein.

Mais derrière cette stabilité globale se cache une situation beaucoup plus préoccupante dans les formations pédagogiques.

La formation des enseignants inquiète : "le métier ne fait plus rêver"

Depuis la réforme de la formation initiale des enseignants, entrée en vigueur en 2023 et qui a fait passer les études de trois à quatre ans, la HEH a enregistré une diminution importante du nombre d'étudiants dans ces filières.

"La première année, toutes sections "Enseignement" confondues, nous avions constaté une baisse de 20 %. La deuxième année, encore 10 % d'inscriptions en moins. Cela semble désormais s'être stabilisé, pour les masters sections 1 (maternelle) et 2 (primaire). Par contre, en master section 3 (secondaire inférieur), la situation est assez dramatique… Nous avons très peu d'inscrits !"

La baisse est particulièrement préoccupante dans certaines filières comme les mathématiques, les sciences ou les arts plastiques alors que la pénurie d'enseignants est déjà bien présente.

Une situation paradoxale pour le directeur-président. "Il fallait, certes, renforcer la formation des enseignants pour un enseignement et des apprentissages de qualité… mais on se retrouve dans un cercle vicieux. La Fédération Wallonie-Bruxelles avait annoncé un programme de lutte contre ce manque d'enseignants et de promotion de la formation d'enseignement, mais on ne voit rien venir…"

Cette rentrée est d'autant plus particulière qu'aucun étudiant issu de la formation initiale des enseignants n'a été diplômé cette année. La réforme ayant fait passer le cursus de trois à quatre ans, une année "blanche" s'est intercalée entre les deux systèmes.

Le phénomène n'est pas propre à la Haute École en Hainaut. "Pourquoi une telle désaffection pour l'enseignement secondaire", s'interroge le directeur-président.

Plusieurs facteurs peuvent, selon lui, expliquer cette évolution : l'allongement des études, mais aussi l'image du métier. "Je ne crois pas que ce soit uniquement lié à cette année supplémentaire car le constat est assez semblable dans les universités, et qu'au contraire la revalorisation salariale pourrait davantage attirer les candidats. On peut, par contre, évoquer les discours politiques, les doléances des enseignants, le comportement des élèves, l'ingérence des parents, la charge administrative, le travail "invisible" à domicile, le "prestige" de l'université, etc. Le métier d'enseignant ne fait plus rêver, son image en a aussi pris pour son grade ces derniers temps… alors que c'est un métier formidable !

Moins d'élèves, moins de financement… des choix à poser

Cette diminution des inscriptions dans certaines formations n'est pas sans conséquence pour le financement des établissements scolaires et leur avenir.

"Notre allocation annuelle globale dépend du nombre d'étudiants, rappelle Christophe Brion. Toutefois, dans le cadre de la réforme de la formation initiale des enseignants, nous avons bénéficié d'un régime de faveur, à savoir que le financement se basait temporairement sur la population estudiantine d'avant la réforme. On n'a donc pas ressenti l'effet de la diminution du nombre d'étudiants. Mais ce mécanisme de gel va progressivement prendre fin à partir de 2027-2028 et produira pleinement ses effets en 2030. Il faut donc commencer à anticiper les effets de cette diminution…"

La HEH devra donc probablement faire des choix. Le nouveau directeur-président évoque notamment une rationalisation de l'offre de formations, avec la possibilité de fermer certaines sections lorsque le nombre d'étudiants devient insuffisant, mais aussi de limiter les doublons entre les sites de Tournai et de Mons. "On ne peut pas garder des sections déficitaires et créer de l'inconfort pour celles qui fonctionnent bien et qui ont aussi besoin d'encadrement."

À Tournai, la section "mathématique" est déjà en suspens cette année. "S'il n'y a aucun inscrit, les dés sont joués, mais fermer une section, c'est aussi prendre le risque de ne plus pouvoir la rouvrir un jour. Et peut-être que d'ici quelques années, on peut retrouver des potentiels candidats qu'on ne pourra pas prendre en charge, qui vont changer d'orientation et ainsi on contribue aussi à la pénurie. Derrière nos décisions, il y a aussi un engagement sociétal.

Les enseignants retournent à l'école pour le master

Un autre phénomène apporte toutefois une note plus positive dans le domaine de la formation des enseignants.

"Le décret qui organise la formation initiale des enseignants, prévoit la possibilité pour les enseignants qui ont été diplômés avant la mise en œuvre de cette réforme de pouvoir obtenir le grade de master section 1 – 2 – 3 via une année supplémentaire, rappelle Christophe Brion. Cette possibilité rencontre un succès important. À Tournai, une cinquantaine de personnes sont déjà inscrites, et à Mons nous en avons près de 120 qui vont donc reprendre le chemin de l'école pour obtenir ce master en horaire décalé."

Cette formation leur permet d'élargir leurs possibilités d'enseignement en fonction de leur section, mais aussi de bénéficier du statut lié au master, avec une revalorisation salariale et de nouvelles perspectives professionnelles.

Pour Christophe Brion, ce type de parcours illustre aussi une évolution plus large dans les attentes des étudiants et du monde professionnel. La HEH entend ainsi développer davantage de formations courtes et ciblées.

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