« On est venu tirer la sonnette d’alarme parce qu’on n’y arrive plus » : derrière la hausse des prix du carburants, les pêcheurs de la Côte d’Azur dénoncent trop de « technocratisme »

« On est venu tirer la sonnette d’alarme parce qu’on n’y arrive plus » : derrière la hausse des prix du carburants, les pêcheurs de la Côte d’Azur dénoncent trop de « technocratisme »

Tous solidaires.

« Dans tout le bassin méditerranéen, tous les pêcheurs, petits métiers, chalutiers, thoniers, on est tous main dans la main », assure Arnaud Allari, de la prud’homie de Saint-Jean-Cap-Ferrat. À ses côtés, ce jeudi matin, il y avait des pêcheurs de Beaulieu, Villefranche, Nice, Cannes et Antibes pour bloquer l’entrée du bassin Lympia. Un blocus de quelques heures. « Mais s’il le faut on reviendra », préviennent ces professionnels venus tirer « la sonnette d’alarme ».

« Parce qu’on n’y arrive plus », soufflent en chœur les représentant de cette profession qui ne compte plus qu’une petite centaine de patrons dans le département. Et les derniers survivants de la pêche traditionnelle méditerranéenne sur la Côte d’Azur se disent aujourd’hui « complètement asphyxiés » par l’augmentation du prix du gazole.

Blocage de l entree du port de Nice par les pecheurs -
Blocage de l entree du port de Nice par les pecheurs -
Jean François Ottonello / Nice-matin

« Il est aujourd’hui à 1,40 euro le litre et il va encore passer à 1,50 euro. Il a bien pris 40 % », déplore Arnaud Allari. Julien Cepero se souvient qu’il n’y a pas si longtemps il était même « en dessous de 80 centimes ». Mais c’était « avant la guerre en Ukraine ». Or, du gazole, ce professionnel de la Prud’homie d’Antibes en passe « 600 litres par semaine » lorsqu’il va pêcher « au large ». « Aujourd’hui on sort à perte », assurent les pêcheurs maralpins.

Pour eux, la hausse du prix du carburant est « une double peine » qui ampute autant le pouvoir d’achat que leurs clients que leur rentabilité. Car c’est auprès des particuliers qu’ils écoulent désormais l’essentiel de leur pêche. « Les restaurants c’est fini, ils ne nous achètent plus rien », regrette le Cannois Franck Dubbiosi. La faute aux « normes européennes ».

L’envolée des prix du carburant n’est en fait que la goutte de gazole qui a fait déborder le vase de leur exaspération. Ces professionnels dénoncent aussi cette réglementation de plus en plus lourde qui leur est imposée et dissuade même les restaurateurs de se servir auprès des pêcheurs locaux : « Parce que c’est trop lourd à gérer administrativement pour eux, ils préfèrent se fournir dans les grandes surfaces ou sur les criées ».

VMS, MOB… Ces normes européennes qui asphyxient les derniers pêcheurs traditionnels

Ce technocratisme qui les empêche de travailler, Arnaud, Franck, Julien et les autres en ont bien d’autres exemples : « On pourrait en parler toute la journée… »

Il y a notamment la VMS qui est en train de leur être imposée. « C’est une sorte de mouchard pour surveiller nos temps de sortie en mer », décrypte Jean-Marc Magliona, pêcheur à Beaulieu. « Un viol professionnel », pour Franck Dubbiosi qui est déjà obligé de programmer ses sorties en pleine nuit pour ne pas être suivi par des pêcheurs amateurs en quête de bons coins. « Avec la VMS, ils auront mas position directement sur leur téléphone », souffle-t-il.

Julien Cepero évoque aussi la MOB, un gilet de sauvetage connecté, qu’on leur a aussi imposé. « Il en existe à 200 euros, mais le modèle qu’on nous a imposé en coûte plus de 700. Et on doit le faire réviser tous les ans auprès de la seule entreprise agréée… Qui se trouve en Bretagne ! » Autant de frais et de contrainte qui ne seraient, à les entendre, pas adaptés à la pêche traditionnelle méditerranéenne.

Au-delà d’un coup de pouce sur le carburant, les derniers professionnels maralpins aimeraient que leur spécificité en voie de disparition soit reconnue et qu’ils puissent bénéficier d’un peu plus de souplesse.