"On guérit aujourd'hui beaucoup de patients" : la Belgique bat un record de cancers diagnostiqués, mais l'espoir n'a jamais été aussi grand
La Belgique a franchi un seuil symbolique en 2024. Pour la première fois, plus de 78.000 nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués en un an. Selon les chiffres de la Fondation du Registre du cancer, 78.697 personnes ont appris qu'elles étaient atteintes d'un cancer, soit une hausse de 1,4 % par rapport à 2023.
La progression est particulièrement marquée en Wallonie, où les diagnostics ont augmenté de 2,1 %. La hausse atteint 1,3 % en Flandre, tandis que Bruxelles enregistre un recul de 0,6 %.
guillementLe vieillissement n'explique pas tout. Il y a aussi des facteurs environnementaux et liés au mode de vie qui jouent certainement un rôle"
Faut-il pour autant conclure que le risque de cancer explose ? Pas exactement. L'évolution démographique explique une grande partie de cette hausse. La population belge augmente et vieillit, or le risque de développer un cancer augmente fortement avec l'âge. "On voit une hausse liée au fait que la population vieillit. Cela joue un rôle important, confirme le Dr Eric Van Cutsem, professeur d'oncologie à la KU Leuven et co-président de la Fondation du Registre du cancer. Mais le vieillissement n'explique pas tout. Il y a aussi des facteurs environnementaux et liés au mode de vie qui jouent certainement un rôle."
Ces nouvelles thérapies qui permettent de mieux soigner le cancerLe tabac reste ainsi un facteur majeur, notamment pour le cancer du poumon. Si la tendance continue à s'améliorer chez les hommes, le nombre de cancers du poumon diagnostiqués chez les femmes augmente encore. L'obésité et le manque d'activité physique sont également de plus en plus associés à plusieurs cancers.

Les cancers du foie en augmentation
Le spécialiste cite notamment la progression des cancers du foie. "L'alcool peut entraîner une cirrhose, mais l'obésité favorise aussi l'accumulation de graisse dans le foie. Cela peut provoquer une inflammation chronique, puis une cirrhose et, à terme, un cancer."
D'autres évolutions restent plus difficiles à expliquer. C'est notamment le cas du cancer du pancréas, particulièrement agressif, dont l'incidence augmente alors que les causes ne sont pas encore clairement identifiées. Le cancer colorectal préoccupe également les spécialistes, avec une progression observée chez des patients plus jeunes dans plusieurs pays.
"C'est probablement une combinaison de facteurs, estime Eric Van Cutsem. L'obésité, le manque d'activité physique et l'environnement jouent certainement un rôle. Mais nous avons encore beaucoup de choses à comprendre, notamment concernant certains polluants."
Cette arme redoutable contre de nombreux cancers reste sous-utilisée en Belgique: "Le gouvernement ne fait rien pour que le dépistage soit un réflexe"Plus de cancers, mais aussi de meilleures chances de survie
La hausse des diagnostics ne signifie toutefois pas que le cancer tue davantage. Au contraire, les chances de survie progressent pour de nombreux cancers. Les chiffres du Registre du cancer montrent ainsi une survie nette à cinq ans de 93 % pour le cancer du sein et de 99 % pour le cancer de la prostate. Pour le cancer colorectal, elle est passée de 63 % à 70 % en vingt ans.
guillementOn peut raisonnablement penser qu'il y aura des vaccins contre le cancer grâce à cette technologie"
Les progrès sont également importants pour le cancer du poumon, longtemps associé à un pronostic particulièrement sombre. La survie nette à cinq ans atteint désormais 35 % chez les femmes et 27 % chez les hommes, soit une progression respective de 15 et 12 points par rapport aux patients diagnostiqués entre 2004 et 2008.
"On voit ce cancer chez de plus en plus de jeunes de 40 ans" : ce tueur silencieux progresse, et la Belgique rate le rendez-vous du dépistageEn Belgique, 350.000 personnes ont survécu à leur cancer au cours des dix dernières années. En un demi-siècle, la survie à cinq ans après un diagnostic est passée de 40 % à près de 70 %, une progression spectaculaire qui témoigne des immenses progrès réalisés dans la prise en charge de la maladie.
"Dans beaucoup de cancers, et notamment pour le cancer du poumon, la survie à cinq ans augmente", souligne le professeur. Ces progrès sont notamment liés aux nouveaux traitements, comme l'immunothérapie et les médicaments ciblés.
"Transformer une maladie létale en maladie chronique" : comment la médecine personnalisée révolutionne la lutte contre le cancer"Si l'on identifie une protéine ou une mutation particulière dans l'ADN de la tumeur, on peut parfois utiliser un médicament qui bloque cette protéine ou certains signaux à l'intérieur des cellules et empêche la tumeur de continuer à se développer", explique-t-il.
Les progrès pourraient encore s'accélérer. L'industrie pharmaceutique espère développer des vaccins contre certains cancers d'ici 2030, en s'appuyant notamment sur la technologie de l'ARN messager mise en lumière par les vaccins contre le Covid-19.
"On peut raisonnablement penser qu'il y aura des vaccins contre le cancer grâce à cette technologie, estime Jo Van Ginderachter, spécialiste du cancer à la VUB. Elle a prouvé son utilité pendant la pandémie et le même principe peut être utilisé pour s'attaquer aux tumeurs. C'est un grand espoir, même si cette méthode ne permettra pas de traiter tous les cancers."
Cancer du sein: les députés francophones inquiets par la répartition géographiqueAutre avancée majeure, l'immunothérapie stimule le système immunitaire pour l'aider à mieux combattre les cellules cancéreuses. "C'est aujourd'hui l'un de nos plus grands espoirs et elle va encore progresser", poursuit le spécialiste. Elle donne déjà de très bons résultats contre certains mélanomes, cancers du poumon et lymphomes.
Le cancer n'est donc plus systématiquement synonyme d'une issue rapide et fatale. Pour certains cancers, il est même devenu une maladie chronique avec laquelle les patients peuvent vivre pendant de nombreuses années. "Pour le cancer du côlon, du sein ou du poumon, on guérit aujourd'hui beaucoup de patients. Pour d'autres, la maladie devient de plus en plus chronique."
Les progrès restent cependant très inégaux selon les cancers. Le pancréas demeure l'un des plus difficiles à traiter. "Nous ne sommes pas encore au même niveau pour le cancer du pancréas, mais de nouveaux médicaments ciblés apparaissent. Ils ne permettent pas encore de guérir les patients, mais ils augmentent progressivement leurs chances de survie", poursuit l'oncologue.
"Le cancer, je l'ai vécu comme un coup de tonnerre. Mais je suis la preuve qu'il y a une vie après": le parcours bouleversant et plein d'espoir d'AnneLe défi est donc double : mieux prévenir et mieux traiter. Tabac, alcool, surpoids, alimentation et activité physique constituent des leviers essentiels, tandis que la recherche continue d'ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques. "Il faut continuer à investir dans la recherche et l'innovation, mais aussi dans la prévention, insiste Eric Van Cutsem. Ce sont les points d'action les plus importants."
La tendance devrait en effet se poursuivre. La Fondation du Registre du cancer prévoit environ 93.330 nouveaux diagnostics en 2035. Cette progression sera principalement liée au vieillissement et à la croissance de la population, même si l'évolution de certains facteurs de risque pourrait encore accentuer la tendance. À l'échelle mondiale, l'Organisation mondiale de la santé prévoit également une forte hausse du nombre de cancers dans les prochaines décennies.
"On pourrait éviter 3000 décès par an en Belgique": cette arme redoutable contre le cancer colorectal reste sous-utilisée en Belgique"On voit cette augmentation dans tous les pays européens et dans d'autres régions du monde", rappelle l'expert. L'enjeu sera donc de faire face à un nombre croissant de patients tout en continuant à améliorer leur pronostic. "Les vaccins contre le cancer sont peut-être une perspective à plus long terme. Mais les traitements ciblés et personnalisés sont déjà une réalité."
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