Vente d’alcool américain: Ottawa prêt à lever l’interdiction
Écouter l’article | 6 minutes
La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.
Le gouvernement fédéral s'apprête à satisfaire à certaines exigences américaines – notamment la levée des interdictions sur la vente d'alcool des États-Unis – au moment où les négociations commerciales s'intensifient à l'approche de la prochaine échéance concernant les droits de douane, selon des sources citées par CBC.
Le président des États-Unis, Donald Trump, menace d'imposer des droits de douane supplémentaires de 50 % d'ici le 19 août sur des produits qui étaient jusqu'à maintenant exemptés en vertu de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
Selon les sources de CBC, le 19 août est une date charnière dans les négociations avec les deux pays. En effet, si ces tarifs venaient à entrer en vigueur, cela couperait net l'envie du Canada de continuer à négocier un éventuel accord commercial.
Le Canada et les États-Unis ont convenu de tenir des réunions de négociations quotidiennes à divers niveaux jusqu'à cette date, toujours selon les mêmes sources de CBC.
Parmi les produits visés par ces nouveaux droits de douane, on retrouve entre autres les vins et les boissons alcoolisées, les panneaux de contreplaqué, le duvet, le miel et même les bâtons de hockey. Les produits dans la mire de Washington couvrent un large éventail de secteurs, de l'agriculture aux biens manufacturés.
Le Canada est prêt à faire des concessions sur ces points, selon des sources du secteur bien informées des négociations. C’est le Globe and Mail qui a d'abord rapporté la nouvelle, confirmée par la suite par CBC.
En plus de la levée des interdictions sur l'alcool, Ottawa envisage de lever les droits de douane sur les automobiles américains et d’apporter certaines modifications concernant les produits laitiers, ont indiqué ces sources. Elles n’ont pas précisé quelles modifications étaient envisagées en ce qui concerne le secteur laitier.
En échange de ces concessions, le Canada fait pression pour que les États-Unis abandonnent les nouveaux droits de douane de 50 % et qu'ils allègent les droits sectoriels imposés à des entreprises des secteurs de l'acier et de l'aluminium. Ottawa exige également une reprise des négociations sur le renouvellement de l'ACEUM à l'automne.
Ces détails sur les discussions font suite à la rencontre, jeudi à Washington, entre le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, la négociatrice commerciale en chef du Canada, Janice Charette, et le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer.

Dominic LeBlanc, à droite, et Janice Charette, deuxième à partir de la droite, avaient déjà rencontré Jamieson Greer, deuxième à partir de la gauche, la semaine dernière, pour tenter de faire avancer les choses dans les négociations tarifaires entre les deux pays. (Photo d'archives)
Photo : X / Dominic LeBlanc
M. LeBlanc a déclaré jeudi, dans un message publié sur les réseaux sociaux, que la réunion avait été constructive et détaillée.
M. Leblanc et Mme Charette ont également rencontré le sénateur républicain du Dakota du Nord, Kevin Cramer, mercredi. En entrevue à CBC, M. Cramer a indiqué qu'il y avait du momentum dans les négociations canado-américaines afin de parvenir à une entente.
J’ai simplement l’impression que c’est le moment opportun, car je ne crois pas que cela se serait produit si Donald Trump n’avait pas donné son feu vert à l’ambassadeur Greer pour agir ainsi. Encore une fois, on constate un effort de rapprochement beaucoup plus concret, un engagement beaucoup plus personnel, tant au plus haut niveau qu’à tous les échelons, et cela me donne de l’espoir, a-t-il déclaré.

Le sénateur républicain du Dakota du Nord, Kevin Cramer, estime que la riposte tarifaire de Donald Trump était justifiée, au vu des agissements du Canada. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / Bryan Bedder
Bien qu'il ait admis que Donald Trump ait initié le conflit tarifaire entre le Canada et les États-Unis, M. Cramer a tout de même critiqué l'approche canadienne, qui a notamment retiré l'alcool américain des tablettes, justifiant ainsi les tarifs supplémentaires annoncés par le président américain en juillet.
Donald Trumpa fait ça avec de nombreux pays à travers le monde, mais le Canada et la Chine sont les deux seuls pays à avoir commencé à exercer une discrimination à l’égard des produits américains, et c’est ce qui a motivé l’imposition des [plus récents] droits de douane, a affirmé le sénateur républicain, toujours en entrevue à CBC.
Compétence provinciale
La mise en marché de l'alcool est une compétence provinciale.
Plusieurs gouvernements provinciaux ont retiré les alcools américains des rayons de leurs magasins d’alcool en début 2025, ce qui a entraîné une chute vertigineuse des exportations américaines de vin, de bière et de spiritueux vers le Canada.
Les fabricants de spiritueux américains ont déclaré que cette interdiction avait eu un effet dévastateur sur leurs ventes, tandis que les ventes de vin américain au Canada ont chuté de 478 millions de dollars en 2025. En comparaison, le retrait des alcools américains avait coûté 2,3 millions de dollars à la SAQ en date du 28 mars 2026.
Christine Fréchette n'entend pas remettre l'alcool américain sur les tablettes de la SAQ pour l'instant, faisant valoir son indépendance d'Ottawa dans la prise de cette décision.
Dans le contexte de la guerre commerciale actuelle, il est essentiel de défendre les intérêts économiques du Québec. Le retrait des produits américains des tablettes de la SAQ demeurera en vigueur tant qu’une entente que nous jugeons équitable aura été négociée. La vente d’alcool relève exclusivement du gouvernement du Québec. C’est le Québec et seul le Québec qui prendra une décision, a déclaré le cabinet de la première ministre par courriel, vendredi.
Lors d'une rencontre avec ses homologues des provinces et des territoires le mois dernier, le premier ministre Mark Carney, interrogé sur la possibilité de remettre l'alcool américain sur les tablettes, a reconnu qu'ultimement, c'est la décision des provinces.
Il n’y a absolument aucune chance que l’alcool américain revienne sur les tablettes, avait déclaré à l’époque le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby.
M. Carney a soutenu qu'une telle concession ne devrait s'envisager que dans le cadre d'un accord global.
Avec des informations de CBC
À lire aussi :
- « Ce sont des négociations difficiles » : Carney répond aux dernières attaques de Trump
- Les nouveaux droits de douane de 10 % de Donald Trump entrent en vigue