Penfolds célèbre les 75 ans de son iconique Grange

Penfolds célèbre les 75 ans de son iconique Grange

La cuvée Grange appartient au cercle très fermé des plus grandes cuvées mondiales, que les amateurs du monde entier s'arrachent. Pour célébrer l'année de son 75ᵉ anniversaire, Penfolds vient de lancer sur le marché l'éblouissant millésime 2022.

Ne cherchez pas, il n'existe aucun vin australien plus emblématique que cette cuvée devenue en 75 ans l'une des grandes fiertés du pays. Et pour cause, ce vin s'avère absolument impressionnant, tant par sa densité que par sa complexité aromatique et sa capacité de vieillissement extrêmement longue. Mais on ne devient pas une légende pour rien. Et les origines mouvementées de cette cuvée ont grandement participé à créer son aura internationale.

C'est lors d'un voyage en Europe en 1951 que le winemaker en chef Max Schubert eut une révélation. Après avoir sillonné les vignobles bordelais et les plus grandes propriétés en compagnie de Christian Cruse, qu'il qualifia de « l'un des hommes du vin de la vieille école les plus respectés et les plus hautement qualifiés de France », il pensa qu'il pourrait reproduire en Australie un style de vin dans l'esprit des grands bordeaux du chaud et sec millésime 1949 qu'il avait pu goûter, et capable, comme nombre de grands vins de la région, de vieillir au moins 20 ans.

De retour au pays, il se lança dans ce projet de vin révolutionnaire qu'il baptisa en l'honneur du Dr Christopher et de Mary Penfold, qui avaient établi le domaine Grange Cottage et ses vignobles à Magill, en Australie-Méridionale, en 1844. Ainsi naissait la cuvée « Grange Hermitage », Hermitage étant le nom commun de la syrah (shiraz) en Australie, ce cépage constituant la quasi-totalité de l'assemblage, toujours teinté de quelques pourcents de cabernet-sauvignon. Dès le départ, les raisins provinrent de différentes régions. Aujourd'hui, les principales sont la Barossa Valley et McLaren Vale, complétées par Coonawarra, Padthaway et la Clare Valley.

Un projet décrié mais continué en secret

Ce projet fut gardé en grande partie secret plusieurs années dès sa création en 1951, notamment du fait d'une approche totalement nouvelle alors utilisée, qu'il s'agisse de la fermentation en barriques avec une extraction maximale de tous les composants des raisins, ou bien encore de l'élevage de 18 mois dans des barriques de 300 litres de chêne américain.

Une approche révolutionnaire qui nécessitait beaucoup de temps pour que le vin digère ses premiers mois de vie et démontre tout son potentiel. À tel point que la propre direction générale de Penfolds ordonna à Max Schubert d'en arrêter la production en 1957, car Grange fut considéré comme « un vin de style porto sec, que personne de sensé n'achètera et encore moins ne boira ». Un comble !

Mais l'homme et ses équipes tinrent bon, continuèrent à le produire en cachette, et lorsqu'il fut officiellement intégré à la gamme en 1960, son exceptionnelle qualité explosa au grand jour. Aujourd'hui, le style s'est évidemment affiné, avec notamment un immense travail de sélection sur les bois utilisés pour l'élevage, mais les fondements de la cuvée sont toujours là : l'assemblage multirégional de shiraz ultra-majoritaire, l'extraction importante, la puissance du vin et sa capacité de vieillissement unique. Certains millésimes anciens comme le 1960, le 1972 ou le 1976 sont ainsi encore très vibrants.

Un Grange 2022 superbe

Le lancement de la nouvelle collection annuelle de cuvées par Penfolds a été l'occasion pour nous de découvrir, entre autres, le dernier opus de Grange. Un 2022 composé de shiraz à 97 % et de cabernet-sauvignon. Le vin est d'une profondeur absolument insondable, laissant imaginer dès le premier regard sa densité et sa concentration.

Impossible de ne pas être immédiatement séduit par cette intensité de fruits noirs d'une précision chirurgicale, les myrtilles et le cassis imposant leur marque immédiatement avant que l'orange sanguine ne les rafraîchisse et que de fines épices douces n'encadrent l'ensemble. Le cumin se mêle alors à quelques notes lardées, presque sanguines.

En bouche, le bois s'efface totalement (l'élevage est pourtant réalisé 18 mois en 100 % chêne américain neuf !) et l'esprit est frappé par une texture tout à la fois particulièrement veloutée et évoquant la sapidité de la cerise noire. Le chocolat noir et le cuir viennent renforcer la palette aromatique de ce vin à la fois très puissant et hautement caressant.

Peter Gago, l'actuel winemaker en chef, propose de le boire à partir de 2028 et jusqu'en… 2075 ! Comme un ultime clin d'œil à l'anniversaire de ce monstre sacré.