Péter Magyar met fin au réseau d'influence de Viktor Orbán à Bruxelles : "C'est une revanche du gouvernement hongrois"

Péter Magyar met fin au réseau d'influence de Viktor Orbán à Bruxelles : "C'est une revanche du gouvernement hongrois"

C'est un coup dur pour l'écosystème conservateur européen : le Mathias Corvinus Collegium (MCC) – Brussels, un relais de la stratégie d'influence de Viktor Orbán à l'échelon européen, est aujourd'hui voué à la disparition, privé par le nouveau pouvoir en place à Budapest des financements qui lui permettaient de fonctionner.

"Dans ces circonstances, il est impossible de continuer. Nous n'avons plus d'argent pour payer nos employés", témoigne son directeur général, Frank Füredi, qui a annoncé sa démission au début du mois. "C'est une revanche du gouvernement hongrois, qui nous voit comme ses opposants, bien que MCC ne se soit jamais occupé de la politique en Hongrie", estime-t-il.

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Réseau transnational

Poil à gratter dans le microcosme européen, l'institution a rencontré un franc succès en attirant des intellectuels et des militants, tel que le Belgo-Libanais Dyab Abou Jahjah, et en tissant un réseau transnational. Au cours des dernières années, elle a souvent fait salle pleine lors de conférences sur ses thématiques de prédilection : le rejet de l'immigration, du multiculturalisme, du "wokisme" et des questions de genre.

Pour mener la bataille intellectuelle chère au nationaux-conservateurs de l'ancien dirigeant hongrois, le think tank disposait de moyens considérables. Selon le registre de transparence de l'Union européenne, son budget reposait sur une subvention annuelle de 6,3 millions d'euros versée par la fondation Mathias Corvinus Collegium. Cette dernière tirait elle-même une partie essentielle de ses ressources des dividendes de deux entreprises hongroises florissantes : l'entreprise pétrolière et gazière MOL et le pharmaceutique Richter Gedeon.

Deux jours avant les élections législatives, MOL avait annoncé le versement de l'équivalent de 652 millions d'euros de dividendes au titre de l'exercice 2025. Détenant 10 % du capital de l'entreprise, le MCC attendait donc quelque 65 millions d'euros. Quatre jours seulement après sa victoire triomphale aux élections législatives le 12 avril, le conservateur modéré Péter Magyar, qui n'avait pas fait mystère de ses intentions de détruire l'"orbanisme" sous toutes ses formes, allait à la rencontre de Zsolt Hernádi, le patron de MOL, pour s'assurer que l'entreprise ne verserait plus le moindre dividende à la fondation MCC, tout comme Richter Gedeon.

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Un nouveau think tank

Pour le MCC Brussels, cette interruption des financements s'est révélée fatale. Mais ce n'est pas la fin de l'histoire pour autant. Le politiste Valentin Behr souligne que, si la plateforme hongroise – à Budapest comme à Bruxelles – a donné un coup d'accélérateur et de la visibilité à l'"Internationale conservatrice", ses réseaux préexistaient à l'ère Orbán et devraient se reconfigurer pour lui survivre.

Contacté par La Libre, Frank Füredi dit s'atteler déjà au lancement d'un nouveau think tank qu'il veut "totalement indépendant de toute institution", pour poursuivre la mission du MCC. "Nous lançons une nouvelle initiative qui sera présentée au public d'ici deux semaines", annonce-t-il, sans en dire plus, à ce stade, sur ses soutiens et financements.

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Le mouvement MAGA ("Make America Great Again") de Donald Trump est-il disposé à mettre la main à la poche pour pallier la fermeture du robinet hongrois ? Mi-juillet, le département d'État américain a lancé un appel à projets – relativement modeste – doté de cinq millions de dollars, consacré au "renforcement des liens civilisationnels, à la résilience démocratique et à l'État de droit en Europe". Une initiative qui s'inscrit dans la continuité de positions défendues par le vice-président J.D. Vance et le secrétaire d'État Marco Rubio, qui ont tous deux apporté leur soutien à Orbán avant les élections.

La perte du pouvoir par Viktor Orbán après seize années va probablement entraîner également le départ de Budapest des intellectuels étrangers, tel que l'états-unien Rod Dreher, qui avaient élu domicile sur les bords du Danube, rémunérés à grands frais par les deniers publics pour faire la publicité du "modèle hongrois" et trouver des alliés à Viktor Orbán. "Outre les questions financières, désormais, il n'y a plus de modèle Orbán à vendre", constate Valentin Behr. Laboratoire d'une extrême-droite au pouvoir qui enchaînait les victoires électorales, la Hongrie est désormais un laboratoire du post- "illibéralisme".

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