Peut-on aimer les commérages sans être une mauvaise personne ? La science a tranché - Psychologies.com

Peut-on aimer les commérages sans être une mauvaise personne ? La science a tranché - Psychologies.com

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© Gossip Girl

Vous adorez qu'on vous raconte la dernière de la collègue ou du cousin ? Pas de culpabilité : la recherche montre que le potin n'a pas la sale réputation qu'on lui prête.

Qui ne tend pas l'oreille face à un bon ragot ? Dans un article publié mi-septembre, le média Vox rappelle que parler des absents est naturel, amusant et parfois utile. Le problème n'est pas de bavarder, mais de le faire sans dézinguer sur les autres. Le bon critère ne se limite pas à la véracité de l'information. Il faut aussi regarder pourquoi on la partage, ce qu'elle dévoile de la vie privée de quelqu'un et les dégâts possibles. Un murmure entre amis n'a pas le même poids qu'une réputation détruite en ligne. Peut-on être une commère éthique ? Voici quelques éléments de réponse.

Le potin, un réflexe quotidien

Pour savoir ce que les gens se disent vraiment, la psychologue Megan Robbins et son collègue Alexander Karan ont équipé des volontaires d'un enregistreur qui capte des extraits de leurs conversations au fil de la journée. Leur étude, parue en 2020 dans Social Psychological and Personality Science, agrège cinq enquêtes de terrain auprès de 467 personnes. Selon les comptes rendus de ces travaux, chacun consacrerait environ 52 minutes par jour aux ragots. De quoi relativiser l'image du commérage comme passe-temps réservé aux pipelettes. C'est un sport international !

Surprise, ces échanges sont rarement venimeux. Dans cette analyse, trois quarts des propos sur autrui sont neutres, 15 % négatifs et 10 % positifs. Les plus jeunes en font davantage, mais l'écart ne concerne que les commérages négatifs. Le potin moyen ressemble donc plus à "Tu savais que Julie change de poste ?", qu'à un règlement de comptes.

Cancaner protège le groupe

En plus d'être une pratique universelle, l'art du commérage aurait même des vertus collectives. Dans une étude publiée dans Psychological Science, Matthew Feinberg, Robb Willer et Michael Schultz ont testé comment le partage d'informations sur la réputation favorise la coopération. L'expérience réunissait neuf groupes de 24 participants dans un laboratoire d'économie comportementale. Leur conclusion : les groupes où l'on pouvait potiner coopéraient mieux et freinaient davantage l'égoïsme, et les résultats étaient encore meilleurs quand on pouvait aussi écarter les membres peu fiables. Prévenir les autres qu'un individu joue perso, c'est un peu le vieux réflexe du village. Ces réseaux servent aussi de bouclier. Ainsi, selon une étude qualitative fondée sur 20 entretiens, publiée dans Frontiers in Communication, ces canaux informels permettent à des femmes de s'avertir des comportements de harceleurs quand les signalements officiels semblent risqués ou sont peu pris au sérieux. La "commère", souvent utilisée comme une insulte misogyne, peut donc être un levier de soutien entre femmes.

Cela rejoint les "réseaux de murmures" évoqués par Vox, ces circuits informels qui protègent les personnes vulnérables. Les chercheurs parlent ici de potin "prosocial" : il porte sur des comportements réels et vise à protéger. Attention toutefois, l'expérience se déroulait en laboratoire, avec de l'argent en jeu, et l'exclusion a un coût humain bien réel. Alors, la science a-t-elle tranché sur l'aspect moral de vos racontars ? Elle nuance, plutôt. On peut aimer les potins, à condition de rester factuel et bienveillant !