Plus de 26.000 festivaliers à Esperanzah ! avant un probable déménagement de Floreffe - RTBF Actus
Quelques dizaines d’artistes se sont produits sur les différentes scènes du festival durant trois jours, entre musiques du monde, reggae, dub, hip-hop, rap, électro et pop. Parmi eux, on trouvait quelques noms bien connus comme Scylla et Furax Barbarossa, Lia Kali, Luiza, La Niña, Rokia Traoré, 2L ou Yoa, sans oublier les pionniers du hip-hop français Nèg' Marrons avec, en invités, Lynssha, Passi et Pit Baccardi.
Porté par une nouvelle vision, Esperanzah ! a toutefois largement misé sur des artistes émergents comme le rappeur français Ino Casablanca, la figure de la nouvelle vague brésilienne Ana Frango Elecrico ou encore la cumbia d’influence punk des Mexicains de Son Rompe Pera.
Les arts de rues ont également conservé une place de choix, tout comme le "Village des possibles" et sa trentaine de collectifs et associations, symbole d’un festival voulu engagé pour un monde plus solidaire et anti-capitaliste.
Bien aidée par la météo, cette 24e édition a une nouvelle fois montré que Esperanzah ! rencontre son public. Un peu plus de 3000 pass trois jours ont été vendus, tandis que la programmation de vendredi a attiré 8000 mélomanes, la journée de samedi a comptabilisé un peu moins de 10.000 entrées et celle de dimanche 9.000.
Si cette édition est qualifiée de "succès total", il est "plus que probable" qu’elle soit la dernière à l’Abbaye de Floreffe. Ne se sentant "plus réellement les bienvenus", les organisateurs ont lancé dimanche un appel à d’autres communes et sites qui pourraient se porter candidates pour accueillir l’événement dès 2027.
L’aventure devrait se poursuivre en dehors des murs de Floreffe. Ces envies d’ailleurs s’expliquent d’abord par des relations tendues avec la famille Bouvier, qui a racheté l’abbaye en mai 2025. "Organiser un festival sur un tel site est déjà très compliqué : c’est un véritable Tetris dans lequel chaque centimètre compte", a expliqué Arnaud de Brye. "Quand on apprend une semaine avant l’événement que nous ne pourrons plus avoir accès à certains lieux stratégiques, cela ne nous permet pas d’avancer sereinement, surtout sans possibilité de dialogue".
À ces tensions s’ajoute un conflit avec la commune, qui a rompu son partenariat logistique avec le festival en raison de la présence à l’affiche de Rokia Traoré. L’artiste franco-malienne a été condamnée par le tribunal correctionnel de Bruxelles pour non-représentation d’enfant, dont le père est le dramaturge belge Jan Goossens.
L’organisation a cependant estimé la présence de la chanteuse "légitime", rappelant qu’il s’agissait d’un litige d’ordre privé et que la justice malienne avait donné raison à la chanteuse en lui accordant la garde exclusive de l’enfant. Elle a donc confirmé la venue de Rokia Traoré malgré les pressions.
Peu avant l’événement, les autorités communales ont également annoncé à l’organisation que le stationnement ne serait plus possible sur la RN90, invoquant des raisons de sécurité. Bien que cette route soit régionale, Arnaud de Brye affirme que c’est le bourgmestre de Floreffe, Philippe Vautard, qui a amené le Service public de Wallonie à prendre cette décision. Si le co-organisateur comprend son bien-fondé, il regrette que l’annonce, lourde de conséquences pour le festival, soit tombée tardivement.
L’organisation a ainsi dû louer des terrains pour compenser les 900 places de parking perdues, doubler les navettes et mettre en place une nouvelle logistique, pour un coût d’une dizaine de milliers d’euros. "Esperanzah ! fait rayonner une commune, un patrimoine et participe à l’économie du territoire. Plutôt que de la reconnaissance, on reçoit plutôt de la défiance de la part de ceux qui devraient être nos partenaires", a regretté Arnaud de Brye. "On aime l’abbaye, on y a été plus d’un quart de siècle. Mais nous devons nous y sentir les bienvenus pour que tout se passe bien. Rester ici, ce serait finalement mettre le festival en danger et l’éloigner de ses valeurs. La décision de partir n’est pas encore actée, car nous devons consulter les membres de notre coopérative, nos collaborateurs et nos partenaires. Toutefois, dans les conditions actuelles, il est impossible pour nous de poursuivre l’organisation ici."
Deux communes seraient déjà prêtes à accueillir l’événement, selon Esperanzah !. Le festival a lancé un large appel aux communes et sites patrimoniaux pour dénicher son futur écrin. "L’important pour nous, c’est qu’il y ait une gare à proximité et que le site soit implanté le long de l’E411 – pas forcément à proximité directe du site actuel, donc", a conclu Arnaud de Brye.