Pour Jean-François Brocard, économiste, le club de Nantes, dont la vente est évoquée, a «peu d'actifs à valoriser»

Pour Jean-François Brocard, économiste, le club de Nantes, dont la vente est évoquée, a «peu d'actifs à valoriser»

« Est-ce le bon moment pour vendre le FC Nantes ?
Le timing de cette annonce interroge forcément. Le club vient de descendre en Ligue 2, les droits télé sont au plus bas, il y a beaucoup d'incertitudes qui pèsent sur le foot français, et il y a relativement peu de talent, donc d'actifs, dans l'effectif. Mais Waldemar Kita n'a jamais fait du FC Nantes une question économique, au vu des sommes qu'il y a investies. S'il souhaite vendre, c'est visiblement parce qu'il y a une forme d'usure, qu'il en a assez.

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Combien le club vaut-il aujourd'hui ?
Pour définir un prix, il faut regarder les actifs. Or la difficulté du FC Nantes, c'est qu'il a peu d'actifs à valoriser. Il ne possède pas son stade, qui est vieillissant, comme son centre d'entraînement. Et son actif joueurs a très peu de valeur à date. Il y a aussi un déficit structurel à combler année après année - ce que Waldemar Kita a d'ailleurs très bien fait puisqu'il a toujours rassuré sur ce point l'instance de contrôle et de gestion (la DNCG). Le prochain propriétaire devra assumer ces déficits structurels liés à l'exploitation.

Et quels atouts le club possède-t-il ?
Son histoire, sa marque, ses couleurs bien identifiées, son public. Il y a sa tradition de formation, qui s'est un peu perdue, mais l'image du club est assez positive. C'est indéniablement une institution du football français. Il n'y a, a priori, pas de dette, contrairement à un club comme Bordeaux. Un éventuel acheteur ne devra pas commencer par rembourser un ensemble de créanciers avant de pouvoir investir dans le club.

« C'est comme si vous achetez une maison à rénover : en plus du prix d'achat, vous devez prévoir de l'argent pour ensuite payer les travaux »

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S'il fallait donner un prix de vente, vous l'évalueriez à combien ?
C'est très difficile à dire. C'est du gré à gré. Combien un acheteur est-il prêt à mettre pour acheter un tel club dans le contexte actuel, et pour mettre en place quelle stratégie ? Il circule que Waldemar aurait lui-même englouti 90M€ depuis son arrivée au club - même si ce montant est certainement sous-évalué.

Peut-il récupérer cette somme ?
C'est très improbable. Si je devais me risquer à une évaluation, je dirais que le prix se situera entre 10 et 30M€. Car au-delà de ce montant, l'acheteur devra prévoir d'investir des sommes conséquentes pour améliorer l'effectif voire investir dans les infrastructures, et prévoir d'éponger le déficit année après année. C'est comme si vous achetez une maison à rénover : en plus du prix d'achat, vous devez prévoir de l'argent pour ensuite payer les travaux.

Quel est, dès lors, le profil des acheteurs potentiels ?
Il est difficile d'imaginer un autre profil que celui d'un fonds étranger. Il y a énormément d'incertitude sur l'activité des clubs français, donc il faut des acteurs prêts à prendre des risques, ce qui éloigne des entrepreneurs locaux. Les fonds ont des stratégies à plusieurs bandes, en espérant des revenus directs ou indirects. On pense particulièrement à la multipropriété. Le marché français est très attractif pour eux parce que les clubs y sont bien gérés et qu'il y a un vivier de jeunes talents. Donc ils aiment avoir un club français dans un maillage de clubs avec à son sommet un club anglais. Une autre hypothèse serait de voir un fonds de pension qui viendrait pour redorer le blason du club afin de le revendre quatre ou cinq ans plus tard en réalisant une plus-value. Je ne vois que l'un de ces deux schémas. »