"C'est un grand marathon" : une pièce retrace les 130 ans d'histoire du théâtre du Peuple

"C'est un grand marathon" : une pièce retrace les 130 ans d'histoire du théâtre du Peuple

Au cœur des Vosges, le Théâtre du Peuple de Bussang est l’un des plus beaux théâtres de France. Cette grande bâtisse en bois raconte ses 130 ans d'histoire tout au long de l’été avec "Hériter des Brumes". Une pièce hors norme, qui se joue sur une journée entière, entrecoupée de deux longs entractes.

Il est bientôt 11 heures et les spectateurs s’installent sur les bancs en bois. Certains ont amené des coussins. En coulisses, Axel Godard, 25 ans, s’apprête à jouer plus de six heures sur scène : "C'est un grand marathon, surtout que là c'est la 20e aujourd'hui. Oui, c'est la première fois que je joue un spectacle aussi long. Et c'est un cadeau en tant qu'acteur de faire vieillir un personnage, d'en jouer plein et de rentrer dans une grande histoire."

Axel joue plusieurs rôles dans la pièce, mais il marque les esprits avec son interprétation de Pierre Richard-Willm, le fils adoptif des deux fondateurs du théâtre : l'auteur Maurice Pottecher et son épouse, l'actrice Camille de Saint-Maurice. "On commence au tout début, quand le théâtre n'est pas encore créé. C'est toute une émotion au fil des six heures de faire naître le théâtre qui nous entoure", ajoute le comédiens.

Cinq comédiens amateurs

Sur scène, ils sont huit comédiens, dont cinq amateurs. C'est la règle fixée par les fondateurs du théâtre en 1895. Parmi eux, Jennifer Haltère, 41 ans, est juriste à Strasbourg : "Je faisais beaucoup de théâtre quand j'étais jeune et voulais être comédienne et mes parents m'ont dit : non, non, tu ne vas pas devenir comédienne. Donc je suis partie faire autre chose. Je touche du doigt à mon rêve d'enfant. Peut-être qu'un jour, ce sera ma vraie vie, mon rêve d'adulte, on verra. Mais en tout cas, ça permet de vivre ce que j'ai toujours voulu faire, en fait. C'est très émouvant d'être ici, ce n'est pas n'importe quel théâtre. Ça porte."

Le public applaudit quand les grandes portes du fond s'ouvrent sur la forêt. Fagus, le gigantesque hêtre qui se trouve derrière le Théâtre du Peuple, apparaît. "Fagus est dingue, il nous porte tout le long, en fait. Il est là depuis 130 ans, donc c'est tellement facile de jouer une histoire de 130 ans quand t'as un arbre qui date de cette époque. Il est tout le temps là avec nous, Fagus", affirme Benjamin, l'un des comédiens de la troupe.

Une pièce pensée comme une série

La pièce comporte six chapitres d'une heure, avec deux longs entractes. Malgré sa longueur, elle tient en haleine, car elle est pensée comme une série télévisée, explique Alix Fournier-Pittaluga, la co-autrice du texte avec Paul Francesconi.

"Cela permet d'exploiter des codes auxquels on n'est pas trop habitués au théâtre, de travailler sur un suspense, d'essayer de rentrer dans un rapport à l'émotion assez entier, sans tomber dans le lyrisme. Cela permet d'écrire des scènes de genre, comme une scène de guerre, une scène de rencontre amoureuse."

À la fin de chaque épisode, on se dit que "tout pourrait s'arrêter là", comme le dit Alix. D'une certaine manière, il y a un cliffhanger : "Pour avoir envie de revenir après l’entracte, il faut que le spectateur se dise : comment ils vont pouvoir continuer l'aventure après ça ?"

Un spectacle qui coûte cher au théâtre

Cet été, le théâtre n'affiche pas complet. Il y a encore des places de libre. Un manque à gagner concret, affirme la metteuse en scène et directrice du théâtre, Julie Delille : "Les conséquences, c'est qu'on est un lieu qui fonctionne avec 50 % de fonds propres, donc 50 % de subventions, mais le reste, c'est vraiment les places que les spectateurs achètent, les coussins qu'ils mettent sous leurs fesses, la petite tarte aux myrtilles qu'ils vont manger, et tout ça, on en a énormément besoin pour pouvoir créer ensuite les années d'après."

"L’audace d'avoir présenté cette année un projet qui était peut-être plus ambitieux en termes de durée, du coup, qui a généré aussi plus de coûts en termes d'amplitude horaire, de salaire, de choses comme ça, les conséquences, ça va être qu'on va revoir un peu notre copie pour la suite."

Quand la pièce se termine, dehors, la nuit est tombée. Céline est restée tout du long. "C'était assez formidable. Je trouve que les acteurs, les comédiens, les comédiens sont exceptionnels dans l'énergie, ultra présents, très généreux. Et puis je pense que par l'art pour l'humanité, ça raconte beaucoup de choses, surtout par les temps qui courent. C'est intéressant de le protéger et de continuer à faire vivre ce théâtre."

"Par l'art, pour l'humanité", c'est la devise qui est inscrite sur le fronton de la scène du Théâtre du Peuple.