Pourquoi une insupportable odeur d’égout empoisonne les restaurants du port de plaisance de Saint-Laurent-du-Var

Pourquoi une insupportable odeur d’égout empoisonne les restaurants du port de plaisance de Saint-Laurent-du-Var

Le port de plaisance de Saint-Laurent-du-Var fait face à une crise invisible mais particulièrement incommodante. Au cœur de la discorde : des odeurs d’égout pestilentielles qui remontent directement dans les cuisines, dans les salles et sur les terrasses de la vingtaine de restaurants du quai principal du port, celui de la Pérouse. L’affaire a pris une tournure judiciaire devant le tribunal de commerce d’Antibes, saisi d’une demande d’expertise par un restaurateur qui ne s’en sort plus financièrement.

Ce restaurateur vit un enfer : « L’odeur vient de la galerie technique. C’est pire que les égouts, il y a de la fermentation. C’est impressionnant. » Ce dernier décrit un impact commercial désastreux : « Je perds facilement 50 % de mon chiffre d’affaires ». Un constat d’un commissaire de justice en avril 2026 corrobore la présence d’un « air pestilentiel » dans son établissement. Les clients rencontrés sur le port sont d’ailleurs unanimes : « Si le problème perdure, nous ne reviendrons plus. »

La cause de ces désordres réside dans la galerie technique d’origine. Bernard Leporati, ancien concessionnaire et directeur du port de Saint-Laurent-du-Var, en confirme la complexité : « C’est un problème technique récurrent. Les odeurs peuvent venir de la montée de l’eau de mer qui submerge les collecteurs. » La galerie d’un mètre de large est difficile d’accès. Pour lui, « déplacer ces réseaux devant les restaurants aurait été la solution, mais aurait engendré des coûts trop lourds à amortir sur 20 ans ».

La galerie technique à l’arrière des restaurants du port de Saint-Laurent-du-Var.
La galerie technique à l’arrière des restaurants du port de Saint-Laurent-du-Var.
Photo : Alain Ricci / Nice-Matin

Jean-François Viale, président de l’association des commerçants Port 17, confirme : « Le principe de cette galerie technique à l’arrière est archaïque. Aujourd’hui, on ne ferait plus jamais un truc de ce genre-là avec le peu de pente qu’il y a. »

La galerie technique « a un défaut de conception depuis sa création, analyse un expert du BTP qui connaît bien le dossier. Il n’y a pas de pente. Donc les eaux sales ne s’évacuent pas bien. Il faudrait tout casser à l’arrière des restaurants et donc faire de lourds travaux dans les établissements. »

« Ils réparent les erreurs du passé »

Le président de Port 17 évoque toutefois : « Cet été, les odeurs venaient aussi des eaux pluviales où l’eau de mer stagne et croupit en l’absence de pluie. » Pour Jean-François Viale, « refaire le réseau à neuf exigerait de lourds travaux que la majorité des restaurateurs refuse » pour éviter de fermer boutique.

Christophe Tripodi, président de l’association APSLV (Avenir port Saint-Laurent-du-Var), estime que la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), nouveau concessionnaire, n’est pas à blâmer : « Ils réparent les erreurs du passé. Ce n’était pas prévu dans le cahier des charges de la nouvelle délégation de service public. » Mais Jean-François Viale tempère les espoirs d’une résolution miracle : « On répare ce qui est abîmé pour revenir à l’état de départ, mais l’état de départ n’était déjà pas satisfaisant. »

La Métropole et la CCI réagissent

Dans une réponse conjointe, la CCI et la Métropole expliquent : « La situation est parfaitement identifiée et fait désormais l’objet des interventions nécessaires. Depuis la reprise de l’exploitation du port de Saint-Laurent-du-Var par la CCI Nice Côte d’Azur, le 1er janvier 2026, un travail d’investigation a été engagé afin d’en identifier précisément les causes et de mettre en œuvre les solutions adaptées. Il a mis en évidence que l’état d’entretien de la gaine et du réseau avaient été laissés en très mauvais état par l’ancien exploitant. »

« C’est complètement faux, se défend Bernard Leporati, ancien exploitant du port. Le réseau a été refait en 2013 et amélioré en 2023. Il y a également des contrats périodiques d’entretien pour vider les canalisations et les curer. »

La CCI et la Métropole ajoutent : « La CCI a donc immédiatement engagé les travaux nécessaires : curage des réseaux d’eaux usées et d’eaux graisseuses, réparation de la ventilation et du collecteur principal d’eaux usées. Des interventions complémentaires sur les réseaux secondaires sont également programmées. La CCI poursuit les travaux nécessaires pour traiter durablement ces nuisances, tout en maintenant l’activité du port et des restaurants. »