Présidentielle 2027 : pourquoi Sébastien Lecornu veut-il aider Marine Le Pen à financer sa campagne ?
Sébastien Lecornu a réuni les banques françaises à Paris, le 20 juillet, afin de faciliter le financement de la présidentielle 2027 et d’éviter les ingérences étrangères. Une nouvelle qui a fait bondir de nombreux observateurs, qui reprochent au Premier ministre de favoriser la candidate du Rassemblement National dans la course à l’Elysée.
C’est une nouvelle qui a surpris de nombreux observateurs : le Premier ministre Sébastien Lecornu, macroniste de la première heure, serait à l’œuvre depuis plusieurs jours pour aider Marine Le Pen, candidate à la présidentielle 2027 malgré sa condamnation récente pour détournement de fonds public, à obtenir un crédit auprès des banques françaises.
Mais bien qu’elles suscitent la polémique, ces révélations du journal Le Monde semblent désormais assumées par le camp présidentiel, qui s’est depuis exprimé pour expliquer sa volonté d’éviter les ingérences étrangères. Pourtant, quelques jours plus tôt, lorsque le Premier ministre à reçu à Matignon plusieurs banques françaises pour évoquer le sujet, il n’a pas tout de suite rendu publique cette réunion. Le sujet serait-il sensible pour l’exécutif ?
Éviter les ingérences étrangères
Questionnée sur cette question, ce lundi 27 juillet par le journaliste indépendant Cemil Sanli, la porte-parole du gouvernement a répondu que les informations du Monde sont "biaisées" et l’article "orienté". "Le Premier ministre a repris un chantier qui avait été ouvert par François Bayrou, celui de la banque de la démocratie, a poursuivi Maud Bregeon. C’est un chantier qui est en cours depuis des mois si ce n’est des années maintenant. C’est au cœur du débat politique."
"La question des ingérences se pose et pour lutter contre ces ingérences, et notamment les ingérences étrangères, il convient que les candidats puissent se financer par des banques françaises. Ça ne vise donc pas une ou un candidat en particulier", s’est elle défendue.
En 2014, Marine Le Pen s’était effectivement tournée vers une banque russe pour emprunter 9 millions d’euros, après avoir échoué à obtenir la somme auprès des établissements bancaires français. En 2022, c’est une banque hongroise qui avait prêté 10 millions d’euros à la présidente du Rassemblement National.
Selon France Info, le Premier ministre a évoqué lors de la réunion du 20 juillet la possibilité d'"un accord entre plusieurs banques, dans le cadre duquel l’État pourrait couvrir une partie du risque de non-recouvrement". Il s’agirait là encore de "reprendre un bout de la banque de la démocratie".
"Ce n’est pas le même projet", se défend Bayrou
Pourtant, François Bayrou s’en défend. Chez nos confrères de La Dépêche du Midi, il indique que "ce n’est pas du tout le même projet". Lui défendait "une organisation qui soit mise en place sous le contrôle du Parlement et non du gouvernement", et adossée à la Caisse des dépôts et consignations, "afin d’éviter le soupçon de préférences".
Dans sa version du projet, "ce n’était pas le gouvernement qui choisissait de favoriser le RN", ajoute-t-il. "Le projet que je défends est un projet institutionnel et de principe, et ce n’est pas un projet de connivence avec les uns ou avec les autres", conclut l’ancien Premier ministre, très critique envers ses anciens alliés.
Les banques françaises plutôt frileuses à ce stade
Mais malgré les manœuvres de l’exécutif, les banques françaises semblent toujours plus réticentes à prêter de l’argent aux partis politiques. Daniel Baal, le président de la Fédération bancaire française a proposé que l’État se porte garant des prêts accordés aux candidats.
La loi prévoit bien que les candidats qui dépassent les 5 % de suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle puissent se faire rembourser leurs frais de campagne, à hauteur de 8 millions d’euros maximum (10,7 millions en cas de qualification au second tour), mais à condition que les comptes de compagne soient approuvés par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).
Or, en 2012 par exemple, les comptes de Nicolas Sarkozy, pourtant vainqueur, n’ont pas été approuvés. Dix ans plus tard, la candidate du même parti, Valérie Pécresse, n’a pas atteint les 5 %. La frilosité des banques françaises à prêter aux partis politiques s’appuie donc sur des éléments objectifs, elles prennent des "décisions rationnelles", a indiqué Maya Atig, directrice générale de la Fédération bancaire française (FBF), à l’AFP.
Le trésorier du Rassemblement National, Kévin Pfeffer, a indiqué à France Info que le parti cherchait à emprunter 10,7 millions d’euros, sans succès à ce stade.