Présidentielle 2027. Raphaël Glucksmann ciblé par la Russie : faut-il craindre les ingérences numériques ?

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Derrière l’opération de déstabilisation en ligne visant Raphaël Glucksmann qui vient d’être mise au jour, c’est toute la campagne présidentielle à venir qui fait l’objet d’inquiétudes quant à des manœuvres numériques qui fausseraient le débat, notamment à travers de fausses informations diffusées massivement. Mais des outils sont en place pour les débusquer.

Aurélien Poivret -

Aujourd’hui à 20:05

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Digiteka PlaceHolder

Un média en ligne bidon, un faux courriel de son épouse et présentatrice de JT Léa Salamé, la voix trafiquée du journaliste Edwy Plenel… La tentative de déstabilisation qui vient de cibler sur internet et les réseaux sociaux Raphaël Glucksmann, prétendant à l’Élysée en 2027 mais pas encore officiellement candidat, fait ressurgir la crainte d’une ingérence numérique massive dans la campagne présidentielle qui s’ouvre. Depuis l’annulation de l’élection à la présidence en Roumanie en 2024, après la découverte d’une opération d’ingérence russe qui avait propulsé en tête du scrutin un candidat inconnu d’extrême droite, les démocraties européennes redoutent le pire pour leurs élections à venir. Et singulièrement la France, à l’aube d’un scrutin majeur.

Créée en 2021 pour surveiller les ingérences numériques étrangères, Viginum a détecté fin juillet cette publication visant Raphaël Glucksmann. Rattaché au Secrétariat général de la défense et de la sécurité numérique (SGDSN) qui dépend de Matignon, l’organisme en a averti le leader de Place publique, mais n’en dira pas plus. « Viginum n’a pas pour volonté de commenter publiquement des opérations ponctuelles, ce qui pourrait notamment apporter encore plus de visibilité au mode opératoire informationnel et au narratif diffusé et faire ainsi le jeu des acteurs malveillants », explique l’institution, qui a lié cette action au groupe Storm1516, basé en Russie et déjà connu pour ce type d’agissements pour le compte du GRU, les renseignements russes.

« L’opération russe est identifiée, tracée, attribuée », affirme ainsi Raphaël Glucksmann, bête noire de Moscou pour ses positions anti-Poutine. « C’est un mode opératoire typique des services russes partout en Europe », écrit-il sur X. « Je l’ai disséqué pendant des années à la tête de la commission spéciale du Parlement européen sur les ingérences étrangères. »

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Vers une « accentuation de la menace » en 2027

Dès lors, faut-il s’inquiéter pour l’authenticité du débat à venir au cours de la campagne présidentielle ? Il y a quelques jours, c’est Édouard Philippe qui était visé. « Cela nous invite à redoubler de vigilance », commente un bon connaisseur du secteur, qui relève la présence croissante de l’intelligence artificielle (IA) dans la fabrication des fake news destinées à travestir le débat public. L’IA avait déjà été détectée lors des élections municipales, dont les scrutins n’ont pas été altérés par des ingérences, malgré plusieurs tentatives mises au jour. Le SGDSN, pour l’occasion, avait mis en place un réseau de coordination et de protection des élections, à même d’alerter et d’agir rapidement.

Mais pour 2027, une « accentuation de la menace d’ingérence numérique étrangère est à anticiper », prévient l’organisme. Pour s’y préparer, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a présenté le mois dernier en Conseil des ministres un projet de loi prévoyant notamment un alourdissement des sanctions pour atteinte à la sincérité d’un scrutin, faisant passer la peine de prison d’un an à trois ans - et jusqu’à six ans lorsqu’il s’agit de servir des intérêts étrangers. La création d’une commission de contrôle indépendante, présidée par un membre du Conseil d’État et chargée d’informer électeurs et candidats en cas d’ingérence étrangère en période électorale, est aussi étudiée. Le texte doit être examiné à l’automne par le Parlement.