Procès de Rémy Daillet : coup d'État, rapt d'enfant... Qui est cet ancien cadre du MoDem en Haute-Garonne devenu le "gourou" d'une structure complotiste d'extrême droite

Procès de Rémy Daillet : coup d'État, rapt d'enfant... Qui est cet ancien cadre du MoDem en Haute-Garonne devenu le "gourou" d'une structure complotiste d'extrême droite

l'essentiel Rémy Daillet et quatorze autres prévenus sont jugés à partir de ce mardi 15 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris pour l'enlèvement de la petite Mia en 2021 et pour la préparation de plusieurs projets d'attentats en France. Ancien cadre du MoDem en Haute-Garonne, l'homme est devenu au fil du temps la tête pensante d'une structure complotiste d'extrême droite capable d'organiser le rapt d'une enfant.

"Beaucoup de fantasmes ont circulé sur sa personne", assure Me Dylan Slama, l'avocat de Rémy Daillet-Wiedemann. Pourtant, il est jugé depuis ce mardi 15 septembre, avec à ses côtés, quatorze personnes de 28 à 74 ans. Ils comparaissent notamment pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Ce groupe est soupçonné d'avoir été impliqué dans des actions visant à faire tomber le pouvoir en place.

Renverser le gouvernement "pacifiquement ou avec effusion de sang"

Au cœur du dossier figure donc un ancien cadre du Modem en Haute-Garonne : Rémy Daillet, 60 ans, qui, depuis la Malaisie où il était expatrié avant son expulsion en 2021, est soupçonné d'avoir structuré à partir de l'automne 2020 un réseau hiérarchisé clandestin d'ultradroite. Surfant sur la crise sanitaire du Covid-19 et les colères nées du mouvement des Gilets jaunes, l'ancien politicien prônait, sur sa chaîne YouTube aux 35 000 abonnés, l'instauration d'un "État fort" et le renversement du gouvernement, "pacifiquement ou avec effusion de sang".

Rémy Daillet en 2021.
Rémy Daillet en 2021. AFP

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Attaque de loges maçonniques, "restitution" d'enfants confiés aux services sociaux ou encore la prise de contrôle d'organes de presse... Le groupuscule gérait de façon cloisonnée plusieurs objectifs. Ce père de onze enfants visait aussi des personnalités juives, comme Jacques Attali, des responsables politiques comme Édouard Philippe, les "gauchistes", des journalistes et des magistrats, qui allaient devoir "rendre des comptes au peuple".

La gendarmerie de Dax attaquée

L'organisation occulte s'articulait autour d'une branche civile, gérée par Adrien B., surnommé "Booga", responsable de la propagande et du recrutement, et d'une branche militaire confiée successivement à d'anciens officiers : Francis M., candidat aux législatives en 2012 sous l'étiquette RN et antisémite notoire, puis Christophe M., colonel à la retraite désœuvré, et enfin Sylvain P., surnommé "Pitchoune", un pianiste. Certains projetaient de faire converger des colonnes armées vers Paris pour investir l’Élysée et Matignon sur la base de scénarios élaborés par un sympathisant RN nommé Philippe M. Des notices et recettes d'explosifs artisanaux étaient préparées par Lionel F., alias "Baleineabosse", professeur de chimie.

L'influence de Rémy Daillet s'établissait au-delà du groupe : en novembre 2020, un homme avait foncé sur la gendarmerie de Dax (Landes) après avoir tagué sur un mur "Tous avec Rémy Daillet".

L'enlèvement de Mia Montemaggi, 8 ans

Le groupe séditieux est sorti de la clandestinité en avril 2021, lors de son action la plus retentissante. Ce jour-là, dans les Vosges, la jeune Mia Montemaggi, huit ans, confiée à sa grand-mère en raison de graves négligences parentales, est enlevée par deux faux éducateurs, Sylvain P. et Jérôme S. L'enfant, remise à sa mère, Lola, est retrouvée cinq jours plus tard dans un squat en Suisse. L'opération a été financée à hauteur de 3 000 euros par Rémy Daillet.

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Avec ces "restitutions" face à des placements jugés abusifs, il aurait voulu tester la cohésion des groupes de combat en vue du futur coup d’État.

"Gourou", "raté", "pervers"...

Pour Rudy Reichstadt, fondateur du site Conspiracy Watch, son "profil de gourou" est symptomatique des "dérives politico-sectaires" complotistes apparues pendant la pandémie. Qualifié de "raté" et de "pervers" par ses sœurs, il semble parfois perdre pied avec le réel : il se vante de conseiller Donald Trump et Vladimir Poutine.

Son avocat, Me Dylan Slama, s'est exprimé auprès de nombreux médias en parlant d'un homme "combatif, qui espère avoir l'opportunité de se défendre complètement, pleinement et librement lors de cette audience". Son client, libre sous contrôle judiciaire, aborderait le procès avec "sérénité" : "Beaucoup de fantasmes ont circulé sur sa personne et je suis certain que ce procès permettra de les balayer".