Procès du pire naufrage de migrants dans la Manche: le funeste business des réseaux de passeurs

Procès du pire naufrage de migrants dans la Manche: le funeste business des réseaux de passeurs

Le naufrage, en novembre 2021, d'une embarcation dans la mer de la Manche, reste la pire catastrophe depuis le début des traversées illégales entre la France et l'Angleterre. Trente et un candidats à l'exil se sont noyés cette nuit-là ou sont portés disparus. Seuls deux passagers ont survécu. Ce mardi 8 septembre, le procès de quatorze passeurs présumés, dont deux sont absents, s'ouvre devant le Tribunal correctionnel de Paris.

Publié le : 08/09/2026 - 13:23

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Ces trois semaines d'audiences pourraient permettre de mieux comprendre le fonctionnement de l'organisation criminelle qui a fait payer plus de 3 000 euros par personne, des places à bord d'un bateau gonflable de mauvaise qualité, dépourvu de gilets de sauvetage adaptés.

Les prévenus sont accusés d'avoir transporté des candidats à l'exil, de les avoir hébergés ou encore d'avoir récolté l'argent de la traversée. La plupart nie être des passeurs. Certains se présentent comme des migrants eux-mêmes. Il ne s'agit à priori que de « petites mains » mais leur profil en dit long sur la structure des réseaux criminels qui agissaient à l'époque sur les côtes françaises.

Me Emmanuel Daoud, qui défend régulièrement des exilés, n'a pas été étonné à la lecture de l'enquête. « Vous avez deux branches ; l'une est afghane et c'est la plus représentée au procès avec huit accusés, et l'autre est kurde irakienne. L'un de ses membres est jugé en ce moment en Irak pour les mêmes faits, explique l'avocat de la famille d'une victime éthiopienne du naufrage de 2021. C'était quelque chose de très courant. C'étaient des réseaux qui se partageaient "le business de la traite des êtres humains" ».

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Me Daoud espère de ces audiences permettre de remonter la chaîne des responsabilités dans ce drame, mais il ne se fait pas beaucoup d'illusions. « Il y a des absents à ce procès, notamment les têtes de réseaux qui n'ont pas pu être localisées, d'autres contre qui on a lancé des mandats d'arrêt mais qui n'ont pas été interpelés, précise l'avocat. Pour ce qui est des prévenus, ils n'ont pas tout dit. Cela dépendra de leur coopération. Évidemment, ils se retrouvent dans une situation très compliquée. Ils ont encore de la famille dans leur pays d'origine, donc il y a des risques de représailles ».

Des réseaux qui se « professionnalisent »

Sur le littoral nord de la France, l'année 2019 marque un tournant. Les candidats à l'exil sont de plus en plus nombreux, pour atteindre un pic en 2022. Les réseaux de passeurs se structurent, voire se professionnalisent. Les organisations kurdes irakiennes s'emparent peu à peu des principaux points d'embarquement côtiers, au détriment des Kurdes iraniens. Les autres nationalités, africaines ou afghanes, travaillent désormais sous leurs ordres.

Selon le récent rapport du GI-TOC, le Global initiative against transnational organized crime, une ONG qui développe une expertise et apporte des réponses aux développements du crime organisé, cette mainmise s'expliquerait par la présence de nombreux Kurdes irakiens, en Turquie, en Syrie et bien sûr en Irak, dans des zones de passage pour des exilés venant d'Afghanistan, d'Iran ou du Pakistan.

Ces réseaux ne sont pas pour autant coordonnés sur le littoral français. Ce sont plutôt des clans qui se partagent le territoire, en fonction de leur ville d'origine : Erbil, Souleimaniye ou encore Ranya.

Chaque organisation est constituée de plusieurs équipes aux tâches bien précises : celles qui amènent les migrants d'une ville comme Paris ou Bruxelles, vers des campements à l'intérieur des terres, celles qui les rapprochent de la côte, celles qui cuisinent ou encore celles qui guident les candidats à l'exil vers les points de départ.

Militarisation de la frontière

Pour les experts du GI-TOC, cette nouvelle organisation est le résultat d'une présence policière toujours plus importante sur les plages du nord de la France. Quelques centaines de policiers et gendarmes sillonnaient la zone en 2021. Ils sont plus d'un millier à patrouiller jour et nuit pour tenter d'empêcher les départs des embarcations. Cette présence des forces de l'ordre a mis un coup d'arrêt aux affaires des plus petits trafiquants, incapables de se relever des saisies d'argent et de matériel. Les Kurdes irakiens ont pu y faire face en bénéficiant de circuits de blanchiment d'argent, de relais dans leur pays et de capacités de logistique transfrontalières.

Peu de procès ont permis jusque-là de confronter les responsables de réseaux. Et pour cause, ce sont en grande majorité des candidats à l'exil ou d'anciens migrants qui pilotent les bateaux ou guident les groupes vers les points d'embarquement, pour s'acquitter de leurs dettes de passage. Les organisateurs, les financiers et les logisticiens se trouvent, eux, le plus souvent hors juridiction européenne.

À l'image d'un Iranien, récemment jugé en Angleterre. Il a été condamné à 17 ans de prison pour avoir dirigé un réseau de Souleimaniye en Irak.

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