'La mauvaise personne pour diriger la FIFA', démission de son bras droit : la pression s’accentue sur Gianni Infantino - RTBF Actus

'La mauvaise personne pour diriger la FIFA', démission de son bras droit : la pression s’accentue sur Gianni Infantino - RTBF Actus

Le conseiller principal du président de la FIFA Gianni Infantino, Carlos Cordeiro, a annoncé ce vendredi sa démission immédiate, s’opposant "catégoriquement" au projet de créer la FIFA Forward Enterprise (FFE), une société commerciale ouverte aux investisseurs privés qui serait chargée de gérer les activités commerciales et événementielles de l’instance mondiale du football. "Qu’on soit bien clair : je n’ai joué aucun rôle dans cette proposition et je m’y oppose catégoriquement. C’est une mauvaise chose pour les associations membres de la FIFA, une mauvaise chose pour le football, et une mauvaise chose pour l’avenir à long terme du jeu", a écrit sur LinkedIn cet ancien banquier.

En poste depuis plus de cinq ans à la FIFA, où il est considéré comme "un des dirigeants les plus éminents du monde du football", Carlos Cordeiro a également été conseiller principal du groupe de travail de la Maison Blanche chargé de superviser les préparatifs du Mondial des clubs 2025 et de la Coupe du monde 2026. Un poste auquel il avait été nommé par le président américain Donald Trump.

Depuis mardi, Infantino défend son projet, censé porter à dix milliards de dollars le financement du développement du football dans les quatre prochaines années, mais croule sous les critiques. Le Premier ministre britannique Andy Burnham s’est ajouté à la longue liste de ses détracteurs ce vendredi, affirmant que le dirigeant sportif helvético-italo-libanais est "la mauvaise personne pour diriger" la FIFA. "C’était une proposition scandaleuse. Le simple fait qu’elle ait pu être envisagée démontre, à mon avis, que (Gianni Infantino) est la mauvaise personne pour diriger l’organisation", a déclaré le chef du gouvernement britannique à des journalistes lors d’un déplacement à Sheffield, dans le nord de l’Angleterre.

Les fédérations continentales s’indignent

Le plan d’Infantino, qui consiste à vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés afin d’augmenter les revenus du football, suscite depuis sa révélation une levée de boucliers massive. L’UEFA et la Concacaf ont notamment émis de vives critiques. Les 55 pays membres de l’UEFA ont carrément affiché l’intention de boycotter les compétitions de la FIFA "tant que ces propositions resteront d’actualité, à moins qu’elles ne soient abandonnées dans leur intégralité et que des garanties formelles n’aient été données que la FIFA ne s’ouvrira plus jamais à la propriété privée, que ce soit pour sa gouvernance ou ses compétitions".

Ce vendredi, la Confédération asiatique de football (AFC) a estimé que toute proposition menaçant le Mondial "devait être reconsidérée", accentuant la pression sur la FIFA et son président. Sans prendre clairement position, l’AFC a annoncé soutenir les vues de l’UEFA et de la Concacaf, également opposée au plan, dans le but de "protéger la Coupe du monde". La Confédération océanienne de football (OFC) a pour sa part invité ses onze associations membres à "étudier" le projet.

La FIFA tente de rassurer

Soumise à une pression considérable, la FIFA s’est efforcée de rassurer ce vendredi matin avant l’annonce de la démission de Carlos Cordeiro. "Personne n’est en train de vendre le football. C’est quelque chose que la FIFA n’envisagerait jamais", a-t-elle assuré dans un communiqué. "Nous respectons les retours et les inquiétudes rendues publiques et nous réaffirmons notre engagement à organiser une consultation ouverte et démocratique" afin que chaque fédération "puisse se prononcer sur la base de faits avérés", a poursuivi l’instance dirigeante tout en déplorant "des informations inexactes diffusées dans les médias".

Si la FFE est créée, des investisseurs privés pourront en posséder des parts, mais ils resteront minoritaires à hauteur d’environ 20%, a promis l’instance, qui veut lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars, sur la base d’une valorisation de la future entreprise évaluée à 20 milliards de dollars. Parmi les potentiels investisseurs, les critiques ont relevé la participation du fonds d’investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère de Jared, gendre de Donald Trump, alors que le président de la FIFA Gianni Infantino a régulièrement affiché sa proximité avec le président américain avant et pendant le Mondial 2026.

"Une forme de chantage"

La FIFA assure qu’elle conservera le contrôle exclusif de la FFE ainsi que "l’autorité exclusive" sur la gouvernance du football, les compétitions, le calendrier, les décisions réglementaires, etc. Si le projet voit le jour, chacune des 211 fédérations membres de la FIFA pourrait recevoir une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars début 2027 et verra passer sa dotation sur la période 2027-2030 de 8 à 20 millions de dollars.

"C’est une forme de chantage", a souligné vendredi la présidente de la Fédération norvégienne Lise Klaveness, estimant que la FIFA "n’avait pas besoin de cet argent". Gianni Infantino insiste, lui, sur "l’occasion en or de dynamiser le développement du sport à l’échelle mondiale" que représente son projet, estimant qu'"une part trop faible de la valeur commerciale croissante du football revenait aux acteurs de ce sport qui en ont le plus besoin".

La FIFA ne lancera ce projet "que si la majorité des associations décide de le soutenir" et les fédérations membres ont jusqu’au 19 septembre – "un ultimatum" et de la "gouvernance par la peur", dénonce l’UEFA – pour se prononcer, selon une lettre d’Infantino aux 211 fédérations révélée par plusieurs médias. Ce calendrier très court s’explique aussi par les échéances électorales à venir pour Gianni Infantino, en course pour sa réélection au mois de mars 2027. Un scrutin dont il est pour l’instant le seul candidat déclaré.