Projet de télescope Einstein sur le Plateau de Herve, bien plus que "de la recherche pure", insiste Marc Genten, de l'Euregio Meuse-Rhin

Projet de télescope Einstein sur le Plateau de Herve, bien plus que "de la recherche pure", insiste Marc Genten, de l'Euregio Meuse-Rhin

Le télescope Einstein est présenté comme un outil de mesure révolutionnaire: en quoi consiste-t-il ?

Un télescope, on le voit habituellement comme une grande lentille qui observe l'espace. Ici, on le compare souvent à des oreilles pour écouter l'espace. Il va être enterré entre 250 et 300 mètres de profondeur et il va capter ce qu'on appelle les ondes gravitationnelles. Ce sont des événements spécifiques qui se produisent dans l'univers, comme des trous noirs qui s'entrechoquent ou de grands phénomènes astronomiques qui génèrent des ondes. Des rayons lasers seront envoyés et réfléchis sur des miroirs situés à 10 km l'un de l'autre. Et dès le moment où l'on va percevoir une perturbation, on va déterminer si c'est dû à une onde gravitationnelle, puis analyser les données qui sont générées par cet impact.

Que doit-il permettre ?

De prime abord, c'est vraiment de la recherche pure. Le télescope doit permettre d'en savoir plus sur l'univers. Malgré toutes les avancées scientifiques, on n'en connaît que 5%. Puis, on fait souvent la comparaison avec le CERN (NDLR : centre de recherche en physique des particules à Genève) même si là-bas on produit quelque chose, puisqu'il y a un accélérateur de particules, tandis qu'avec le télescope Einstein, on observera. Là où l'analogie est pertinente, c'est que le CERN a aussi été créé pour faire de la recherche fondamentale, mais il y a eu tout au long de sa vie des développements technologiques annexes, comme la mise en place du World Wide Web. On a l'espoir que le développement de ce télescope permette aussi de générer de nouvelles applications, de nouvelles technologies qui n'étaient pas prévues du tout à la base, mais qui vont améliorer notre quotidien.

Le site ferroviaire de Montzen mis à la disposition du projet de télescope Einstein

Toute une série d'universités (Aix-la-Chapelle, Maastricht, Louvain…) travaillent déjà sur ce projet, sur de futures parties du télescope et instruments. Par exemple, l'université de Liège a développé un miroir suspendu, en silicium, à température cryogénique avec la société AMOS. C'est une première mondiale. Et cette manière de refroidir rapidement par radiation un miroir peut intéresser l'industrie, notamment avec des applications médicales. Cela fait d'ailleurs partie de la mission donnée à la Task Force par la Région d'associer le plus vite possible les industriels.

Marc Genten Rencontre du samedi sur le Télescope Einstein
©EDA

Connaît-on désormais l'emplacement du télescope ?

On a une idée vague de l'endroit pour le moment. Il y a encore un certain nombre de recherches et d'études qui doivent atterrir. D'ici le mois de septembre, il y aura une information plus solide qui pourra être communiquée.

Les campagnes de forage, etc., ont déjà donné une indication de la zone visée…

Oui, il suffit de regarder les communes dans lesquelles nous avons fait un certain nombre d'actions de communication avec le " project office " (NDLR: l'Einstein Telescope EMR basé à Maastricht), à la manœuvre à ce niveau-là, comme Plombières, Aubel, Visé, Welkenraedt, Dalhem…

"Le début de la construction pourrait se faire dans les 3 à 5 ans suivant le choix."

On parle depuis un certain temps du projet, où en est la candidature ?

Cela a atterri à l'Euregio Meuse-Rhin en 2018. Quand je suis arrivé en 2020, j'ai consulté les courriers qui avaient été adressés par le comité directeur au chancelier allemand et à notre Premier ministre de l'époque pour attirer leur attention sur ce projet qui était en gestation du côté hollandais. Il faut rendre à César ce qui est à César, ce sont eux qui ont été à la base de cet intérêt pour le télescope dès 2012-2013. En ce qui concerne le calendrier, notre dossier de candidature doit être ficelé début 2 027. Ensuite, il y aura l'ouverture du dépôt des candidatures de manière officielle en mars. Et on aura jusqu'au mois de juin pour le déposer. Pendant cette phase, on aura des retours pour l'améliorer, comme ce sera le cas pour la Sardaigne et la Saxe (NDLR: les deux autres candidats). Et puis, on espère qu'en octobre-novembre, la décision sera prise.

SCOPE : un "breathing computer" pour valoriser la chaleur produite par le Télescope Einstein

Quelle serait la suite si la candidature de l'Euregio était choisie ?

Ce serait de passer d'un projet de candidature à une réalisation… Là, c'est un autre monde. Et cela ne va pas se faire du jour au lendemain. Avant de passer à l'étape de construction, les designs qu'on a dans la candidature vont devoir être transformés en plans d'architecte. Il y a tout un processus de permis, dans lequel les autorités locales et le citoyen pourront s'exprimer, avant d'obtenir le feu vert de la Région et des autorités locales. Puis, il y aura des appels d'offres, etc. Idéalement, on espère que le début de la construction se fasse dans les 3 à 5 ans qui suivent le choix. La durée de construction est estimée entre 5 et 8 ans… avec ensuite un démarrage pour une cinquantaine d'années. En surface, on ne verra quasi plus rien puisqu'il n'y aura que trois bouches: deux puits de maintenance et un accueil/centre de recherche.

Toutes nos rencontres du samedi en région verviétoise

Bio express

Marc Genten est né le 11 août 1969 à Eupen. À l'exception d'un bref passage en région liégeoise, par Grâce-Hollogne, il a grandi à Saint-Vith, en Communauté germanophone. Durant ses secondaires, il rejoint toutefois le collège Saint-Remacle de Stavelot pour apprendre le français. Il étudiera ensuite la communication à l'Université de Liège. Aujourd'hui, il habite Boncelles (Seraing).

Une fois diplômé, il "bascule" dans un monde "tout à fait différent". Il travaille dix ans au service après-vente de Philips, Sony à Liège, comme administrateur, puis à Hasselt (pour les clients flamands et néerlandais).

En 2020, il quitte le secteur privé et commence à travailler pour la Province de Liège, dans les relations internationales. Rapidement, il est détaché, partiellement puis à 100 %, à Eupen pour la représenter au sein de l'Euregio Meuse-Rhin. Depuis août 2025, il participe par ailleurs à la Task Force wallonne en étant détaché au GRE-Liège.

"D'un côté comme de l'autre, le télescope Einstein représente une grosse partie de ma vie. Mon rôle, c'est d'assurer que le flux de l'information circule bien, que le réseau fonctionne et que les bons acteurs soient autour de la table. Mais aussi d'être un pont entre les politiques et les citoyens, de faire remonter leurs inquiétudes. "

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.