"Raskin et Gerrard m'ont envoyé un message quand j'ai signé" : avant Zulte Waregem, Michael Beale a entraîné à Liverpool, à Chelsea et… à l'église
Voir un entraîneur anglais traverser la Manche pour travailler en Europe "continentale" demeure exceptionnel. À côté des frères Still, Lee Johnson à Lommel et de, par exemple, Liam Rosenior au Paris FC, Michael Beale a aussi marché sur les pas d'un de ses modèles : Sir Bobby Robson, un des rares grands "managers" britanniques à s'être exportés à l'étranger, passant par le PSV, le Sporting CP, Porto ou encore le FC Barcelone.
Ses passages au Brésil et en Arabie saoudite comme preuves, le T1 de Zulte Waregem adore aussi découvrir de nouvelles cultures. "J'admire également Cruyff qui est un véritable phare pour le foot, pense Beale. Mourinho, Guardiola et puis Ancelotti… Imaginez : il a gagné un titre dans chaque grand championnat et aujourd'hui il est à la tête du Brésil. Il a complété le jeu qu'est le football (rires)."
Entretien avec celui qui a déjà côtoyé de très près ces trois derniers et qui, ce samedi, voudra faire tomber Anderlecht.
Michael, comment se sont passés vos premiers mois en Belgique ?
Génial. J'ai signé en mai, donc j'ai eu le temps de m'habituer. Le courant est vite passé avec Niels (Leroy) et Davy (De fauw). La ville est géniale. Les résultats ont été positifs jusqu'à présent (11 sur 18). L'été a été ensoleillé. J'ai pu profiter de festivals gastronomiques, du stage en Zélande et de la Waregem Koerse. Tout le monde ici fait un ou deux jobs (rires). La ligue belge est similaire au foot anglais : les seconds ballons, l'arbitre laisse jouer, la ténacité…
Quel a été le plus grand défi jusqu'à présent ?
Il a fallu remplacer Jeppe (Erenbjerg, parti à Genk) et Joseph (Opoku, à Swansea). Je pense que nous avons réussi mais c'était un défi.
Votre trajectoire est assez remarquable. Après avoir mis un terme à votre carrière de joueur à 21 ans, vous avez commencé à entraîner… une équipe de futsal dans une église !
Avec des petits ballons qui ne rebondissaient pas. C'était du travail individuel au rythme d'une musique de samba. J'ai emmené cette expérience lors de mon passage dans les équipes de jeunes à Chelsea. Ce développement individuel fait encore partie de mon coaching aujourd'hui. J'ai visité 24 pays l'an dernier pour y animer des séminaires, que ce soit pour la FIFA ou d'autres associations.
Chez les Blues, vous avez travaillé en tant qu'entraîneur des jeunes auprès d'immenses entraîneurs. Lequel vous a marqué en particulier ?
Il y avait Mourinho, Scolari, Grant, Hiddink, Ancelotti, Villas-Boas, Di Matteo… Difficile de faire mieux en termes d'apprentissage. En plus, Chelsea avait l'une des meilleures académies d'Europe. J'avais deux responsabilités : trouver les meilleurs joueurs de 6,7 ou 8 ans et entraîner des U14. Je connaissais donc les parents de Declan Rice, Solanke, Mount, Loftus-Cheek, James, Tomori, Abraham, Livramento, Gallagher, etc. Si je devais citer un coach, je dirais Mourinho. Ses séances étaient impressionnantes. Elles avaient lieu à travers deux terrains. L'organisation était presque militaire. Il a prédit qu'il gagnerait le titre, et il l'a fait ! J'ai beaucoup aimé Ancelotti aussi. Sa gestion humaine. J'étais au début de ma vingtaine et je voyais des Lampard, Ballack, Makélélé, Robben, Drogba et Terry s'entraîner… John était un de mes amis d'enfance.
Jupiler Pro League - Charleroi inflige une première défaite à Zulte et revient à un point des leadersParmi tous les jeunes qui sont passés sous vos ordres, Rice était-il le plus impressionnant ?
Au niveau du mental, c'était lui à 100 %. C'était un bon joueur, ne vous méprenez pas, mais il y avait énormément de talents : Boga, Kakuta, Loftus-Cheek, Mount, James, Solanke, Christensen… Ce qui les rassemblait, c'était cet enthousiasme naturel. Ils étaient tous incroyablement compétitifs. Declan, c'était impressionnant. Certains veulent être un joueur pro. D'autres, comme lui, doivent l'être. Là est la différence. "He fu***ng loved football" (sic).
guillementAu niveau du mental, Declan Rice était le meilleur.
Eden Hazard a cité Kakuta comme le plus grand talent avec lequel il avait joué.
Je me souviens de ses débuts contre Marseille en Champions League. Nous étions tellement excités. Un de nos joueurs a été expulsé et lui a dû sortir. C'est dur à encaisser pour un ado. Un autre facteur est que les jeunes reçoivent beaucoup trop rapidement aujourd'hui. Ça dilue la motivation. L'argent, la durée de contrat… Vous pouvez tomber dans un trou noir. Il ne faut pas non plus oublier qu'à l'époque il y avait Hazard, Oscar, Salah et De Bruyne. Les deux derniers n'ont pas réussi à Chelsea. C'est dire ! Le club a été critiqué pour la gestion de ses jeunes mais l'équipe était championne d'Angleterre. Qui alliez-vous sortir du onze ?
Après dix ans à Chelsea, vous êtes passé à Liverpool. Pourquoi ?
Beaucoup de jeunes ne perçaient pas à Chelsea. J'avais besoin d'un challenge, parce que les jeunes y gagnaient chaque semaine. J'ai rencontré le directeur de l'académie de Liverpool. Après trois mois, j'étais coach des U16, U15 et adjoint de la réserve. L'académie était différente de celle de Chelsea. Dans le Nord, il y a un truc en plus, un truc différent, un truc "scouse"… Dans l'eau ou le sang. Il y avait moins de diversité qu'à Londres aussi, mais des joueurs fantastiques. Après mes deux premières années, je pense que 18 joueurs issus de l'académie ont effectué leurs débuts. Après Rodgers, Klopp a continué.
guillementJ'aurais pu travailler avec Steven pour toujours.
Alexander-Arnold était le plus grand talent à l'époque ?
Lors d'un match chez les U14, j'ai parié 20 livres avec quelqu'un qu'il jouerait un jour en équipe première. J'ai dit : "20 livres ? Tu n'y crois pas trop". Je savais qu'il allait réussir parce qu'il était différent. Il était très maigre. C'était un génie avec des moments difficiles aussi. Sa mécanique de mouvements, sa compétitivité, son enthousiasme, la façon dont il frappait le ballon, etc. Il y avait Curtis Jones aussi et puis Harry Wilson qui aurait dû rester un peu plus longtemps. Mais encore une fois qui Klopp allait-il sortir de son onze pour lui faire de la place ? Salah ? Mané ? Firmino ? Mais voir des jeunes être promus en équipe première à Liverpool était génial. La présence de Pep Lijnders (adjoint de Klopp, puis de Guardiola à City), qui était un ami et que j'avais aidé à recruter, était précieuse aussi.
Comment était-ce de travailler avec Klopp ?
Incroyable. Quand il est arrivé, j'ai commencé à découvrir son pressing qui – étonnement – était similaire à celui de Mourinho sur certains aspects. C'était tellement agressif. Klopp ne parlait pas beaucoup de tactique mais surtout de qualités humaines : courir l'un pour l'autre, être une famille, ne jamais abandonner son coéquipier, faire vibrer les tribunes…
Et avec Steven Gerrard que vous avez suivi chez les Rangers ?
Il faut savoir qu'il est revenu à Liverpool pour entraîner les U18 alors que j'ai fait un crochet d'un an à São Paulo (pour assister Rogério Ceni). Je suis revenu au club ensuite, mais je n'avais eu que très peu de discussions avec lui. J'ai alors entendu qu'il allait signer chez les Rangers et qu'il voulait que j'aille avec lui. Il m'a appelé le lendemain. Nous avons passé de merveilleux moments à Glasgow et remporté le titre en étant "invincibles".
guillementLes séances de Mourinho étaient impressionnantes : elles avaient lieu sur deux terrains.
Après votre période à Aston Villa ensemble, vous l'avez retrouvé en Arabie saoudite.
Tout le monde sait qu'il y a des raisons financières pour aller là-bas. Mais c'était aussi une opportunité de découvrir une culture, de travailler à l'étranger, de coacher des joueurs comme Wijnaldum, Moussa Dembélé, Toko Ekambi et d'affronter Benzema, Ronaldo, Kanté, etc. Quand nous avons joué contre Benzema, je n'ai pas regardé le match mais lui pendant 90 minutes (rires). Steven a été génial pour moi. Un gars au top. Nous ne nous parlons pas tous les jours mais régulièrement.

Il vous a envoyé un message quand vous avez signé à Zulte Waregem ?
Oui, nous avons parlé deux-trois jours avant. Je pense qu'il a dirigé 300 matchs chez les pros et j'étais à ses côtés pour 260 d'entre eux !
Il a dit qu'il lui faudrait 15 à 20 ans pour être un aussi bon entraîneur de terrain que vous.
Un incroyable compliment. Steven est un gars modeste, un super coach et un leader. Il m'a laissé être moi. Gary McAllister était avec nous aussi. C'est un peu comme le grand frère de Steven. Lui, c'était le gars d'expérience qui nous disait parfois de lever le pied. Dommage que nous ne travaillions plus ensemble mais parfois il faut suivre votre propre ambition. J'aurais pu travailler avec Steven pour toujours mais je voulais être T1.
guillementNico m'a dit : 'J'espère que tu réussiras sauf contre le Standard.'
Votre carrière de coach principal vous a emmené à QPR, chez les Rangers et à Sunderland. En Écosse, vous avez fait venir Nicolas Raskin.
Un gars génial à entraîner. Nous avions une super relation. Il travaille dur et veut toujours progresser. Le voir en équipe nationale, c'est incroyable. Une vraie "success-story". À l'époque, son contrat à Liège allait expirer. Il était touché par la situation au Standard. Mais c'est un garçon fantastique. Vraiment. J'ai pu lire que certains ont dit qu'il était difficile… Ce n'est pas vrai du tout. Il m'a envoyé un message à mon arrivée ici : "J'espère que tu réussiras bien sauf quand tu joueras contre le Standard" (rires). J'étais vraiment très heureux qu'il aille à la Coupe du monde.
Vous êtes étonné qu'il soit resté chez les Rangers cet été ?
C'est un grand club. Il joue chaque semaine devant 52 000 personnes. C'est le joueur principal là-bas. Mais c'est vrai qu'il avait l'ambition d'aller plus haut. La Premier League ou un autre grand championnat. J'étais un peu étonné que personne ne saute sur l'opportunité après ses matchs au Mondial.
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