RDC: des acteurs du livre dénoncent l'incinération d'ouvrages lors d'une opération d'assainissement à Kinshasa

RDC: des acteurs du livre dénoncent l'incinération d'ouvrages lors d'une opération d'assainissement à Kinshasa

À Kinshasa, une vaste opération d'assainissement est menée depuis la mi-juillet par le Service national, un organe placé sous l'autorité de la présidence. L'objectif affiché est de libérer les emprises publiques occupées illégalement et de nettoyer les espaces publics. Mais l'une de ces opérations a conduit à l'incinération de milliers de livres vendus par des bouquinistes. Écrivains, éditeurs et vendeurs de livres dénoncent un « autodafé » et réclament réparation dans un mémorandum adressé aux autorités. 

Publié le : 08/08/2026 - 20:26Modifié le : 08/08/2026 - 20:33

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Des organisations représentant les écrivains, les bouquinistes et les acteurs de la chaîne du livre en République démocratique du Congo ont dénoncé l'incinération de milliers de livres lors d'une opération d'assainissement menée par le Service national à Kinshasa, appelant les autorités à indemniser les victimes et à mieux protéger le secteur.

Dans un mémorandum adressé au commandant du Service national, avec copie notamment au président Félix Tshisekedi, à la Première ministre et à la ministre de la Culture, les signataires affirment que des éléments du Service national ont brûlé, le 3 août vers 14H00 au niveau du pont Cabu (pont Kasa-Vubu), des manuels scolaires, des ouvrages scientifiques, des œuvres littéraires et des documentaires appartenant à des bouquinistes.

Selon eux, cette destruction est intervenue dans le cadre des opérations d'assainissement lancées à Kinshasa pour libérer les emprises publiques occupées illégalement.

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L'Union des écrivains congolais (UECO), les bouquinistes et le collectif des intellectuels dénoncent un « acte d'inculture » et un « autodafé », estimant que « le savoir, l'instruction et la mémoire écrite » sont traités « comme de vulgaires détritus ».

Les signataires rappellent qu'en septembre 2013, des livres appartenant à des bouquinistes avaient déjà été brûlés à Kinshasa, qualifiant l'épisode actuel de « récidive historique ».

Indemniser les victimes, reconnaître le métier de bouquiniste

Ils demandent notamment la mise en place d'une commission chargée d'évaluer les pertes et d'indemniser les victimes, la reconnaissance du métier de bouquiniste, la création d'espaces dédiés à la vente de livres ainsi qu'un soutien public renforcé à l'ensemble de la filière du livre.

Richard Ali, secrétaire général de l'Union des écrivains congolais, s'exprime au nom des acteurs de la chaîne du livre : « Le service national est en train d'accomplir une grande mission, celle de remettre la propreté sur la voie publique. Mais malheureusement, ils ont commis en tout cas un acte, on va dire ignoble, parce que sûrement ces jeunes-là ne connaissent pas la valeur du livre, donc ils ont malheureusement brûlé des milliers et des milliers d'ouvrages de bouquinistes. Alors nous avons rédigé un mémorandum à travers lequel nous exigeons de l'État congolais réparation et indemnisation des victimes de ce sinistre, donc les bouquinistes du pont Cabu, mais aussi tous les bouquinistes, en tout cas qui ont été sinistrés les années passées ».

Nous voulons aussi qu'il y ait une reconnaissance du métier de bouquiniste à Kinshasa, qu'on puisse aménager des espaces dédiés pour ces bouquinistes, mais aussi, pourquoi pas, l'État pourrait créer une grande librairie publique qui puisse comme ça donner une infrastructure de qualité pour la lecture publique à Kinshasa, mais aussi en RDC et aussi en tout cas finalement, soutenir de manière pérenne la chaîne du livre à Kinshasa en mettant en place un fonds qui puisse appuyer les écrivains, les éditeurs, les bouquinistes congolais. Nous sommes convaincus que le livre n'est pas du tout une ordure.

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Richard Ali, secrétaire général de l'Union des écrivains congolais, s'exprime au nom des acteurs de la chaîne du livre

Patient Ligodi

Le Service national conduit depuis la mi-juillet une campagne d'assainissement de la capitale destinée à évacuer les déchets et à dégager les emprises publiques, une opération qui s'est accompagnée du déguerpissement de vendeurs installés sur la voie publique.