Roman primé d'un Québécois écrit par l'IA? On te résume toute la saga
L'auteur du roman C’était ça ou mourir, le Québécois Thélyson Orélien, est soupçonné d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle (IA) pour rédiger son œuvre, déjà primée et en lice pour plusieurs prix de renom à l’international. Ce dernier se défend, mais qui dit vrai? On te décortique toute cette histoire qui fait jaser d’un bout à l’autre de l’Atlantique.
À lire également : Donald Trump s'en prend encore au Canada et croit que le pays « s'autodétruit »
D’abord, qui est Thélyson Orélien? Il s’agit d’un auteur, poète et essayiste québécois d’origine haïtienne ayant publié plusieurs œuvres au cours des dernières décennies, en plus d’avoir participé à diverses publications collectives.
Son plus récent roman, C’était ça ou mourir, a été publié au Québec en mars dernier aux éditions Boréal. L’ouvrage raconte le parcours migratoire de Jonas Dorléon, un jeune professeur d’histoire-géographie haïtien qui fuit la violence des gangs à Port-au-Prince et trouve refuge à Montréal.
Paru en France au mois d’août chez Grasset, le roman s’est rapidement fait une place parmi les titres les plus remarqués de la rentrée littéraire. Il a déjà remporté le prix Méduse, le prix Strasbourg Espoir CIC ainsi que, lundi, le prix du roman Fnac en France. Le livre figure aussi dans les prestigieuses sélections des prix Goncourt, Renaudot, Femina et Médicis.
Qui l'accuse d'avoir utilisé l'IA?
Il faut remonter à lundi dernier, le 21 septembre. Dans une publication sur le réseau social X, le compte anonyme Balance ton Claude, en référence à « Balance ton porc », le #moiaussi français, affirme avoir analysé plusieurs extraits de C’était ça ou mourir à l’aide de l’outil Pangram, entraîné à détecter le contenu généré par l’IA.
« Selon Pangram, ce roman est rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle. Nous avons testé plusieurs passages, à divers endroits du manuscrit, pour presque toujours le même résultat : 100 % IA », peut-on lire dans la publication, accompagnée de captures d’écran.
Les œuvres rédigées avant 2023 et soumises à la plateforme d’analyse seraient, pour leur part, ressorties à 0 % comme ayant été générées par l’IA, indique une autre publication.
Face au tollé créé, Balance ton Claude a demandé aux internautes d’« y aller mollo sur les attaques » contre Thélyson Orélien, car il « existe une chance non nulle (même si elle est infime) qu’il soit de bonne foi » et parce qu’« il a sans doute joué dans une zone d’ombre morale » et « exploité une période de flou ».
Orélien se défend
Thélyson Orélien nie avoir utilisé l’IA pour rédiger son roman. Dans une entrevue accordée au média français Libération, le Québécois de 38 ans affirme avoir « toujours aimé la création et l’écriture » et ne pas voir pourquoi il ferait « appel à une machine ».
« Depuis mon arrivée récente en France, je subis de nombreuses attaques racistes, qui ne viennent pas des lecteurs, mais de personnes extérieures qui cherchent à nuire. Je n’y prêtais aucune attention. Mais je ne m’attendais pas à des attaques de ce genre. Je ne suis pas triste mais en colère », ajoute-t-il.
L’auteur affirme également constituer un dossier avec ses éditeurs afin d’appuyer ses propos.
La maison d’édition québécoise Boréal lui a aussi apporté son soutien, estimant dans un communiqué publié ce mardi 22 septembre que les déclarations de Balance ton Claude « sont très graves et portent directement atteinte à la réputation de l’auteur ».
«Thélyson Orélien, s’il vient tout juste d’être révélé au grand public, poursuit une carrière d’écrivain depuis maintenant 20 ans, soit bien avant l’avènement de l’IA générative, peut-on lire. Il a achevé le premier jet de son roman il y a plusieurs années, et le texte a ensuite mûri au fil de nombreux allers-retours avec son éditrice, dont témoignent les versions successives du manuscrit jusqu’à sa forme finale », affirme-t-on.
Thélyson Orélien rappelle pour sa part qu’il vient d’une « tradition littéraire haïtienne et caribéenne où la poésie, les images, les répétitions et le rythme portent une parole vivante ».
« C’est dans cet héritage que ma voix s’est construite. On peut discuter de mon style, mais faire de ces procédés des preuves d’intelligence artificielle n’a rien à voir avec la critique littéraire », dit-il.
De son côté, la maison d’édition française Grasset dénonce une « campagne de haine » contre l’auteur.
Pangram, un outil de détection fiable?
Se pourrait-il que l’analyse de Pangram publiée par Balance ton Claude soit un faux positif? Un faux positif survient lorsqu’un outil attribue à tort à une IA un texte rédigé par une personne.
Pangram affirme que son taux de faux positifs est très faible. Selon les données publiées sur son site le 15 septembre, environ 1 texte sur 10 000, soit 0,01 %, serait identifié à tort comme ayant été généré par une IA. Pour les livres, ce taux tomberait à 0,003 %, tout en variant selon le type de contenu et d’autres facteurs.
Comme le rapportait La Presse ce mercredi 23 septembre, l’Agence France-Presse (AFP) a soumis les extraits sélectionnés par Balance ton Claude à plusieurs autres outils de détection, avec des résultats contradictoires.
InVID-WeVerify, un outil cocréé par l’AFP, a jugé les passages « très probablement écrits par un humain ». Parmi sept autres détecteurs testés, l’un estimait à 100 % la probabilité qu’ils aient été générés par une IA, deux concluaient plutôt à une rédaction humaine et les quatre autres ont livré des résultats variables selon les extraits.
From Your Site Articles
- Acte « hostile »? Voici ce que pense Donald Trump du rapprochement Canada-Europe ›
- L'Union européenne souhaite que le Canada devienne « membre associé » : On t'explique ›
- Le Canada membre de l'Union européenne ou non? Mark Carney fait le point ›
- Le Canada ajouté comme membre de l'Union européenne? : Voici quoi savoir ›
- Donald Trump s'en prend encore au Canada et croit que le pays « s'autodétruit » ›