Royaume-Uni : pour convaincre, Andy Burnham devra "préciser très vite son plan"

Royaume-Uni : pour convaincre, Andy Burnham devra "préciser très vite son plan"

Il promet de ramener la "stabilité" au Royaume-Uni. Andy Burnham a pris la tête du gouvernement britannique, lundi 20 juillet, alors que le pays est en proie à des défis économiques de taille. Attendu au tournant sur la question des finances publiques, le nouveau Premier ministre s’est engagé devant le 10 Downing Street à une "réinitialisation" complète du pays, fondée sur "un nouveau modèle politique", et surtout, "un nouveau modèle économique".

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"Le premier défi auquel il devra faire face sera de relancer la croissance économique", avance sur l'antenne de France 24 Tim Bale, professeur en sciences politiques à l’université Queen Mary de Londres. Selon les prévisions du Fonds monétaire international, la croissance du pays devrait en effet "ralentir à 1 % en 2026 après une progression de 1,4 % en 2025".

"C’est la cause sous-jacente de tous les autres problèmes, depuis le niveau de la dette publique jusqu’à la question des impôts. Andy Burnham pourrait par exemple être contraint d’augmenter les impôts pour financer l’amélioration des services publics", complète le professeur, qui cite les promesses du Premier ministre en matière d’aide sociale.

Andy Burnham a notamment annoncé qu'il dévoilerait prochainement un "plan sur dix ans", fondé sur une réforme du système éducatif, la réindustrialisation, la construction de logements sociaux et la volonté de "mettre fin au sans-abrisme" dans le pays.

Ne pas faire courir de risques à l'économie

Interrogé lundi par la presse sur la façon dont il compte mettre en œuvre son programme tout en préservant un équilibre entre les impôts, les dépenses publiques et l'endettement du pays, Andy Burnham s’est voulu rassurant. "J’ai dit que nous respecterions les règles budgétaires existantes et que nous utiliserions bien sûr toute la marge de manœuvre qu'elles offrent. […] Il ne s'agit donc en aucun cas de prendre des risques avec l’économie", a -t-il déclaré.

Lors de sa campagne pour prendre la tête du Labour, il s'était engagé à respecter ces règles budgétaires – qui prévoient un équilibre entre les dépenses courantes et les recettes d'ici 2029/2030 – et à honorer la promesse faite par le Parti travailliste, dans son programme électoral de 2024, de ne pas augmenter les impôts des travailleurs.

"On a beaucoup reproché à Keir Starmer le fait que son projet est resté flou et qu'il n'a pas réussi à vraiment convaincre la population qu'il avait un plan pour le pays. Andy Burnham devra donc préciser très vite son plan. Ce qu'on attend, c'est surtout la façon dont il compte échelonner ces différentes réformes et savoir comment il compte les financer", explique sur l'antenne de France 24 Thibaud Harrois, maître de conférences en civilisation britannique contemporaine à l'université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. 

Enrayer la montée en puissance de Reform UK

Andy Burnham, resté maire du Grand Manchester jusqu'en juin, succède au Premier ministre démissionnaire Keir Starmer, qui était arrivé à Downing Street en juillet 2024 après une victoire du Labour aux législatives. Keir Starmer avait alors mis fin à 14 ans de gouvernement conservateur, marqué par le vote en faveur du Brexit en juin 2016, qui a projeté le pays dans une crise politique et économique.

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Depuis, la situation du pays est restée instable. Andy Burnham devient ainsi le ⁠septième chef du gouvernement ​du Royaume-Uni depuis le référendum sur le Brexit, il y a dix ans. Surtout, il succède à un Premier ministre devenu impopulaire dans le pays et contesté au sein de son parti.

Sur le plan politique, le nouveau locataire du 10 Downing Street devra résister à la montée en puissance du parti anti-immigration Reform UK, qui figure en tête des sondages en vue des prochaines élections législatives prévues en 2029.

Pour Tim Bale, Andy Burnham sera particulièrement attendu sur la question migratoire. "Il va devoir montrer à l'opinion publique que son gouvernement maîtrise la question des 'small boats' (ndlr : de petites embarcations utilisées pour rallier la Grande-Bretagne), contrairement aux gouvernements précédents, tant conservateurs que travaillistes", avance Tim Bale.

Rapprochement "marginal" avec l’UE

Une question l'oppose frontalement à Reform UK, celle du rapprochement avec l’Union européenne. Lors du référendum sur le Brexit en 2016, Andy Burnham avait fait campagne en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne.

"Je veux consolider les avancées réalisées dans les négociations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne et poursuivre rapidement ces progrès", avait-il affirmé le 8 juillet dans une tribune au quotidien Times, consacrée à la défense et à la diplomatie. Il a notamment cité la coopération dans la lutte contre l'immigration irrégulière, le terrorisme ou la désinformation alimentée par l'IA.

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Selon Thibaud Harrois, Andy Burnham devrait s’inscrire sur ce point dans la lignée de son prédécesseur : "Keir Starmer s’est acharné à faire reconstruire cette relation, en premier lieu avec les principales puissances européennes, au premier rang desquelles la France et l'Allemagne, puis avec l'Union européenne. Sans retourner vers le marché unique, il y a peut-être certaines lignes rouges du Brexit qu’Andy Burnham serait prêt à faire sauter."

Le dossier des relations avec l’UE reste épineux car la simple évocation "d’une adhésion au marché unique ou à l’union douanière" exposerait les députés travaillistes à des réactions hostiles, "notamment pour les députés du Nord du Royaume-Uni et des Midlands", selon Tim Bale.

Quant aux relations avec l'Ukraine, Andy Burnham s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs en promettant que le Royaume-Uni continuerait de soutenir Kiev "à 100 %".

Avec AFP, Reuters