Saisie record de 28 kg de cocaïne en Tarn-et-Garonne : "Nous ne sommes pas des narco-trafiquants", assure l'un des conducteurs du go-fast

Saisie record de 28 kg de cocaïne en Tarn-et-Garonne : "Nous ne sommes pas des narco-trafiquants", assure l'un des conducteurs du go-fast

l'essentiel Cache aménagée avec verins hydrauliques, balise GPS protégée par une cage de Faraday, téléphones prépayés et surtout, près de 28 kg de cocaïne. Ce vendredi 10 juillet 2026, le tribunal correctionnel de Montauban a condamné à de la prison ferme quatre individus, âgés de 25 à 53 ans, pour avoir importé et transporté pour près d'un million d'euros de drogue entre l'Espagne, la France et l'Italie. En outre, ils devront s'acquitter d'une amende de plus de 820 000€. Tous avaient été interceptés, le 18 mai dernier, par les douanes à Saint-Nauphary, en Tarn-et-Garonne.

« Nous ne sommes pas des narcotrafiquants : si on avait su, on se serait jamais mêlé à ça », lance David, 46 ans. Ce vendredi 10 juillet 2026, dans une atmosphère irrespirable, ce ressortissant espagnol a comparu devant le tribunal correctionnel de Montauban aux côtés de trois autres prévenus suite à la très singulière saisie de 27,6 kg de cocaïne survenue, le 18 mai dernier, sur la RD 999 à Saint-Nauphary (Tarn-et-Garonne).

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Interceptés au volant d’une Mercedes immatriculée en Espagne, David et sa passagère, Pricylla, âgée de 33 ans, ont d’abord tenté d’échapper aux douanes, décidément toujours bien renseignées. Alors que la herse des forces de l’ordre avait le dernier mot, une Renault Arkana était arrêtée dans la foulée. À bord, Gheorge, 53 ans, et Andrei, 25 ans, n'ont pas réussi à dissimuler tous ces téléphones prépayés, un peu plus de 2 000€ en liquide et de nombreux récépissés de virements bancaires. Il n’en fallait pas plus pour lâcher l’équipe cynophile, dont le chien a très vite marqué.

La drogue était conditionnée dans 27 sachets d’environ 1kg chacun et dissimulée dans une cache aménagée avec des verins hydroliques.
La drogue était conditionnée dans 27 sachets d’environ 1kg chacun et dissimulée dans une cache aménagée avec des verins hydroliques. DR - Douanes

De la cocaïne pure à 98%

Flair et patience n'ont ainsi pas été de trop pour détecter un compartiment particulièrement bien dissimulé sous un tapis du coffre de l’Arkana. Pour y accéder, les douaniers ont carrément dégainé la disqueuse afin de venir à bout des vérins hydrauliques qui en barraient l’accès. A proximité, une balise GPS enfermée dans une cage de Faraday et un sac contenant vingt-sept sachets de poudre blanche, d’environ 1 kg, sont ainsi exhumés pour un poids de près de 27,6 kg. À Toulouse, le laboratoire de la police scientifique a très vite confirmé l’évidence : il s’agit bien de cocaïne, dont certains échantillons sont purs à 98 %.

C'est le laboratoire de la police scientifique de Toulouse qui a procédé aux analyses des 27 sachets.
C'est le laboratoire de la police scientifique de Toulouse qui a procédé aux analyses des 27 sachets. DR - Douanes

Mais ce vendredi 10 juillet 2026, par la voix de leurs interprètes respectives, les quatre prévenus assurent qu’ils ne savaient pas ce qu’ils transportaient. Enfin si : de l’argent en liquide, c’est tout. « Vous avez entre 900 000 et 1 million d’euros de cocaïne dans le coffre sans que vous le sachiez ? », tente la présidente Aude Sallafranque. « J’ai pensé à du cannabis », reconnaît Pricylla. Cette jeune maman d’origine brésilienne est dévastée. C’est David, le compagnon de sa mère, qui l’a embarquée dans cette nébuleuse combine censée lui rapporter de l’argent facile. « Je n’aurais jamais transporté de la cocaïne, surtout pour 500 € », assure celle qui a participé à au moins dix trajets entre l’Espagne, la France et l’Italie, toujours aux côtés de David. Ensemble, ils formaient la voiture ouvreuse, toujours talonnée par le véhicule porteur, selon la terminologie désormais bien connue des go-fasts.

« On ne confie pas à tout le monde 820 000 € de cocaïne »

L’air débraillé et un peu perdu, Gheorge est sommé de s’expliquer. C’est ce ressortissant roumain de 53 ans qui est soupçonné d’avoir enrôlé David mais aussi, le jeune Andrei qui est originaire du même village que lui, dans le nord-est de la Roumanie. Grâce à l’exploitation téléphonique, les enquêteurs de l’Office anti-stupéfiants de Toulouse ont mis à jour une quinzaine de voyages suspects effectués par Gheorge et le soupçonnent d’avoir potentiellement importé peu ou prou 390 kg, toujours en empruntant le réseau secondaire européen, depuis le 1er janvier 2026. « Un mode opératoire assez efficace », concède l’avocate des douanes qui requiert une amende solidaire de 823 672 €. « On a retenu le prix en gros sans prendre en compte le taux de pureté. » Sous entendu : une fois coupée, la cocaïne aurait pu rapporter bien plus. Et rappelons au passage qu’une amende douanière peut aller jusqu’à deux fois la valeur de l’objet de fraude.

« On ne confie pas à tout le monde 820 000 € de cocaïne. Cela permet de les fixer dans la hiérarchie d’une organisation criminelle », estime la procureure Alice Gardair qui ne croit pas à la parade des « importateurs naïfs qui ne cherchent pas à comprendre ». Anticipant les plaidoiries de la défense, la représentante du ministère public se justifie de ne pas avoir ouvert d’information judiciaire pour retrouver la trace des commanditaires. « La plus-value était nulle ».

« Sept ans, c’est ce que je prends pour un braquage en récidive »

Un peu court pour Me Marion Delpy qui intervient pour les intérêts de David. « On vous dit que le dossier est en état d’être jugé mais il n’y a aucune écoute, aucun relevé d’empreintes papillaires, même sur les sachets de conditionnement. Mais c’est la base ! Ça aurait permis de savoir qui manipulait la drogue. Bien évidemment qu’il y a des responsabilités que l’on ne va pas chercher, pourquoi ? » Me Marilou Barthe enfonce le clou. « On fait davantage le procès du trafic de stupéfiants en France que celui des personnes qui sont devant nous. On n’en sait pas beaucoup sur eux et c’est aussi cela, l’enjeu d’une information judiciaire », relève l’avocate de Gheorge. Tour à tour, les deux conseils fustigent la lourdeur des peines requises par le parquet - entre 2 et 7 ans de prison ferme - en s’appuyant sur des décisions rendues dans d’autres juridictions. « Sept ans, c’est ce que je prends pour un braquage en récidive », martèle Me Barthe alors que le casier judiciaire de son client n’affiche qu’une seule condamnation pour conduite en état d’ivresse.

Dans l’intérêt d’Andrei, Me Loïc Gressein charge Gheorge. « Il était comme un père de substitution pour mon client. Il lui a fait une confiance aveugle. Il n’a aucun antécédent, son seul objectif est de passer son bac en Roumanie. » Même analyse pour Me Serghinia Hammoud-Chobert qui défend Pricylla. « Son casier est vierge, elle a reconnu les faits et s’est montrée d’emblée coopérative avec les autorités douanières et judiciaires. Elle a une fille de 7 ans et à Seysses, elle partage sa cellule notamment avec une femme qui a tué son enfant de 3 ans. Elle souffre beaucoup de la détention. »

Après en avoir délibéré, le tribunal relaxe les quatre individus de la qualification de détention de stupéfiants. Mais les condamne à de la prison ferme, avec maintien en détention, pour le transport et l’importation : 2 ans pour Andrei, 4 ans pour Pricylla et David, 6 ans pour Gheorge qui a interdiction de remettre un pied en France. Les autres devront observer un délai de dix ans. Enfin, ils devront s’acquitter, de manière solidaire, de l’amende douanière de 823 672 €.