Salomé Saqué, invitée d'honneur aux Solidarités : "L'extrême droite présente l'idée d'une société solidaire comme néfaste"
Parmi les invités présents ce week-end au "phare", le nouvel espace de débats du festival Les Solidarités, on retrouve l'autrice et journaliste française Salomé Saqué. Elle abordera – tout au long du week-end – la question des fake news avec le docteur en sciences politiques François Debras, du lien entre santé et climat avec le climatologue Jean-Pascal van Ypersele et l'activiste Adélaïde Charlier, ou encore de la démocratie.
Salomé Saqué, pourquoi avoir accepté de venir débattre aux Solidarités cette année ?
J'étais déjà venue à ce festival et j'en avais un très bon souvenir. Ce qui m'a poussé aussi à accepter, c'est le mélange des genres qui est proposé. J'aime beaucoup le fait de créer des lieux où il y a à la fois du divertissement, de l'art et des discussions plus sérieuses, où on essaie de diffuser de l'information. Et puis, avoir un festival qui s'appelle "Les Solidarités", c'est déjà très fort. Avoir un endroit où la solidarité est le maître mot, je pense que ça nous rappelle ce vers quoi on doit tendre.
Vous avez l'impression que c'est une valeur qui se perd ?
Je pense que c'est quelque chose de désirable. C'est quand même bien une société où tout le monde peut manger à sa faim, est logé dignement, où il n'y a pas de discrimination. Dire ça, ce n'était pas considéré comme une folie. Aujourd'hui, l'extrême droite et leurs discours sont en train de présenter l'idée même d'une société solidaire comme étant néfaste. C'est quelque chose qu'il faut absolument combattre.
C'est un sujet que vous allez aborder lors des discussions de ce week-end ?
Tout à fait. Il y a urgence à s'armer intellectuellement pour faire face aux méthodes de l'extrême droite. Prenons en exemple ce qui s'est récemment passé en Hongrie. Après la défaite aux élections de Viktor Orbán, les médias publics hongrois ont, cet été, présenté leurs excuses aux gens pour avoir diffusé de la propagande politique et ne pas avoir fait leur travail d'information pendant des années. C'est ce qui nous attend avec l'extrême droite au pouvoir. Et la population là-bas ne l'a pas vu venir. C'est hyper dangereux, et ça doit nous alarmer.
Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de militantisme ?
Ces accusations ont été très présentes au début de ma carrière. J'ai l'impression que c'est surtout l'extrême droite qui continue de me critiquer. Le message que je veux passer aujourd'hui aux médias, c'est de tenir la ligne. Il ne faut pas lâcher et il ne faut surtout pas céder aux accusations de militantisme. Parce qu'aux yeux de l'extrême droite, ça ne sera jamais assez neutre tant que ça n'est pas d'extrême droite.
Mais vous ne vous considérez pas pour autant comme neutre ?
Non. Parce que je pense que personne ne l'est. Je garde une certaine distance avec le monde politique et associatif. Et je continue à me positionner comme journaliste avec le meilleur respect possible de la déontologie.
Par contre, je suis extrêmement claire sur les valeurs que je défends. Je m'inscris dans la défense des femmes, des droits LGBTQIA +, des minorités au sens large, tout comme je prône une répartition des richesses et le droit de pouvoir vivre sur une planète habitable. Toutes des causes et des valeurs qui ont longtemps été considérées comme allant de soi.
Vous dénoncez une droitisation de la société et des médias en France depuis longtemps. Quel regard portez-vous sur la situation en Belgique ?
Honnêtement, je vois la Belgique comme un lieu d'espoir. Je vois que les tendances mondiales arrivent ici aussi, et qu'il y a un glissement. Mais le débat public reste quand même moins violent qu'en France. Mon objectif ici, c'est dire : "Attention. Regardez où on en est en France. Ça peut vous arriver aussi."
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.