« Sandrine Kiberlain m’a surnommé le Mozart de l’interview » : Marco Thiollier, le journaliste préféré des célébrités
Marco Thiollier, fondateur du média « OnTime ».
© Marco Thiollier
LES NÉO-INTERVIEWEURS DE STARS (3/4) - À son micro, les stars rient, pleurent et surtout : se livrent. Marco Thiollier est devenu une référence en matière d’interview et désormais, le passage dans son émission est une étape indispensable pour la promotion d’un film. Rencontre avec un jeune homme qui a tout compris.
À seulement 23 ans, Marco Thiollier est à la tête du média « OnTime » avec lequel il interviewe des célébrités et des figures clefs du cinéma. De Camille Cottin à Pedro Pascal en passant par Benjamin Biolay et Christian Clavier, le jeune homme a acquis la confiance des stars grâce à son ton bienveillant et ses questions adroites. Armé de volonté et d’ambition, Marco a construit son empire seul et aujourd’hui, il gère une équipe et voit grand pour le futur de son entreprise. Devenu le chouchou des acteurs, nous sommes allés à sa rencontre pour tenter de découvrir le secret de son succès.
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Paris Match. C’est quoi « OnTime » ?
Marco Thiollier. C’est un média que j’ai créé quand j’avais 13 ans. Je voulais être présentateur de JT, je voulais ressembler à Laurent Delahousse qui était mon idole à l’époque. Avec le recul, on avait seulement la mèche en commun, je n’avais pas son talent (rires). Je me suis lancé avec une seule exigence : être régulier. Donc tous les 15 du mois, je devais publier mon JT avec une interview à l’intérieur. J’ai commencé sur YouTube, à une époque où TikTok n’existait pas encore et où Instagram ne proposait pas de vidéos. Ça a fait entre 300 et 400 vues pendant quatre ans, mais j’ai conservé cette régularité, et surtout, j’étais passionné par les rencontres. Aujourd’hui, « OnTime » a 9 ans. C’est devenu le premier média d’interview culture sur les réseaux, avec 550 000 abonnés et 40 millions de vues mensuelles, sur une audience de 17-35 ans.
Êtes-vous passé par un parcours classique d’études ?
Je m’étais enfermé dans l’idée que je voulais être journaliste. Alors j’ai fait une école à Cannes et c’est là que j’ai pu faire mes premières interviews, en m’incrustant sur les tapis rouges du Festival. Je me souviens d’avoir menti en disant que j’étais journaliste pour « Nice Matin » afin d’obtenir une interview avec Cécile de France, qui refusait toujours pour ma chaîne YouTube. Je me suis ensuite servi de cette interview comme exemple à montrer aux attachés de presse suivants. Après Cannes, j’ai poursuivi avec un master en management des médias, pour avoir des compétences business que le journalisme seul n’enseigne pas. Aujourd’hui je me considère aussi comme un chef d’entreprise, avec un modèle économique et une équipe à faire vivre. J’ai officiellement terminé mes études en février dernier.
Est-ce qu’on vous compare souvent à Hugo Décrypte ?
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Oui, tout le temps ! Et ça ne me dérange pas du tout Décrypte est une vraie inspiration. Il a été l’un des premiers à proposer ce journalisme incarné sur les réseaux, à une époque où se montrer comme ça pouvait être critiqué. Il a montré qu’on pouvait avoir une vraie crédibilité de média tout en l’incarnant, créer un lien de confiance avec sa communauté en humanisant le média plutôt qu’en restant caché derrière.
Quelle interview a été le déclic qui vous a fait comprendre que ce serait votre métier ?
Il y a eu plusieurs déclencheurs. L’acteur Pierre Lottin a été l’un des premiers à accepter de me recevoir. J’avais fait l’aller-retour à Paris juste pour lui, il m’avait reçu dans un bar tranquille à côté de chez lui, rien à voir avec un format promo classique. Depuis, on se suit encore, on a tissé un vrai lien de confiance. Il y a eu aussi une interview dans ma région d’origine, en Auvergne, de l’acteur Grégory Gatignol qui joue le méchant garçon dans « Les Choristes ». J’ai fait les retrouvailles vingt ans après et la vidéo a atteint environ 300 000 vues sur YouTube. C’est là que je me suis dit que je voulais vraiment faire ce métier.
Marco Thiollier et José Garcia dans l'émission « OnTime ».
© MARCO THIOLLIER - OnTime
La recette du succès
Comment préparez-vous une interview ? Quelle est votre méthode ?
Je me mets à la place de l’acteur ou de l’actrice qui enchaîne les interviews entre 9h et 18h, et je me demande quelles questions on va lui poser dans la journée. Ce sont précisément celles que je ne vais pas poser. Je m’interdis totalement le pitch du film, la description du personnage, l’ambiance sur le tournage : des questions légitimes, mais qu’on va leur poser vingt fois dans la journée. Je fais un vrai travail d’enquête en amont. J’écoute d’anciens podcasts, je retrouve des vieux articles pour tomber sur la pépite qui les surprend et les fait sortir de leur zone de confort. Et puis il y a le côté très humain. Je reste dans la conversation, jamais dans l’interrogatoire, sans jamais aller sur la vie privée ou les mettre mal à l’aise, mais en cherchant l’émotion, en faisant des parallèles avec les sujets du film. Je me souviens d’une interview avec Joséphine Japy et Mélanie Laurent où je lui avais simplement demandé si elle était fière d’elle : il y a eu un silence, et elle s’est mise à pleurer. Parfois, j’écoute un podcast entier pour préparer une seule question et cette question peut donner la meilleure séquence de toute l’interview.
Est-ce qu’il y a des questions que vous posez systématiquement ?
Toujours la première : « Aujourd’hui, j’ai 23 ans. Toi, qu’est-ce que tu faisais à 23 ans ? ». J’adapte l’âge à chaque interview. En général, ça surprend, et ça permet de rappeler qu’à 22 ans, Christian Clavier écrivait « Les Bronzés », qu’Éric Judor faisait du tennis, ou que Benjamin Biolay traversait une période sombre de prise de drogue. Certains étaient déjà dans le métier, d’autres au fond du trou, avec un seul rêve, devenir acteur ou artiste. Ça permet de lancer l’interview directement dans l’intime. Pedro Pascal, la dernière interview que j’ai faite, me racontait qu’à 23 ans, il galérait à vendre des hot-dogs à Los Angeles en parallèle de ses cours de comédie. J’aime aussi demander quelle a été la meilleure décision de leur carrière. Ça fait souvent appel à des moments hyper déterminants, notamment des refus qui ont pu les préserver ou protéger une image.
Comment gérez-vous le cadre imposé par les attachés de presse. Le temps, les sujets à éviter ?
C’est un vrai lien de confiance à construire. Je ne me permettrai jamais une question d’actualité déplacée. Ce n’est pas mon but, je veux que la personnalité soit à l’aise, qu’elle parle de cette interview à ses proches et qu’elle suive ensuite mon travail. Les attachés de presse me sollicitent aussi parce qu’il y a très peu de médias digitaux dédiés au cinéma, alors qu’ils cherchent de plus en plus du contenu numérique. Aujourd’hui, je leur impose même des formats : plutôt qu’une interview enfermée dans une chambre d’hôtel, on part se balader, par exemple à l’Opéra. Au début, j’ai rencontré quelques réticences, mais comme c’est souvent la seule façon d’avoir l’interview, ils finissent par accepter. Finalement, les acteurs adorent ça.
Qu’est-ce qui distingue fondamentalement votre format de celui des interviews classiques ?
Je me mets à la place des célébrités. Quand je vois un canapé et deux chaises dans une chambre d’hôtel, je refuse les chaises, on se pose ensemble sur le canapé. Tout de suite, l’invité se sent plus relâché, il n’est plus face à un journaliste qui, pour moi, ressemble parfois à un policier en train de dresser un procès-verbal, avec des questions carrées, sans humanité. Les gens se répètent d’une interview à l’autre. D’ailleurs, les journalistes me le disent ! Ils passent maintenant plus de temps à préparer leurs questions pour ne pas paraître trop en retrait après mes interviews. À partir de la rentrée, on va développer des formats encore plus ambitieux, en extérieur, dans la même veine que ce qu’a fait Loris Giuliano en voiture, ou Kyan Khojandi avec son format « Hot Ones ».
Marco Thiollier, fondateur du média « OnTime ».
© Marco Thiollier
Le chouchou des stars
Sentez-vous que les stars et leurs équipes vous perçoivent différemment aujourd’hui qu’à vos débuts ?
Chaque année, je me dis que je ne pourrai pas aller plus loin, et chaque année, il y a une différence énorme. Aujourd’hui, ce sont les acteurs eux-mêmes qui demandent à faire « OnTime ». C’est très rare dans un milieu plutôt méfiant envers les médias digitaux. Ils m’envoient directement des messages sur Instagram. Sandrine Kiberlain, par exemple, a insisté pour faire l’interview, et m’a même surnommé « le Mozart de l’interview ». Pierre Niney et Vincent Cassel, qui refusaient jusque-là les médias digitaux, ont accepté pour la première fois à Cannes, parce qu’ils avaient adoré l’interview que j’avais faite avec leur agent. Beaucoup d’acteurs suivent le compte et likent les contenus, donc dès qu’on arrive en interview, la barrière de la méfiance est déjà cassée. C’est un vrai gain de temps quand on n’a parfois que quinze minutes.
Pourquoi pensez-vous que les célébrités sont plus à l’aise avec vous qu’avec d’autres médias ?
Je ne suis jamais là pour les piéger, je pose des questions différentes, qui les challengent, et surtout je ne coupe jamais la parole. On m’a souvent reproché ce ton bienveillant, que je revendique complètement pour des interviews cinéma. Ce serait en revanche un vrai problème dans une interview politique, ou face à quelqu’un occupant une fonction très sensible. Là, la bienveillance n’aurait pas sa place. Mais pour moi, ce n’est pas aux acteurs de commenter l’actualité. J’ai eu une discussion passionnante avec Camille Cottin sur ses amitiés d’enfance et l’impact de la célébrité dessus, en lien direct avec le film qu’elle venait présenter. Parfois, mes questions sont un peu culottées, j’avais demandé à Christian Clavier s’il pouvait encore faire ses courses au supermarché. Ça peut surprendre, mais ça révèle des choses. Certains acteurs ne peuvent plus faire leurs courses tranquillement, tout le contenu de leur panier finissant photographié. Raphaël Quenard me racontait qu’il devait désormais passer par une entrée cachée, parfois masqué, pour aller en boîte de nuit.
Comment vivez-vous personnellement cette bascule vers une forme de notoriété ?
Ça fait vraiment un an ou deux que ça a explosé. Je commence à être reconnu dans la rue, surtout à Cannes, qui est un peu mon public, ma communauté. Je le vis très bien. Les gens qui viennent me voir ne cherchent souvent même pas la photo, ils veulent surtout me dire à quel point une interview les a touchés, ou me remercier de proposer un journalisme différent, dans lequel ils se reconnaissent. Les acteurs eux-mêmes me remercient de m’intéresser à leur métier dans le détail. Ça me pousse à faire plus attention à ce que je dis, et à mon image en général. Je commence à travailler avec des marques, donc je ne peux plus porter n’importe quel vieux tee-shirt froissé comme avant (rires).
« Sandrine Kiberlain m’a surnommé le Mozart de l’interview » : Marco Thiollier, le petit préféré des célébrités.
© Marco Thiollier
Comment expliquez-vous le succès de ces formats digitaux face aux formats classiques ?
Je pense que c’est simplement ce que les gens veulent voir aujourd’hui. Sur les réseaux, le public cherche de l’authenticité, il en a assez des médias perçus comme là pour piéger, il veut pouvoir s’identifier. Il y a un côté sans prise de tête dans ce journalisme-là, où les invités sont contents d’être interviewés et ont envie de revenir. En plus, on laisse la parole aux acteurs sur un format long, alors que les médias traditionnels ne gardent souvent que quinze secondes de ce qu’ils ont dit.
Vous projetez-vous toujours ici dans cinq ou dix ans ?
Complètement. Je pense qu' « OnTime » deviendra un média de référence, avec des interviews en public et des formats développés en parallèle à la télévision. Je veux rester un visage du média, mais pas le seul. Il y aura d’autres incarnations fortes, je ne veux pas que ça devienne l’affaire d’un seul homme. J’ai commencé à déléguer le montage et la production, ce que je faisais tout seul avant. C’est un luxe de trouver les bonnes personnes et de replacer son énergie là où elle compte vraiment. Mais je ne veux pas perdre ce qui a fait le succès d’OnTime : la bienveillance, la simplicité, deux chaises et une vraie confidence. Il faut garder le bon équilibre.
Qu’elle a été l’interview la plus difficile jusqu’à présent ?
Celle avec Éric Judor, Laura Felpin et Jérémy Ferrari. Ils étaient pris dans des fous rires incontrôlables, j’ai complètement perdu le contrôle de l’interview et j’ai paniqué sur le moment. Finalement, ça a très bien marché, ça reste la meilleure promo possible pour une comédie. Mais sur l’instant, j’ai eu l’impression que mes questions ne servaient plus à rien.
Quelle est la personne vivante ou disparue que vous rêvez d’interviewer ?
Julia Roberts et Hugh Grant, parce que « Coup de foudre à Notting Hill » est mon film préféré. Et Tobey Maguire, le premier Spider-Man. J’ai grandi avec ce personnage. Ce sont les rares rencontres qui me feraient encore quelque chose aujourd’hui.
Marco Thiollier et Pierre Lescure au Festival de Cannes.
© Marco Thiollier