Santé. Vaccin contre la grippe : le gouvernement ouvre la voie à une obligation pour les soignants

Santé. Vaccin contre la grippe : le gouvernement ouvre la voie à une obligation pour les soignants

Le gouvernement a annoncé ce lundi soir qu'il allait étudier « les conditions d'un déploiement » d'une obligation vaccinale des soignants contre la grippe, à la suite d'un avis de la Haute autorité de santé (HAS) favorable à cette mesure. « Le calendrier et les modalités pratiques de mise en œuvre seront précisés et concertés dans les prochaines semaines », indique le ministère de la Santé, qui précise qu'« aucune sanction » ne sera appliquée durant la « première année » d'application.

Plus tôt dans la journée, l'autorité indépendante avait recommandé, dans un avis très attendu, une obligation vaccinale annuelle pour tous les professionnels de santé salariés et libéraux, les étudiants des filières médicales et paramédicales et les personnels des établissements médico-sociaux en contact avec des personnes âgées. Pour entrer en vigueur, cette recommandation nécessite encore un décret précisant les modalités et les personnels concernés. Sur le réseau social X, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, confirme ce nouvel engagement du gouvernement. 

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Un lourd fardeau sanitaire

L'obligation se justifie au regard de « l'ampleur du fardeau sanitaire » de la grippe et du « risque augmenté » de transmission aux personnes soignées ou hébergées, fait valoir la HAS. La grippe 2025/26 a fait 12 700 morts, contre 17 900 un an plus tôt lors d'une épidémie particulièrement violente. Elle coûte un à deux milliards d'euros et pèse fortement sur le système de soins, entre mortalité, tensions hospitalières, déprogrammations d'opérations et arrêts maladie des soignants.

La mesure doit être déployée en priorité « dans les Ehpad et dans les unités de soins de longue durée », dont trois quarts des résidents ont 75 ans et plus et se trouvent en contacts « étroits, répétés et prolongés » avec les soignants. Ailleurs (hôpitaux, autres établissements médico-sociaux, structures libérales), la HAS recommande un « déploiement progressif » sur deux ans, renouvelable un an, pour garantir « l'acceptabilité de la mesure ». L'instance rappelle que les vaccins antigrippaux sont sûrs et qu'il n'existe aucune alternative efficace. Elle pointe le « bénéfice attendu » pour les patients, alors qu'aujourd'hui seul un soignant sur cinq est vacciné en établissement, proportion qui stagne malgré des recommandations réitérées. Plus de la moitié des médecins (56,3 %) le sont, contre un tiers des infirmiers (34,2 %) et moins d'un aide-soignant sur cinq (19,3 %). La recommandation simple est en revanche maintenue pour les 65 ans et plus vivant en collectivité, déjà vaccinés à 82,7 %.

Un accueil partagé sur le terrain

Si l'avis est plutôt bien reçu, certains redoutent des réticences et des difficultés d'application. « Beaucoup d'infirmières sont contre », particulièrement en Outre-mer où « la défiance envers l'État est forte », observe la présidente du syndicat Convergence infirmière, Ghislaine Sicre, « personnellement favorable mais inquiète ». « Vu nos conditions de travail dégradées, la colère, l'épuisement des professionnels, ajouter une couche d'obligations pourrait les faire déserter. »

Le premier syndicat des infirmiers, la FNI, se dit au contraire « toujours favorable ». Son président Daniel Guillerm juge cette vaccination « indispensable en termes de santé publique » et plaide la « responsabilité » et l'« exemplarité ». Thierry Amouroux, du SNPI, rappelle que, contrairement au vaccin contre le Covid-19 qui avait créé de vives tensions, celui contre la grippe « a été utilisé sur des milliards de personnes ». La Fédération hospitalière de France estime que la recommandation « va dans le bon sens » pour « protéger les publics fragiles ». D'autres se montrent plus circonspects. L'AD-PA, qui représente 2 000 directeurs d'établissements pour personnes âgées, anticipe des « difficultés de mise en œuvre », un risque de « détérioration du climat social » et de « frein à l'attractivité des métiers ». « Après trois canicules, le timing est particulièrement mauvais », juge son directeur adjoint Eric Fregona.

L'obligation vaccinale des soignants contre la grippe avait été instaurée en 2006, avant d'être suspendue par décret dans la foulée. La dernière loi de financement de la Sécurité sociale, votée en décembre, en prévoit le rétablissement pour les soignants libéraux, sous réserve de l'avis de la HAS. En 2023, l'autorité s'était montrée réservée, faute de données françaises sur les grippes contractées en établissement ; elle dit avoir depuis pris en compte de nouvelles données attestant de niveaux de transmission « particulièrement élevés en gériatrie ».