Sébastien Lecornu, un été dantesque comme tremplin pour la présidentielle 2027 ?
En première ligne sur les crises estivales, des incendies à la cybersécurité, le chef du gouvernement a gagné ses galons d’homme d’État selon ses partisans.

CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
Sébastien Lecornu, un été dantesque comme tremplin pour la présidentielle 2027 ?
Si l’hirondelle ne fait pas le printemps, un été dantesque permet-il une prochaine élection ? C’est la question qui pourrait s’inviter dans la tête de Sébastien Lecornu, dont les ambitions continuent d’interroger le landerneau politique à maintenant sept mois du premier tour de l’élection présidentielle.
Pour le Premier ministre, autosurnommé « moine soldat » à son arrivée à Matignon, l’été a pris des airs de chemin de croix. Bousculés par l’affaire Lyhanna en juin, et les débats qui ont suivi sur la protection des mineurs, le gouvernement et son chef ont dû répondre à une ribambelle de crises toutes plus délicates les unes que les autres au fil de la saison estivale.
Il y a eu la canicule précoce, les vagues de chaleurs à répétition, l’inquiétude liée aux incendies monstres, à la sécheresse inédite, et, tout récemment encore, aux nombreuses fuites de données détenues par les administrations publiques. À chaque fois, Sébastien Lecornu est monté en première ligne pour défendre le bilan (attaque de toutes parts) du président de la République, et proposer quelques plans d’action.
Le candidat de l’Élysée ?
Cette semaine encore, il a annoncé 100 millions d’euros d’aide pour les stratégies de reconstruction en Gironde, ce département sinistré par le mégafeu de juillet. Puis, quelques jours plus tard, il a promis la création d’une task force pensée, sur un tout autre sujet, pour répondre aux menaces de cyberattaques qui se multiplient. Autant de sujets sensibles propres à faire de lui un homme d’État ? Et un recours, dans son camp, pour la grande élection ?
Le chef du gouvernement ne dit rien de ses réelles ambitions. « Je ne me mêle pas de l’élection présidentielle. En revanche, je demande en retour aux candidats à l’élection présidentielle de ne pas entraver l’action du gouvernement », a-t-il encore lancé en juillet dernier, dans les colonnes de Paris Match, après avoir envoyé quelques piques aux différents prétendants, coupables, à ses yeux, de ne pas prendre la campagne au sérieux.
Mais au sortir de cet été, certains parlent à sa place. Que ce soit en macronie, ou dans l’entourage du chef de l’État. Il a ce « profil rassurant », de celui qui « assume la vérité sans arrière-pensées partisanes », s’enthousiasme par exemple un député Renaissance, pour qui Sébastien Lecornu « démontre chaque jour qu’il est le meilleur candidat possible face aux populismes. » Rien de moins… Que ce que l’on retrouve du côté des proches d’Emmanuel Macron, souvent très laudateurs quant aux qualités de l’actuel locataire de Matignon.
En réalité, certains soupçonnent même le président de la République et son entourage élyséen d’être les premiers artisans de cette petite musique. Le chef de l’État regarde toujours les campagnes d’Edouard Philippe et de Gabriel Attal avec une bonne dose de défiance, eu égard aux prises de distance des deux prétendants, les seuls candidats déclarés au sein du bloc central. Selon les récits de presse, il serait donc particulièrement favorable à l’émergence d’une solution alternative. Et qui d’autre que le Premier ministre qu’il souhaite installer aux commandes depuis 2024 ?
Rien ne sera simple
Du reste, l’un des compliments les plus éloquents cet été est venu du Prix Nobel d’économie Philippe Aghion, un proche de longue date du président. Alors que Sébastien Lecornu prononçait, début juillet, un discours salué aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence, celui qui fut l’une des éminences grises du programme d’Emmanuel Macron en 2017 assurait à la presse : « J’avais le sentiment devant moi d’avoir un président de la République. J’ai senti qu’il avait ce souffle. » Suffisant pour être l’héritier de cette décennie de pouvoir ?
Malgré ces soutiens, difficile à quantifier au sein du bloc central, les embûches seront nombreuses pour le Premier ministre s’il souhaite jouer le tout premier rôle dans les semaines à venir. Rien n’indique, tout d’abord, qu’il ferait mieux que les deux candidats déclarés au sein du bloc central. Les enquêtes d’opinion sont certes intéressantes pour le locataire de Matignon, mais pas non plus tonitruantes. Et pourquoi ces deux dirigeants lancés à pleine vitesse se retireraient-ils pour lui laisser la place ?
Ensuite, Sébastien Lecornu n’en a pas terminé avec les saisons horribilis. Après ces mois d’été, qui n’ont pas affecté de trop sa cote de popularité, viendront ceux du budget et des décisions impopulaires. Le locataire de Matignon prépare effectivement une potion amère pour permettre d’endiguer le dérapage des comptes publics. Il pourrait par exemple décider de désindexer de l’inflation les pensions de retraite les plus élevées, selon une des pistes actuellement à l’étude du côté de Bercy.
Une mesure généralement coûteuse dans l’opinion, puis dans les urnes, étant donné qu’elle touche une partie de la population particulièrement mobilisée lors des élections. Dès lors, c’est peut-être à l’aune de cette décision que l’on pourra juger les futures ambitions du « moine-soldat. » S’il n’espère rien des mois à venir, Sébastien Lecornu pourra briser ce tabou sans risquer d’en subir les conséquences au printemps 2027. Dans le cas contraire…