Suisse. Crânes, squelettes, fœtus... Des restes humains en vente libre en ligne grâce à une faille juridique

Suisse. Crânes, squelettes, fœtus... Des restes humains en vente libre en ligne grâce à une faille juridique

Une enquête de la Radio Télévision Suisse met en lumière un commerce de restes humains sur internet. Un marché rendu possible par un flou juridique.

Le Progrès -

Aujourd’hui à 07:15

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Les restes sont proposés à la vente sur des plateformes comme eBay ou Leboncoin. Photo d'illustration / Rémy Perrin.
Les restes sont proposés à la vente sur des plateformes comme eBay ou Leboncoin. Photo d'illustration / Rémy Perrin.

C'est ce que révèle une enquête diffusée le 5 juillet par la Radio Télévision Suisse (RTS). Au fil de leurs investigations, les journalistes ont mis au jour l'existence d'un véritable marché parallèle.

En ligne, il est possible de tomber sur des annonces telles que « Crâne en parfait état, il ne manque qu'une dent » ou encore « Crâne fœtal d'une grande beauté ». Ces offres apparaissent sur des plateformes grand public comme eBay ou Leboncoin, mais aussi sur les réseaux sociaux, notamment Instagram et Facebook Marketplace.

Jusqu'à 10 000 euros pour un squelette

Si ces annonces sont en principe interdites par les conditions d'utilisation de ces plateformes, les vendeurs rivalisent d'astuces pour passer entre les mailles du filet. "Au lieu de mettre le prix dans le texte de l'annonce, ils l'insèrent sur la photo, ou jouent sur l'orthographe du mot humain", explique à RTS Damien Huffer, chercheur spécialisé dans la traque du trafic de restes humains.

Pendant trois ans, le scientifique a analysé des milliers d'annonces, notamment sur Instagram, où certains vendeurs présentent ces crânes comme destinés à des « fins éducatives ». Ses recherches mettent en évidence un marché particulièrement lucratif.

À Saint-Gall, par exemple, un commerçant propose un catalogue de restes humains, allant d'un crâne adulte à 1900 francs, soit environ 2 060 euros, à un squelette complet pour plus de 10 000 francs (10 900 euros).

Les enquêteurs ont également mis au jour des transactions plus obscures, comme celle d'un fœtus plastiné vendu à une collectionneuse par un enseignant de l'école d'assistants médicaux de Berne. Un spécimen datant de 1890 qui aurait été offert au professeur par un pharmacien.

Un flou juridique

Ce commerce repose sur un vide juridique. En 2008, la Suisse a ratifié la Convention sur les droits de l'Homme et la biomédecine, qui interdit de tirer un « profit » du corps humain et de ses parties (article 21). En revanche, aucune sanction pénale spécifique ne prévoit de réprimer cette pratique. Seule l'atteinte à la paix des morts, notamment en cas de profanation de sépulture, est punie.

Une pratique qui serait bien plus difficile en France. L'article 511-2 du Code pénal interdit en effet la vente et l'achat de restes humains, des faits passibles de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende.