Super-héros au cinéma : ces clichés usent le genre, MCU compris

Super-héros au cinéma : ces clichés usent le genre, MCU compris

Pop Culture

Le film de super-héros a gagné Hollywood, mais aussi ses automatismes. Cinq ressorts reviennent si souvent qu’ils finissent par affaiblir l’enjeu.

Batman v Superman
Image d'illustration. Batman v Superman — DC Films / PR-ADN

En bref

  • Cinq clichés fatiguent le cinéma de super-héros
  • Le MCU concentre plusieurs de ces réflexes
  • Le genre perd en surprise et en enjeu

Le film de super-héros a longtemps vendu la promesse de l’infini. Un univers partagé, des personnages qui se croisent, des pouvoirs qui ouvrent toutes les portes. Et pourtant, plus le genre s’est installé, plus il a commencé à tourner avec les mêmes mécaniques.

Résultat, pas mal de spectateurs ont désormais l’impression de revoir les mêmes virages dramatiques, film après film. Le souci n’est pas qu’un code existe, tous les genres en ont. Le souci, c’est quand la formule devient visible au point de casser la surprise.

Le vrai problème, c’est la formule

Ce basculement est presque logique. À force de dominer le box-office et la conversation pop culture, le cinéma super-héroïque a fini par stabiliser son langage. Le genre a ses repères, ses passages obligés, ses petits signaux destinés au public.

Mais certains ressorts ont été tellement utilisés qu’ils ne produisent plus grand-chose. Ils restent lisibles, parfois efficaces, sauf qu’on les voit arriver très tôt. Et dans un cinéma censé raconter l’exceptionnel, la prévisibilité est un vrai poison.

Quand le héros fabrique lui-même son drame

Parmi les ficelles les plus usées, il y a d’abord le héros qui perd temporairement ses pouvoirs. Sur le papier, l’idée tient bien : retirer l’extraordinaire pour tester ce qu’il reste de l’humain. Le problème, c’est que ce questionnement sur l’identité du héros a été tellement répété qu’il ressemble souvent à un détour obligé plutôt qu’à une vraie crise.

Même fatigue avec un autre réflexe, très visible chez Marvel et particulièrement dans le MCU : le héros participe, directement ou non, à la naissance de son propre ennemi. Cela personnalise le conflit, oui. Mais à force de lier systématiquement le méchant à une erreur du passé, le récit finit par donner l’impression de recycler toujours la même culpabilité.

Le méchant sacrifié pour une émotion rapide

Autre trope qui commence à coûter cher au genre, le vilain obtient sa rédemption… puis meurt presque aussitôt. C’est pratique, parce que cela offre une note tragique et referme l’arc dans le même geste.

Sauf que cette solution élimine souvent les antagonistes les plus intéressants juste au moment où ils deviennent plus complexes. Un méchant rédimé qui reste en vie ouvre pourtant des pistes bien plus riches. Clairement, tuer ces personnages pour valider leur retour moral commence à sentir l’automatisme.

Le teasing et les disputes, deux moteurs à bout de souffle

Il y a enfin ce que les franchises ont transformé en réflexe industriel. Les scènes post-générique, autrefois excitantes, ne garantissent plus grand-chose. Quand trop d’annonces restent sans suite, le teasing perd sa valeur et sonne creux.

Même usure du côté des affrontements entre héros. Des films comme Captain America: Civil War ou Batman v Superman: Dawn of Justice ont installé l’idée que les justiciers devaient forcément se battre entre eux. Utilisé avec parcimonie, cela fonctionne. Répété, cela rend surtout les héros infantiles, comme s’ils étaient incapables de parler avant de frapper.

Ce n’est pas juste un problème de goût. Quand un genre aussi central que celui-ci accumule les automatismes, il fragilise ce qui faisait sa force au départ, la sensation que tout pouvait arriver. La suite se joue là, dans la capacité des studios à retrouver de l’imprévu.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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