Un accord avec Washington est sur la table, dit Carney

Un accord avec Washington est sur la table, dit Carney

Au lendemain de la suspension de nouveaux droits de douane par les États-Unis, le premier ministre Mark Carney a confirmé qu'un accord avec Washington est en voie d'être finalisé, tandis que Donald Trump a évoqué une entente « très équitable ».

Nous nous dirigeons maintenant vers un accord [...] en garantissant les meilleures conditions dans chacun des secteurs stratégiques les plus importants pour le Canada et en apportant une plus grande certitude quant à nos futures relations commerciales, a écrit M. Carney mercredi sur ses réseaux sociaux.

Mardi, M. Carney s'était montré plus prudent : il s'était contenté d'évoquer des progrès substantiels, sans toutefois parler d'un accord.

Cette déclaration survient après que M. Trump a annoncé mardi soir qu’il reportait de trois jours l’application de nouveaux droits de douane de 50 % sur un bouquet de produits canadiens.

Ce sursis a été octroyé car le Canada et les États-Unis, sous réserve de la finalisation des documents, ont conclu un ACCORD, a écrit mardi le président Trump sur son réseau Truth Social, sans donner plus de détails.

Ni Ottawa ni Washington n'ont dévoilé le contenu de l'accord pour l'instant, mais une source bien informée sur le déroulement des négociations a déclaré à CBC News qu'Ottawa avait réussi à obtenir une réduction des droits de douane sectoriels dans le projet d'accord avec Washington.

Mark Carney doit par ailleurs présider une rencontre avec son conseil des ministres à 15 h (HAE), suivie d'une réunion virtuelle avec ses vis-à-vis des provinces et territoires à 16 h 30 pour leur présenter les détails de l'entente imminente avec les États-Unis.

Nous n'aurons plus aucun tarif, dit Trump

Donald Trump parle aux médias.

Le président américain Donald Trump s'adresse à la presse à la Maison-Blanche, à Washington, mercredi.

Photo : Getty Images / JIM WATSON / AFP

Le président américain, questionné par des journalistes sur cet accord, mercredi matin, a de son côté évoqué une entente très équitable avec le Canada, laquelle inclurait la levée de tarifs canadiens sur les importations américaines.

Ils [les négociateurs canadiens] ont appelé hier et ils nous ont accordé les points que nous devions obtenir, a affirmé M. Trump, sans préciser lesquels.

Le Canada nous facturait d'énormes tarifs, nous n'aurons plus aucun tarif. [...] Nos agriculteurs vont être ravis, nos fabricants vont être ravis. [...] Nos agriculteurs payaient d'énormes tarifs vers le Canada, et ces tarifs vont être totalement éliminés, réduits à zéro, a ajouté le locataire de la Maison-Blanche.

Le système de gestion de l’offre qui protège le secteur laitier canadien a été maintes fois cité par les États-Unis comme un point de friction majeur dans les négociations commerciales, et Donald Trump s’est plaint à plusieurs reprises du niveau d’accès des producteurs laitiers américains au marché canadien.

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Le point avec nos journalistes

Pas de concession sur la gestion de l'offre, assure Ottawa

Malgré ces déclarations de M. Trump sur les agriculteurs, le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, a assuré que le système de gestion de l’offre demeure entièrement intact.

De passage à Washington, mercredi, où il a rencontré le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, M. LeBlanc a déclaré que ce système sera évidemment protégé dans les textes qu’on est en train de finaliser.

Jamieson Greer et Dominic LeBlanc se serrent la main.

Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, et le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, se sont rencontrés mercredi à Washington.

Photo : X / Dominic LeBlanc

Nous sommes confiants d'être parvenus à un accord qui va non seulement continuer de protéger les travailleurs américains, leurs emplois et leurs chaînes d'approvisionnement, mais vraiment renforcer l'économie, a pour sa part déclaré M. Greer, ajoutant que le Congrès américain et les syndicats devront être consultés.

Ottawa et Washington ont mené ces derniers jours des discussions intensives pour régler leur différend commercial et éviter l'application d'une nouvelle salve tarifaire. Plusieurs rencontres avaient déjà eu lieu entre MM. Greer et LeBlanc.

Québec reste prudent

Christine Fréchette parle à un micro.

Christine Fréchette soutient qu'il est trop tôt pour se positionner sur l’état des discussions, puisqu'elle n'a pas le portrait complet de la situation. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

À Québec, la première ministre Christine Fréchette s'est montrée prudente, mercredi matin.

Les négociations sont toujours en cours entre le Canada et les États-Unis. Vous comprendrez qu'on n'a pas encore le portrait complet, a-t-elle lancé à l'entrée du Conseil des ministres.

Ce n'est pas possible pour nous de se positionner, parce qu'il nous faut avoir l'ensemble des informations avant de nous prononcer.

Mme Fréchette a toutefois assuré être en discussion constante avec le fédéral et a réitéré les priorités du Québec dans les négociations commerciales, soit le maintien de la gestion de l'offre ainsi que la protection du français et de la culture.

Elle a dit ignorer pour l’instant si ces lignes rouges ont été franchies par Ottawa.

On s'attend à ce qu'il y ait une réduction des tarifs qui sont déjà appliqués, on veut absolument éviter l'application de nouveaux tarifs et, également, on veut une révision de l'entente qui encadre l'ensemble de nos échanges commerciaux avec les États-Unis, a énuméré la première ministre.

Le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, Bernard Drainville, a pour sa part affirmé que Québec demeure hyper vigilant, sans vouloir commenter ce qui est discuté à la table.

Eric Girard répond aux questions des journalistes.

Eric Girard répond aux questions des journalistes à l'entrée du Conseil des ministres à Québec, le 19 août 2026.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le ministre des Finances, Eric Girard, lui, s'est adressé aux journalistes avec un peu plus d'optimisme. Tant que les gens se parlent, que les négociations sont en cours et qu'il y a des perspectives d'entente, c'est très positif, a-t-il avancé.

Il a en outre assuré que son gouvernement disposait d'une marge de manœuvre dans ses finances pour déployer de nouveaux programmes afin de venir en aide aux entreprises, dans le cas où de nouveaux tarifs entreraient en vigueur.

Selon les estimations de Québec, la nouvelle menace tarifaire américaine, si elle avait été appliquée, aurait touché 9 % de l’ensemble des exportations québécoises vers les États-Unis, pour un total de 7,7 milliards de dollars.

Le Bloc inquiet

Sur la scène fédérale, le Bloc québécois s'est dit inquiet mercredi de possibles concessions sur la gestion de l’offre et la juridiction québécoise en matière de vente d’alcool américain.

Ainsi, je demande formellement aujourd’hui à ce que le premier ministre présente un état de la situation aux chefs de parti à la Chambre des communes quant à l’état de la négociation avec la Maison-Blanche, a pressé le chef du parti, Yves-François Blanchet, dans une déclaration.

Yves-François Blanchet.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Nous sommes en droit de savoir quelles concessions seraient en voie d’être accordées à Donald Trump et les impacts d’un potentiel accord qui aurait de lourdes conséquences partout au Québec. Parce que si tel est le cas, j’enjoins le premier ministre à ne pas signer un tel accord.

Même son de cloche pour le chef du Nouveau Parti démocratique, Avi Lewis : Dans l’intérêt de tous les travailleurs et travailleuses touchés, dans tous les secteurs, de l’acier et de l’aluminium à l’automobile, en passant par la foresterie et bien d’autres encore, un bon accord avec les États-Unis serait une excellente nouvelle.

Mais en attendant d’en connaître les détails, j’exhorte le premier ministre à ne faire aucune concession qui risquerait de compromettre davantage notre indépendance économique, a-t-il écrit dans une déclaration.

Avec les informations de La Presse canadienne