Témoignage. « Ça a changé notre façon de voyager » : ils échangent leur maison pour parcourir le monde
Avec leurs trois enfants, Marie-Anne et son conjoint ont longtemps été habitués à voyager en toile de tente pour les vacances. Avec leur chien, le frigo de camping, le réchaud et les quelques galères qui vont avec. Une solution économique pour la famille. En 2014, elle inscrit la maison de la famille, située en Alsace, sur une plateforme d’échange de maisons. Le principe est simple : vous pouvez échanger réciproquement votre logement avec d’autres voyageurs ou recevoir des personnes à votre domicile en échange de points, contre un abonnement annuel - 175 euros dans le cas de Marie-Anne.
La mayonnaise prend vite et les échanges s’enchaînent : la famille part pour la Bretagne, Paris, Barcelone, Rome, Copenhague, le Nicaragua et plusieurs voyages aux États-Unis : Las Vegas, Seattle, la Nouvelle-Orléans, le Texas… Mais aussi des destinations auxquelles ils n’auraient pas pensé. « On a passé un Noël à Belfast, en Allemagne, pour une demande d’échange réciproque. C’était une belle découverte », raconte-t-elle. Le tout, dans le confort d’une maison ou d’un appartement. « Avant, le matin, quand il n’y avait pas de fourmi dans le sucre, on était content. Maintenant, on cherche le grille-pain pour le petit-déjeuner. On s’embourgeoise ! », plaisante-t-elle. Une solution encore plus économique en cuisinant ses repas. « Aux États-Unis, lorsque nous sommes partis trois semaines, c’était une sacrée économie. Grâce à tout ça, nous avons pu nous permettre des sorties qui n’auraient pas été envisageables à cinq, comme la visite de la Nasa à Houston ou les usines Boeing à Seattle », détaille Marie-Anne.
Le coût du logement en moins leur permet de rêver grand. « Sans ça, nous n’aurions jamais pu nous autoriser tous ces voyages », reconnaît-elle. La famille est conquise par le côté économique mais également par l’expérience. « On vit en immersion, comme les habitants. Les voisins ne sont pas des touristes, on peut mieux comprendre leur quotidien. On a vécu un Halloween à Las Vegas, une fête très importante aux États-Unis. Il y avait des décorations de partout, on a pris l’apéro avec les voisins et les enfants ont été inondés de bonbons et de chocolats. Une autre famille des États-Unis nous a accueillis alors qu’ils étaient chez eux, car leur maison avait de nombreuses chambres à disposition. Nous avons cuisiné ensemble, joué à des jeux de société, discuté avec eux pour comprendre leur quotidien. C’était une expérience différente et incroyable, ça fait partie de nos meilleurs souvenirs. On était dans la peau d’Américains pendant quelques jours ! », se souvient-elle.
Une autre philosophie du voyage
Avec ce système, ils ne sont pas considérés comme des clients, mais comme des voyageurs, ce qui change le rapport entre les hôtes. La communication est plus importante. « On discute beaucoup avant d’accepter un échange, et on peut refuser si le feeling ne passe pas. On se laisse les bonnes adresses et les activités à faire. C’est une autre philosophie du voyage. » C’est aussi un procédé d’échange de service : les voyageurs peuvent utiliser la maison (et parfois les voitures ou les vélos) et arrosent les plantes, s’occupent des chats ou nourrissent les poules si besoin. « Il y a un côté rassurant d’avoir une maison occupée, s’il se passe quelque chose comme l’électricité qui saute. Et puis ça peut dissuader des cambriolages », complète Marie-Anne.
Si l’Alsacienne devait relever une contrainte, ce serait celle d’une grande flexibilité, sur le lieu, les dates et certains critères. Les logements sont parfois éloignés du centre-ville et les offres ne sont pas toujours abondantes. Il faut souvent faire plusieurs demandes avant de pouvoir conclure à un échange. « Je rêve d’aller à Tokyo ou New York, mais ces villes sont très demandées, par leur prix et leur popularité, et les offres partent extrêmement vite », abonde-t-elle.
Si vous voulez voyager, il faut également accepter de jouer le jeu en retour et de laisser votre logement à d’autres voyageurs. « Ce n’est pas une location, on ne vide pas les placards, mais ils ont accès à notre intimité. Il faut aussi préparer la maison, il y a beaucoup de communication en amont, mais les voyageurs reçoivent aussi d’autres voyageurs, il y a un respect mutuel. » Des contraintes dont la famille s’accommode amplement pour continuer à parcourir le monde. « Ça a changé notre vie et notre façon de voyager, c’est certain. »