Comment Facebook est devenue une machine à haine

Comment Facebook est devenue une machine à haine

Fiona Bonassin

Fiona Bonassin

Publié le 07/10/2026 à 07h32 • Mis à jour le 07/10/2026 à 07h32

Fiche d'identité

  • Aaron Sorkin réalise The Social Reckoning, un film qui s’attaque à ce que Facebook est devenu seize ans après The Social Network.
  • Le film se concentre sur l’année 2018, moment où Facebook a modifié son algorithme pour privilégier les contenus qui suscitent le plus de réactions.
  • Jeremy Strong reprend le rôle de Mark Zuckerberg en version « CEO puissant et surtout terrifiant », Jesse Eisenberg ayant avoué à Aaron Sorkin qu’il voulait « laisser ce rôle derrière lui ».

Après avoir vu The Social Reckoning, vous allez vouloir couper vos réseaux sociaux… Seize ans après un premier film sur la naissance du géant des réseaux, The Social Network, Aaron Sorkin s’attaque à ce que Facebook est devenu : une machine à polarisation et à désinformation.

The Social Reckoning est « un autre film sur Facebook, écrit par le même type » nous explique le réalisateur. Un film qu’il a écrit et réalisé lui-même, et qui s’inspire directement des Facebook Files, l’enquête de 2021 du Wall Street Journal.

Quand Facebook devient incontrôlable

« Il était temps d’en dire plus », avait prévenu Aaron Sorkin au CinemaCon de Las Vegas. Pour The Social Reckoning, le réalisateur met en lumière la collaboration entre Frances Haugen, incarnée par Mikey Madison, ancienne data scientist chez Facebook et Jeff Horwitz, journaliste au Wall Street Journal interprété par Jeremy Allen White, qui fera éclater au grand jour, en 2021 les Facebook Files. La lanceuse d’alerte va fournir au reporter des milliers de documents internes qui prouvent que la direction savait que ses algorithmes amplifiaient la haine, nuisaient à la santé mentale des adolescents et monétisaient la colère. Aaron Sorkin explique comment s’est opéré le glissements elon lui :

« En 2010, quand les réseaux sociaux sont sortis, on voulait être amis avec des amis d’enfance ou se faire de nouvelles connaissances. Il n’y avait pas d’autres réseaux et c’est ça qui a changé… Je ne suis pas sur Facebook sauf quand je travaille, et jamais je n’aurais pu prédire que ça allait se passer comme ça. »

Jeremy Strong reprend le rôle de Mark Zuckerberg, loin de la version plus jeune et plus fragile de Jesse Eisenberg. Ici, Zuckerberg est un CEO puissant, et surtout terrifiant, qui a transformé son invention en empire mondial.

« Je pense que Jeremy Strong est le meilleur acteur américain de moins de 50 ans. Je suis allé parler à Jesse Eisenberg car c’était son rôle il y a dix ans. En 2010, il voulait continuer s’il y avait une suite, mais il m’a avoué qu’il ne voulait pas entrer en conflit avec Mark Zuckerberg. Il voulait laisser ce rôle derrière lui. »

« Le sentiment que la haine était forte sur le réseau »

Le film s’attaque frontalement à un moment clé : 2018. L’engagement sur Facebook baisse, TikTok arrive. Le géant américain choisi donc de modifier son algorithme pour privilégier les contenus qui suscitent le plus de réactions… et découvre alors que la colère et le « rage bait » marchent mieux que tout le reste. « J’avais une compréhension générale ou un sentiment que la haine était forte sur le réseau, estime Jeremy Allen White. Mais aujourd’hui, tout est confirmé. J’ai surtout compris que c’était une grande entreprise et qu’il fallait regarder les données, les publicités et l’engagement. Des données que j’ai appris à analyser pendant ma préparation. »

Notre dossier Facebook

Dans son film, Aaron Sorkin fait un lien direct entre le nouvel algorithme et l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. Le réalisateur a d’ailleurs choisi de ne jamais nommer Donald Trump dans le film, ni de montrer de casquettes MAGA, pour concentrer le regard sur la montée de la haine plutôt que sur un camp politique. Le ton est celui qu’on connaît à l’Américain avec des dialogues très secs. Mais le sujet est plus sombre et plus contemporain avec une conclusion terrible, ajourd’hui Facebook n’est plus un outil pour retrouver ses potes du lycée. The Social Reckoning arrive donc comme un thriller judiciaire et politique, un miroir tendu à une société qui s’informe encore massivement via Facebook.