Thomas Bangalter, Rico the Wizard et Jean-Michel Jarre disent ce qu...

Thomas Bangalter, Rico the Wizard et Jean-Michel Jarre disent ce qu...

En tant que scientifique et compositeur, je m'intéresse de près à l'IA dans le domaine musical. Si l'on met de côté les réactions binaires épidermiques, il me semble important de comprendre ce qu'en pensent les musiciens. Pour cela, entre autres, j'écoute régulièrement les interviews de personnalités. J'ai sélectionné les propos de trois d'entre eux, qui me semblent particulièrement intéressants, car leurs avis sont à la fois pondérés et ils justifient leur position.

Le premier est Thomas Bangalter, l'un des deux anciens Daft Punk, dont je retranscris ici un court extrait de ses propos lors d'un événement organisé par Chanel le 29 juillet 2026. Pour lui, le résultat final n'est pas le plus important : « C'est précisément pour cela [que l'IA] ne fonctionne pas pour moi dans le processus créatif : elle se focalise sur le résultat final et cherche à contourner le processus de création lui-même - or, c'est cette étape que je trouve la plus intéressante. Pourquoi voudrais-je court-circuiter le moment qui me passionne tant ? »

La focalisation sur le résultat plutôt que sur la création est une cause de détestation pour de nombreux artistes.

Cet avis tranche avec celui du patron de Suno, leader des IA génératives musicales, suscitant une vive controverse lorsqu'il a déclaré que « la plupart des gens ne prennent aucun plaisir durant la majeure partie du temps qu'ils consacrent à la création musicale ». Outre les problèmes de droits, de génération massive de morceaux qui inondent les plateformes, cet aspect des IA génératives comme Suno est certainement une cause importante de détestation pour de nombreux artistes.

Le second avis est celui du producteur « Rico the Wizard », une figure discrète, mais essentielle de la French Touch, qui s'exprimait dans un interview pour Audiofanzine le 19 novembre 2025. Selon lui, l'IA est le nouveau « sampleur* » : « Dans les années 1980, quand le sampleur est arrivé, tout le monde a flippé en disant : ça va remplacer tout le monde. Et avec l'IA pareil. Et Finalement on se retrouve à faire exactement la même chose qu'on faisait dans les années 1980-1990, c'est-à-dire créer de la matière, comme on le faisait avec les sampleurs ».

Il y a en effet des similitudes entre l'avènement du sampling, les polémiques qu'il a suscitées, et ce qui arrive avec l'IA aujourd'hui. Sans le sampling, une pratique qui trouve son origine dans la musique concrète, la musique électronique ne serait pourtant pas ce qu'elle est devenue.

Un sampleur (sampler) est un dispositif qui permet d’enregistrer, de stocker, de modifier et de rejouer des échantillons sonores ou « samples ». Cette pratique trouve son origine dans les travaux de Pierre Schaffer sur la musique concrète. C’est aujourd’hui l’un des instruments parmi les plus utilisés dans la musique électronique. Photo (c) GRM – Pierre Schaffer.

Pour terminer, restons dans le domaine de la musique électronique avec le pionnier qu'est Jean-Michel Jarre. Dans une interview du 5 août 2026, il exprime son engouement pour l'IA : « Je me retrouve dans une position de la défendre alors qu'elle ne devrait être ni défendue ni attaquer, parce qu'on confond trop l'outil et l'usage. L'outil est neutre. L'IA est neutre comme le feu est neutre. Le feu ça brule. C'est dangereux aussi, mais enfin, globalement, ça a plutôt amélioré la condition humaine. Et donc, il ne faut pas remettre en question l'IA par rapport à un usage malveillant de l'IA. Je pense qu'il faut des règles. Pour l'instant l'IA, c'est un peu le Far West. [...] Je me rends compte que, finalement, avec l'IA, je ne suis plus seulement le créateur de mon travail, j'en suis en même temps le curateur. C'est un peu, en fait, un point de vue de drone : pouvoir prendre un peu de recul et, au fond, utiliser l'IA comme un super sampleur ou un super synthé ».

Détourner l’IA pour l’inclure dans le processus créatif.

J'ai insisté dans une précédente chronique, que ce n'était pas la technologie en elle-même qui posait problème, mais plutôt son utilisation non-éthique. Chaque artiste peut trouver un moyen d'utiliser l'IA de manière à enrichir son processus créatif. Pour cela, je suggère d'adopter l'esprit des hackers cyberpunk : expérimenter, détourner son utilisation, utiliser de façon inattendue, surprenante, et pourquoi pas y prendre du plaisir.