Toussaint Louverture, ses ombres et ses lumières : l’épopée en podcast d’un homme politique d’exception

Toussaint Louverture, ses ombres et ses lumières : l’épopée en podcast d’un homme politique d’exception

Cette “Grande traversée” de France Culture, livre un beau portrait, nuancé, de l’affranchi deveni premier gouverneur noir de Saint-Domingue, et qui abolit, en 1801, l’esclavage dans la future Haïti.

François Dominique Toussaint (1743-1803), leader de la révolution haïtienne, par George DeBaptiste (vers 1870).

François Dominique Toussaint (1743-1803), leader de la révolution haïtienne, par George DeBaptiste (vers 1870). Library of Congress

Par Emma Poesy

Publié le 17 août 2026 à 07h30

Beaucoup l’avaient surnommé le « Napoléon noir », et même les plus racistes des colons blancs considéraient qu’il était un être d’exception, voire un personnage providentiel. Cet été, France Culture consacre une Grande traversée à Toussaint Louverture, personnalité aussi unique qu’énigmatique — des cinquante premières années de sa vie, il ne subsiste que quelques rares archives.

D’esclave, il devint à la fin du XVIIIᵉ siècle le premier gouverneur noir de Saint-Domingue (actuel Haïti), colonie française qui l’a vu naître en 1743. En 1801, il en proclame la première constitution autonome, qui interdit l’esclavage pour toujours et le nomme gouverneur à vie, contre l’avis du gouvernement de la métropole.

Produite par Stéphane Bonnefoi, cette série en cinq épisodes tend le micro à une multitude d’historiens qui font vivre le débat autour de ce personnage parfois jugé ambivalent. Il faut dire que Louverture, en dépit de son statut d’affranchi et de sa lutte forcenée pour la liberté, posséda lui-même quelques esclaves. Lorsque l’esclavage fut aboli, il maintint par la force le terrible travail dans les plantations de sucre — prolongeant, sous une forme légèrement adoucie, le système colonial mis en place par les Blancs.

À son époque le concept d’indépendance des colonies était tout à fait impensable.

Sudhir Hazareesingh, historien

Autre paradoxe : pour sauvegarder la prospérité économique de son île après l’abolition, il s’engagea devant les Anglais, avec qui il conclut un pacte de non-agression, à ne pas exporter en Jamaïque cette « révolution noire » qu’il avait menée. « Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’à son époque le concept d’indépendance des colonies était tout à fait impensable. Et malgré cela, Louverture est parvenu à l’imposer aux dirigeants de la métropole, tout en disant qu’il voulait rester dans la République française », nuance l’historien Sudhir Hazareesingh.

Très poétique, la mise en ondes de Diphy Mariani se joue de ces « contradictions » : entre deux dialogues d’historiens, Toussaint Louverture — incarné par le comédien Emil Abossolo Mbo —, facétieux, rit des débats sur ses supposées turpitudes, rappelant à quel point l’environnement dans lequel il évoluait à l’époque était hostile aux Noirs.

Car, au-delà du personnage, cet excellent documentaire permet surtout d’en apprendre plus sur le passé colonial de la France, et particulièrement sur la vie quotidienne dans une société où l’esclavagisme (et le racisme crasse) perpétue les antagonismes. D’un côté, on y proclamait la liberté pour tous lors de la Révolution de 1789, de l’autre, on ne donna jamais mandat d’abolir la servitude des esclavagisés, qui durent fomenter leur propre révolte pour ne plus faire mentir la devise des révolutionnaires : liberté, égalité, fraternité.

rToussaint Louverture : de Saint-Domingue à Haïti, l’esclave qui a dit non, dans Les grandes traversées, sur France Culture. 5 × 59 mn.

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