TOUT COMPRENDRE. Opposition muselée, mécontentement populaire... Les enjeux des premières élections législatives russes depuis le début de la guerre en Ukraine
TOUT COMPRENDRE. Opposition muselée, mécontentement populaire... Les enjeux des premières élections législatives russes depuis le début de la guerre en Ukraine
Publié aujourd'hui à 07h25
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Un bureau de vote à Moscou, le 17 septembre 2026 - Photo par ALEXANDER NEMENOV / AFP
Premier scrutin national depuis l'élection présidentielle de 2024, les législatives de ce week-end devraient consacrer le parti Russie Unie de Vladimir Poutine, qui continue de resserrer son emprise sur la vie politique russe. Réduites au silence, les oppositions comptent bien trouver un moyen de faire entendre leur voix malgré tout.
Un vote sans grand suspense qui sera malgré tout scruté de près. Les Russes sont appelés aux urnes de vendredi à dimanche pour élire leurs députés, les premières élections législatives depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022 et le premier scrutin depuis l'élection présidentielle de 2024.
Dans un système politique verrouillé par le Kremlin, le parti Russie Unie de Vladimir Poutine devrait conserver une large majorité à la Douma, la chambre basse du Parlement. Mais dans un contexte de répression des opposants et de mécontentement lié aux conséquences de la guerre en Ukraine, le scrutin pourrait laisser paraître la colère de certains citoyens.
· 450 députés à élire
Les électeurs éliront les 450 membres de la Douma pour un mandat de cinq ans. La moitié des sièges sont attribués selon un scrutin de listes nationales. Les 225 autres sièges sont pourvus par dans des circonscriptions uninominales.
La formation de Vladimir Poutine Russie Unie détient actuellement 310 sièges à la Douma et doit en remporter au moins 300 pour conserver sa supermajorité et sa capacité à faire adopter des réformes constitutionnelles sans le soutien d'autres partis.
Le suspense réside surtout dans l'ampleur de la victoire du parti de Vladimir Poutine, mais le score sera à prendre avec précaution, le bourrage d'urnes étant fréquent en Russie.
À noter que l'élection se déroule également en Crimée, annexée par la Russie à l'Ukraine en 2014, et dans les parties envahies et contrôlées par la Russie des régions ukrainiennes de Donetsk, Louhansk, Zaporijia et Kherson.
Le vote se tiendra par ailleurs dans un certain huis clos, souligne l'agence de presse Reuters. Golos, le seul organisme indépendant de surveillance électorale à l'échelle nationale, qui avait vivement critiqué le déroulement des élections passées, a fermé ses portes en 2025 après des années de pression de la part des autorités. Le Kremlin a également refusé la présence d'observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont la France est membre.
· Les conséquences de la guerre en Ukraine en arrière-plan
Selon le score de Russie unie et la participation, le scrutin pourrait servir de marqueur à l'agacement de la population face à un conflit qui endeuille chaque jour les familles russes et qui ne cesse de miner le quotidien des habitants, même de ceux qui vivent à des centaines de kilomètres de l'Ukraine.
Depuis plusieurs mois, Kiev multiplie les frappes de longue portée contre les infrastructures énergétiques et les entreprises privées, notamment les géants de l'e-commerce Wildberries et Ozon, provoquant des morts parmi la population civile, des pénuries d'essence et des milliards de roubles de dégâts matériels.
"Nous constatons à l’heure actuelle une certaine pénurie, mais elle n’est pas critique", a reconnu Vladimir Poutine fin juin, soulignant que la crise affectait "autant les automobilistes que les entreprises".
La grogne est aussi alimentée par des coupures d'internet mobile de plus en plus fréquentes, Moscou invoquant des "raisons de sécurité", mais aussi le blocage en début d'année de l'application de messagerie américaine Whatsapp.
Autre ombre qui plane sur ces élections: la crainte d'une nouvelle mobilisation, sur le modèle de la "mobilisation partielle" de 300.000 réservistes en septembre 2022. Depuis que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que cette mesure serait annoncée "à l'automne" après les législatives, son homologue russe et son entourage ont réfuté à multiple reprise ce "scénario", très impopulaire jusque dans les cercles dirigeants à Moscou.
· Interdits de se présenter, les opposants à Poutine appellent leurs soutiens à se montrer
Comme à son habitude, Vladimir Poutine a pris soin d'écarter du scrutin ses opposants, en tout cas ceux à même de contester réellement son pouvoir.
La dernière formation qui continuait à réclamer la fin de l'invasion de l'Ukraine, Iabloko (La pomme, en russe), a d'abord été autorisée à participer au scrutin avant d'en être privée par la justice le mois dernier.
Deux de ses dirigeants ont été lourdement condamnés: Lev Chlosberg, en décembre dernier, à onze ans et un mois de prison pour fausses informations et "discréditation" de l’armée, et Maxime Krouglov, en juin, à sept ans de prison pour des messages sur les réseaux sociaux sur les crimes de guerre de l’armée en Ukraine, à Boutcha et à Marioupol.
Autre opposant, Boris Nadejdine briguait un siège de député lors de ces législatives. Mais victime de poursuites judiciaires et considéré par les autorités comme un "agent de l'étranger", une étiquette infamante utilisée pour discréditer tout dissident, il s'est exilé en France.
Faute de représentants, l'opposition recherche des moyens plus subtils pour exister. Ilya Iachine, l’un des leaders de l’opposition en exil, a ainsi appelé tous les "Russes opposés à la guerre" à voter contre le parti de Vladimir Poutine à la même heure, à midi, pour montrer leur nombre, et le même jour, le dimanche, pour éviter le bourrage d'urnes durant la nuit.
L'opposition avait lancé le même appel lors de l'élection présidentielle de 2024. Des milliers d'électeurs avaient ainsi formé des foules devant les bureaux de vote, des images relayées sur les réseaux sociaux pour montrer l’ampleur de la contestation dans la population.
Si l'opposition en exil recommande de voter pour tout candidat opposé à ceux de Russie Unie, le parti Iabloka appelle sur son site soit à voter pour un de ses candidats lors des scrutins locaux uninominaux, où ils sont tolérés, soit à rendre un bulletin griffonné, les votes nuls étant comptabilisés par les autorités électorales. Tous demandent en revanche à leurs soutiens de voter au bureau de vote et non en ligne pour éviter les fraudes.
· Des opposants qui font de la figuration
Quatre partis ont été autorisés à se présenter face aux électeurs, Vladimir Poutine étant malgré tout soucieux de donner au scrutin une façade démocratique.
À côté de Russie unie, on retrouvera sur les bulletins le Parti communiste de la Fédération de Russie, le Parti libéral-démocrate (extrême droite), le parti nationaliste Rodin et le parti libéral Novie Lioudi.
Certaines formations critiquent à la marge la politique de Vladimir Poutine, sur l'économie par exemple, quand d'autres, à sa droite, poussent au contraire le président russe à plus de radicalité. Mais toutes finissent par rejoindre les aspirations principales du maître du Kremlin, en particulier ses ambitions territoriales en Ukraine.
L'opposition autorisée, dite "systémique", "joue le jeu, accepte de perdre les élections contre l’accès à un certain nombre de ressources administratives ou financières", expliquait au moment de l'élection présidentielle de 2024 Jules Sergei Fediunin, postdoctorant au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron (CESPRA) de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), dans un article du Parisien.
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"Ces partis sont représentés à la Douma et ne font pas l’objet de représailles de la part du régime. En échange, ils acceptent le leadership de Vladimir Poutine et la domination de son parti présidentiel, Russie unie, qui a la majorité absolue depuis des années", soulignait le chercheur.
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