« Ce n’était pas forcément une évidence » : Lucie Schmidt, de directrice d’école à maire de Geishouse
« Vous avez vu ce coup d’œil ? » Le regard en question, c’est celui d’un technicien de la Société d’aménagement urbain et rural. Venu informer de travaux à venir sur la commune, il a demandé à Lucie Schmidt si le maire était présent. C’est son regard légèrement surpris quand il découvre qu’elle est la première édile de Geishouse qui fait réagir la dynamique jeune femme de 39 ans.
Pas forcément une évidence
Lucie Schmidt veille en effet à la destinée des 420 habitants de la petite commune depuis les dernières élections municipales où elle a succédé à Claude Kirchhoffer. C’est le cœur qui l’a menée vers ce village de moyenne montagne au charme sans pareil, dont est originaire son époux. À l’arrivée de leurs jumelles, les époux s’y installent pour bénéficier d’un soutien familial et pour « l’importance des racines, qui permettent de rebondir quoi qu’il arrive dans la vie », confie Lucie Schmidt. Elle a étudié l’histoire et les sciences politiques, a travaillé quelques années en collectivités publiques avant de devenir enseignante et directrice de l’école du village.
S’engager dans la course à la mairie, « ce n’était pas forcément une évidence », reconnaît Lucie Schmidt, « mais cela est venu dans le prolongement de mon engagement de directrice d’école durant lequel j’avais notamment soutenu des projets intergénérationnels ». C’est aussi la rencontre d’un groupe de quarantenaires, avec des idées communes et la volonté de monter une liste. Le groupe convainc, Madame la maire (elle y tient) est désormais aux commandes.
En mars dernier, Lucie Schmidt, aux côtés de son colistier Alec Simunovic, est alors candidate aux élections municipales. Photo archives Jean Martini
Trouver le ton juste
Dès la campagne, il faut enfiler ce nouveau costume et apprendre les codes, prendre position et trouver le juste ton au milieu de nombreux collègues masculins. Dans certaines réunions, des propos la choquent. « J’entends parler de fliquettes pour parler de femmes qui exercent des responsabilités… Il faudrait que j’apprenne à réagir durant ces réunions, ces propos ne sont plus admissibles aujourd’hui. C’est dans la communication que je me sens encore un peu à l’étroit. »
Autre regret, la difficulté de concilier mandat et vie professionnelle. « Je suis fonctionnaire et je n’ai pas toujours la possibilité de dégager du temps. Rien n’est organisé pour permettre à l’élu de travailler tout en assurant sa fonction. Cette organisation de l’État reste adaptée au profil d’un homme retraité. C’est un enjeu important de dépasser cet archétype et d’évoluer pour donner davantage de souplesse aux actifs. »
Oui je fais de la politique, dans la mesure où je fais des choix qui auront des conséquences directes sur la vie des habitants de Geishouse.
Lucie Schmidt
Car sa fonction de maire, Lucie Schmidt l’envisage pleinement. « Oui je fais de la politique, dans la mesure où je fais des choix qui auront des conséquences directes sur la vie des habitants de Geishouse. Si je ne faisais que de l’administratif, j’appliquerais simplement les textes. Dire que l’on fait de la politique, c’est aussi une façon de se placer au même plan que les hommes. »
Dans son bureau à la mairie, qu’elle n’a pas encore vraiment investi, préférant la plus lumineuse salle du conseil ou même l’accueil. Photo Antonin Utz
Lucie Schmidt : « On aime grandir et vieillir ici »
Parmi ces décisions politiques, celle du maintien d’un équilibre entre tourisme et vie locale. Le tsunami du Tour de France passé, la notoriété internationale de la voie verte « Geishouse-Le Haag » (comme la dénomme Lucie Schmidt pour souligner son caractère communal) acquise, il va falloir absorber l’engouement déjà sensible pour le village où les prix des maisons et terrains ont augmenté. « Si on laisse s’implanter gîtes et autres Airbnb, il n’y aura plus de vie à Geishouse, alerte la maire. On aime grandir et vieillir ici. Beaucoup d’enfants du village y reviennent après un certain temps. Il faut qu’on puisse les accueillir. » Les problématiques rurales l’ont poussée à intégrer les instances du Pays Thur-Doller, qui permettent « de voir un peu plus loin, à plus longue échéance. Cela m’amène à me demander ce que je vais décider qui risque d’impacter la vie des générations futures. »
Au lieu-dit Sattel ou du Hibou, les bonnes volontés ont ramassé les immondices des spectateurs du Tour de France sous le regard des usagers de la voie verte. Photo Frédéric Stenger
Ses responsabilités, Lucie Schmidt les a prises lorsqu’elle a décidé d’annuler la crémation du bûcher de la Saint-Jean dans le village. « Je ne pouvais pas l’allumer à la date prévue et dormir sur mes deux oreilles. Je n’avais pas le nombre de pompiers nécessaires, le bûcher était à proximité de la forêt dans des conditions de grande sécheresse et j’avais des bénévoles qui craignaient les fortes chaleurs. J’étais en paix avec ma décision. »
On l’a compris, Lucie Schmidt est une maire engagée. Que ce soit en tant que maman, directrice d’école, habitante ou maire, elle pose un regard à la fois bienveillant et conscient sur son village. En rémission d’un cancer, Madame la maire surmonte les écueils un à un, ouvrant le chemin à d’autres indispensables vocations féminines.