Ce qui affleure déjà de la méthode Zidane après la victoire en Turquie

Ce qui affleure déjà de la méthode Zidane après la victoire en Turquie

De notre envoyé spécial à Izmit (Turquie),

Finalement, la seule chose qu’aura ratée Zinédine Zidane pour sa grande première est… le début de la Marseillaise. « Le protocole a été plus vite que prévu, malheureusement j’ai eu un petit retard à l’allumage », en souriait après coup le sélectionneur, tout de même revenu assez vite pour profiter avec son staff. Ce moment lui avait manqué. « Vingt ans [depuis sa dernière de joueur], c’est long. C’est toujours la même émotion, j’ai pas de mots », soufflait-il, heureux comme un enfant. Car le reste s’est déroulé du mieux qu’il pouvait espérer, après si peu de temps passé avec son groupe.

« Ca augure de belles choses »

Il y avait plus facile que de démarrer l’aventure dans ce petit mais bouillonnant stade d’Izmit, devant des supporters qui savent vous faire mal aux oreilles et sur une pelouse à ne pas tenter une roulette. Les Bleus ont su assurer avec cette victoire (0-1), étriquée mais logique. « On a fait trois entraînements et demi et j’ai vu beaucoup de choses très intéressantes, apprécie Zizou. Ce n’est pas parfait, c’est clair, mais ça augure de belles choses et je suis content de commencer par une victoire. »

On ne s’est pas levé beaucoup de notre chaise pendant ces 90 minutes, avouons-le, et ce n’était qu’un premier galop d’essai, mais l’ensemble a été cohérent et il est déjà possible de distinguer, ou au moins deviner, ce que veut faire l’ancien coach du Real Madrid avec cette équipe. Il encourage le jeu, déjà, sinon il n’aurait pas placé Rayan Cherki en relayeur, pas très loin de Michael Olise (on y reviendra dans un autre papier). Il n’aurait pas non plus demandé à Kylian Mbappé de revenir habiter sur le côté gauche, pour faire peser la menace sur toute la largeur.

Mbappé est sorti blessé après avoir marqué.

Mbappé est sorti blessé après avoir marqué.  - FRANCK FIFE/AFP

« On peut jouer de plusieurs manières, c’est ce qui m’intéresse, explique le patron. C’est pour ça que Kylian a commencé sur le côté. De toute sa vie, il a joué dans toutes les positions devant, donc pas de souci. Je veux voir un peu tout le monde, et je suis très satisfait. » Il aura encore l'occasion d'élargir le spectre sur les trois prochains matchs, puisque le capitaine, blessé au genou, est déjà rentré à Madrid.

Les vertus du contre-pressing

Zidane a également salué le match d’Ousmane Dembélé, dans un rôle de faux 9 et surtout de déclencheur de pressing, comme il peut le faire au PSG. Là aussi, la volonté d’aller chercher n’est pas passée inaperçue, même si les Bleus ont connu des temps faibles.

« On a essayé de mettre des choses en place sur le pressing à la perte du ballon, confirme Jules Koundé. Essayer d’aller chercher, faire des efforts les 10 premières secondes pour récupérer les ballons hauts et se créer des occasions. C’est une chose qu’on a bien faite, on était ensemble, tout le monde a bien bossé sans ballon. »

Le seul but du match est parti de là, d’ailleurs. Dembélé a pressé dans les pieds du gardien turc, gêné dans sa relance et qui a mis ses défenseurs dans l’embarras. Koné et Cherki étaient là, très haut dans le camp turc, pour ne pas les laisser se retourner. Une fois le ballon récupéré, Olise n’avait plus qu’à décaler Mbappé, qui a conclu avec une frappe imparable au premier poteau.

« Ousmane est un joueur intelligent dans sa façon de presser, souligne ZZ. C’était bien de la part de tout le monde, l’idée d’aller chercher très haut et de récupérer le ballon le plus vite possible. » Le sélectionneur a beaucoup insisté sur ce point, et sur l’équilibre collectif. Il l’a répété après le match, c’est cet aspect qui lui a donné le plus de satisfaction. « C’est la clé de tout, pose-t-il. Parce qu’on a de très bons joueurs, on peut faire de belles choses et on va les faire. Mais par contre, l’équilibre, c’est super important, et l’on a gardé tout au long du match. On sait qu’on est bons avec le ballon, et on doit l’être aussi sans. »

Responsabilisation

Le rôle de Manu Koné était essentiel de ce point de vue. Positionné en sentinelle, ce qui constitue là aussi une nouveauté, le milieu de la Roma a couvert beaucoup de terrain et ratissé très large. « J’ai trouvé qu’on a plutôt bien fait, notamment sur leurs transitions, c’est une équipe très verticale qui cherche à jouer rapidement devant et on a été très attentifs, estime Koundé. Notre charnière centrale a été très solide, et Manu vigilant à la perte du ballon. » Il en a lui-même perdu deux ou trois qui auraient pu être fatals, mais on chipote.

Les joueurs passés en zone mixte après la rencontre ont également souligné la latitude laissée par leur entraîneur. Zidane donne les bases, et derrière, c’est à eux de composer, avec un discours toujours encourageant pour les porter. « A la mi-temps, il a corrigé quelques détails défensifs et quelques trucs offensifs mais rien de superflu, il laisse la liberté aux joueurs, raconte Esteban Lepaul, entré en toute de fin de match pour fêter sa première sélection. Au vu de la qualité de l’effectif, il veut que les joueurs prennent leurs responsabilités, fassent des choses eux-mêmes. »

La filiation Aimé Jacquet

C’est ce qu’on avait cru apercevoir lors de la semaine d’entraînement à Clairefontaine, ces petits jeux et ateliers ou le joueur a différents choix devant lui, et qu’il est poussé à ne pas toujours prendre la voie la plus simple. « C’est un discours et un comportement toujours très positifs », relève Adrien Truffert, à qui le coach avait personnellement demandé de se montrer très offensif. Ce qu’il a fait tout le long, même si peu de ballons sont finalement arrivés jusqu’à lui. « Ça fait partie du job », en sourit-il. Quatre ans après sa seule apparition avec les Bleus, le latéral de Bournemouth a pris son pied toute la semaine.

De manière générale, tous les joueurs décrivent une ambiance studieuse mais aussi légère. « Le message, c’était prendre du plaisir, être ensemble, faire les efforts comme équipe », insiste Zidane. Lundi soir, il avait réuni ses hommes pour leur montrer une vidéo de 10 minutes retraçant la grande histoire de l’équipe de France, et leur parler de l’héritage qui est le leur.

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Un moyen, aussi, de partager la valeur que revêt pour lui ce maillot. Dans son esprit, les joueurs doivent être les premiers acteurs de l’ère qui s’ouvre, et tout ça commence à infuser tranquillement. « On sent les préceptes qu’il essaie de nous inculquer, observe Rayan Cherki. Franchement, c’est un pur plaisir. On avait à cœur de commencer cette nouvelle aventure avec lui par une victoire. » Chose qui est loin d’être une habitude en France. Le dernier sélectionneur à avoir eu cette chance était Aimé Jacquet, en 1994. Il y a pire comme référence, surtout pour Zinédine Zidane.