Ukraine : accusé de corruption, le procureur général riposte avant de quitter précipitamment le pays

Ukraine : accusé de corruption, le procureur général riposte avant de quitter précipitamment le pays

Les scandales de corruption et les luttes internes continuent de secouer l'entourage de Volodymyr Zelensky en pleine guerre contre la Russie. Le président ukrainien a appelé, ce lundi 14 septembre, les parlementaires de son pays à soutenir sa décision de limoger le procureur général d'Ukraine, Ruslan Kravchenko, le dernier haut responsable de son administration à être impliqué dans un conflit avec les agences anticorruption.

Le jeune procureur général de 36 ans a démissionné la semaine dernière après qu'une enquête pour corruption a été ouverte contre son bureau. Il n'a été ni inculpé ni mis en cause, mais les autorités accusent un de ses adjoints d'être à la tête d'un vaste réseau de fraude.

Les agences anticorruption accusées de corruption

Acculé politiquement par Volodymyr Zelensky, Ruslan Kravchenko a décidé de riposter, déclarant ce lundi avoir signé une "notice de suspicion" contre le chef du Bureau national anticorruption (NABU), l'un des organismes enquêtant sur son bureau. D'après lui, le chef de cette agence, Semen Kryvonos, a falsifié des documents officiels pour obtenir "un avantage illégal à une échelle exceptionnellement importante" et a réalisé une "fausse procédure d’adoption" afin d'"échapper à toute responsabilité légale devant les tribunaux".

Le NABU et le SAPO, l'autre agence anticorruption impliquée dans l'enquête qui a conduit à la démission du procureur général, ont répondu que la déclaration de Ruslan Kravchenko constituait une escalade dans les "attaques systématiques contre les organismes anticorruption indépendants". Ils ont nié les allégations du procureur général et ont déclaré que Semen Kryvonos n'avait pas été formellement inculpé. Le NABU et le SAPO avaient accusé l'adjoint de Kravchenko d'avoir accepté des pots-de-vin pour aider à dissimuler des centres d'appels qui escroquaient des Ukrainiens et des étrangers.

Ruslan Kravchenko a également déclaré avoir signé une deuxième déclaration de suspicion contre une personne non identifiée proche du chef de la SAPO. Il a affirmé que l'enquête menée par la NABU et la SAPO avait pour but d'accéder aux procédures les concernant, ainsi que leurs employés, et de le destituer.

Le président du Parlement, Ruslan Stefanchuk, a déclaré que ce dernier avait déjà reçu une demande officielle de Volodymyr Zelensky pour accepter formellement la démission de Kravchenko et le limoger. Un vote aura lieu mardi, ont indiqué plusieurs députés. "Il n'y a qu'une seule issue pour ce procureur général : son limogeage. C'est ce que je lui ai dit", a écrit le président ukrainien sur l'application Telegram.

En mission pour cinq jours en France

En attendant le vote des parlementaires, le procureur général d'Ukraine est déjà loin de son pays. Dans une vidéo publiée sur Telegram ce lundi, il affirme partir en mission à l'étranger pour exposer la "situation réelle" du système anticorruption ukrainien. Selon le journal en ligne Ukrainska Pravda, il a quitté l'Ukraine à 2h30 du matin, à bord d'une voiture officielle. Une source au sein de la présidence, citée par le Kyiv Independent, précise que c'est Kravchenko lui-même qui a signé son ordre de mission — un déplacement de cinq jours en France.

Cette affaire est la dernière d'une longue série de scandales de corruption très médiatisés qui ont coûté leur poste à de hauts fonctionnaires proches de Volodymyr Zelensky, provoquant plusieurs remaniements gouvernementaux. "Rien de tout cela n'est normal et cela nuit énormément à l'image de l'Ukraine dans le monde", a déclaré Kyrylo Budanov, chef de cabinet de Zelensky, interrogé par le média Ukrainska Pravda.

Les scandales de corruption ont érodé la cote de popularité de Volodymyr Zelensky, alors que la guerre dévastatrice contre la Russie en est à sa cinquième année et que la population subit des bombardements réguliers. Depuis plusieurs années, l'Ukraine peine à démontrer à ses partenaires internationaux qu'elle est capable de mettre en œuvre les réformes anticorruption nécessaires pour débloquer les dizaines de milliards de dollars de financement indispensables à la survie du pays. De fait, lutter contre la corruption est essentiel à la candidature de Kiev pour l'adhésion à l'Union européenne.