Erreur médicale à Baden : un ado meurt, six médecins sous enquête
Publié12. juillet 2026, 13:22
ArgovieUn ado meurt parce que sa septicémie n’est pas détectée à temps
Six médecins de l'hôpital de Baden font l’objet d’une plainte pour homicide par négligence. Trois d’entre eux auraient édulcoré des rapports médicaux.


C'est une terrible histoire que relate la «SonntagsZeitung» ce dimanche: celle de la mort d'Elia, 14 ans, décédé d’un choc septique en mars 2023 à l’Hôpital cantonal de Baden (KSB) après ce qui semble être une erreur médicale qui aurait été dissimulée. Au point que six médecins font l’objet d’une plainte pour homicide par négligence et falsification de documents.
Que s'est-il passé? Tout commence d'une manière banale. Elia rentre d'un camp de ski une semaine plus tôt et souffre d'une légère toux. Mais le 27 mars, son état se dégrade soudainement. L'ado a de la fièvre et des douleurs thoraciques si fortes qu’il gémit, pleure et doit être conduit en fauteuil roulant aux urgences de l’Hôpital cantonal de Baden (KSB).
Sur place, les médecins diagnostiquent une grippe et le renvoient à domicile. Mais son état empire. Le même soir, il est ramené au KSB en ambulance, puis transféré à l’Hôpital pédiatrique de Zurich où on lui diagnostique une pneumonie bilatérale. Il décède quatre jours plus tard.
Erreurs dissimulées?
Après les funérailles, ses parents lisent le rapport de l’hôpital et commencent à avoir des doutes. Le dossier compte 18 versions. Et selon eux, plusieurs symptômes inquiétants qui auraient pu indiquer une septicémie ont été atténués dans la version finale, notamment les douleurs importantes, les signes de détresse respiratoire ou certains paramètres liés à la circulation sanguine. La famille d’Elia accuse dès lors certains médecins d’avoir sous-estimé la gravité de la situation et d’avoir modifié des éléments du rapport pour dissimuler une erreur de diagnostic.
Une bataille d'expertises commence alors. Une première conclut que les médecins n’ont pas commis d’erreur et que le renvoi à domicile pouvait être justifié. Mais une expertise privée réalisée par un spécialiste des soins intensifs pédiatriques livre une analyse sévère: Elia aurait présenté des signes de septicémie qui auraient dû conduire à une prise en charge urgente avec antibiotiques.
Une autre expertise, réalisée en janvier dernier par une spécialiste des urgences pédiatriques de l’Hôpital de l’Île à Berne, estime surtout que le retour d’Elia aux urgences aurait dû entraîner une reconnaissance de la septicémie et un traitement immédiat, ce qui n'a pas été fait. La question de savoir si la mort du garçon aurait pu être évitée reste toutefois ouverte.
«On croit ne plus avoir de larmes»
Fin mai 2026, le ministère public annonce envisager de déposer un acte d’accusation. Pourtant, aucune audition des personnes mises en cause n’a eu lieu jusqu'ici, relate la «SonntagsZeitung». À la place, les médecins concernés ont été invités à remettre des prises de position écrites concernant l’expertise. Une manière de procéder très inhabituelle pour une affaire d’homicide par négligence. Ce qui fait dire à un avocat pénaliste qu'elle s’apparente à un refus d’assumer son travail par le procureur.
Le ministère public, les six médecins concernés ainsi que l’Hôpital cantonal de Baden ont été sollicités par le journal dominical. Mais ils n'ont pas souhaité répondre. Pour les parents, l’attente est interminable. «À un moment donné, on est tellement épuisé qu’on croit ne plus avoir de larmes», témoigne la maman d'Elia.

Christine Talos (cht) est journaliste au sein de la rubrique Suisse/Régions depuis 2011. Son domaine de prédilection est la politique suisse.
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